François Bausch au sujet de la mobilité et de la sécurité routière

"Maintenant, il faut agir"

Interview – Publié le

"Nous travaillons actuellement à un projet de loi relatif à l'installation de radars. Il devrait être finalisé pour l'été. Je ne vais pas me figer maintenant sur un chiffre mais on va installer entre vingt et trente-cinq radars fixes, notamment dans les tunnels autoroutiers, et cinq radars mobiles qui sont à mon sens plus efficaces."

Luxemburger Wort: Dans le programme gouvernemental, il est prévu de, je cite, "donner une priorité absolue au dépassement du goulet d'étranglement que constitue actuellement la mobilité tant professionnelle que de récréation". Concrètement qu'est-ce que cela signifie pour l'automobiliste?

François Bausch: D'abord, il faut faire un constat: les routes sont congestionnées, surtout aux heures de pointe, parce qu'il y a trop de voitures se déplaçant avec un seul occupant à bord, voitures qui restent ensuite stationnées durant une dizaine d'heures. Pour endiguer ce phénomène, il faut arriver à développer les transports en commun, tant d'un point de vue qualitatif que quantitatif. En amenant les gens vers les transports publics, cela libère les routes pour ceux qui ont vraiment besoin de leur voiture. Ce n'est en aucune manière une politique anti-voiture qui est à l'ordre du jour mais plutôt une politique rationnelle de la voiture. Il faut donc investir beaucoup dans les infrastructures.

Luxemburger Wort: Concrètement, quels sont ces projets d'investissement dans les transports en commun?

François Bausch: D'un côté il faut investir dans le rail et le tram mais aussi promouvoir le bus, la marche, le vélo..., toute la palette possible des transports alternatifs. Bien entendu pour donner la priorité à ces modes de déplacement, il faut construire ou élargir des routes pour créer par exemple des lignes réservées aux bus. Cela va nous aider à améliorer notre "model split": 92 % environ de la population frontalière vient en voiture individuelle; aujourd'hui, 8% utilisent les transports en commun, il faudrait passer à 25 %. Cela implique de créer des park and ride et motiver les automobilistes à abandonner leur véhicule le plus loin possible, quitte à leur accorder alors la gratuité du parking, qui deviendrait payant plus on se rapproche du centre-ville.

Luxemburger Wort: Le Luxembourg n'est pas la seule capitale à être embouteillée. Avez-vous trouvé des modèles à suivre?

François Bausch:  Au niveau mondial, il y a quelques villes qui restent dans le top 5 des endroits qui conjuguent qualité de vie et attractivité économique: je parle de Copenhague, Stockholm, Vienne, Montréal et Vancouver. Ce sont des villes qui ont fait l'effort de miser sur la multi-modalité, sur une autre mobilité, pour améliorer leur attractivité économique. Il faut s'inspirer de ces modèles et créer des alternatives crédibles à la voiture, même si la voiture restera un mode de transport essentiel. Il faut regarder et miser sur la chaîne de mobilité - voiture, train, tram, bus... - pour résoudre le défi de la mobilité. Envisagé seul, aucun élément de la chaîne ne résoudra les problèmes.

Luxemburger Wort: A propos du tram que vous évoquiez, le Conseil d'Etat a rendu un avis plutôt négatif sur le projet...

François Bausch: Je suis étonné de cet avis. D'abord, je remarque qu'il est nouveau que le Conseil d'Etat juge de l'opportunité d'un projet, normalement ce n'est pas son rôle mais je peux vivre avec. D'un autre côté, je suis étonné de cette critique parce que ni mon prédécesseur ni moi-même n'avons indiqué que le tram solutionnerait les problèmes de trafic. Le tram est un maillon d'un concept général incluant dix plateformes multimodales (accroissement des capacités du rail, réforme du système des bus, construction de park and ride...) et c'est l'ensemble qui va résoudre les problèmes. Mais sans le tram, le reste ne fonctionne pas. Et les extensions (vers le Ban de Gasperich et vers l'aéroport du Findel) que le Conseil d'Etat évoque dans son avis sont classées, avec d'autres, au rang des priorités absolues par le gouvernement. Nous travaillons actuellement à la conception d'un projet de loi qui garantit le financement de ces extensions.

Luxemburger Wort: Quel est votre calendrier pour la mise en place effective de ce plan de mobilité? Pourrez-vous agir durant cette législature?

 François Bausch: Je crois que oui, il faut évidemment avoir le courage politique de convaincre, d'expliquer, de discuter. Il y a encore certains problèmes à résoudre mais la volonté politique est bien présente, beaucoup d'études préliminaires ont été faites. Au Luxembourg, on discute de cette. multi-modalité depuis trente ans, maintenant il faut agir, sinon nous risquons de freiner notre développement notamment économique. Et tout le monde dans notre société en souffrirait. Pour le gouvernement, deux dossiers, le logement et la mobilité, sont prioritaires et nous n'allons pas mener une politique d'austérité en ces matières, ni freiner les investissements. Nous ne pouvons pas nous le permettre.

Luxemburger Wort: Le gouvernement entend également réaliser des efforts en matière de sécurité routière, de lutte contre les infractions, l'alcool au volant ou encore la vitesse avec l'installation de radars fixes. N'installez-vous pas une politique de répression?

François Bausch: Non, parce que nous voulons cumuler prévention, sensibilisation et répression. Il faut être réaliste, sans répression cela ne fonctionne pas. Il faut dire aux gens "maintenant, cela suffit"; pour moi c'est la guerre sur les routes! 90 % de la population n'a rien à craindre de la répression et des radars notamment; mais les autres qui utilisent la voiture presque comme une arme contre des innocents, je ne peux pas le tolérer. Concrètement, j'ai déjà convoqué une table ronde "sécurité routière" réunissant tous les acteurs concernés de près ou de loin par le sujet. Et je voudrais y discuter d'un plan d'action qui va plus loin en matière de prévention, de sensibilisation et d'éducation.

Luxemburger Wort: Concrètement, combien de radars et suivant quel calendrier devraient être installés au Luxembourg sachant qu'une étude montrerait que de 225 à 700 machines seraient nécessaires?

François Bausch: Nous travaillons actuellement à un projet de loi relatif à l'installation de radars. Il devrait être finalisé pour l'été. Je ne vais pas me figer maintenant sur un chiffre mais on va installer entre vingt et trente-cinq radars fixes, notamment dans les tunnels autoroutiers, et cinq radars mobiles qui sont à mon sens plus efficaces. Les radars fixes sont en effet utiles pour sécuriser un lieu précis, à risque, mais la peur du radar mobile influence la façon de conduire. Clairement, le but n'est pas répressif, il faut trouver un juste équilibre avec les mesures préventives et de sensibilisation. Pour en revenir au calendrier, la stratégie devrait donc être prête avant l'été; il faut ensuite s'attaquer au volet législatif, un point compliqué car il faut notamment veiller au respect de la protection des données. Il convient d'être très attentif sur ce point et j'ai d'ailleurs chargé un bureau d'études juridiques de me faire des propositions concrètes en vue de verrouiller la protection des données. Au final, la loi devrait, j'espère, être votée de façon à ce que, l'installation des radars débute en 2015.

Luxemburger Wort: Le secteur automobile luxembourgeois doit-il craindre d'être supervisé par un ministre "vert"?

François Bausch: Non! J'ai été très bien accueilli lors de la conférence de presse de présentation de l'Autofestival (le lundi 20 janvier, ndlr) et j'ai eu avec les deux présidents de Fegarlux et d'Adal une réunion très constructive. Je crois que le secteur de l'automobile se rend compte qu'il faut changer certaines choses, qu'il faut voir différemment la voiture individuelle, une invention superbe. Mais il faut désormais une autre approche de sa possession et de son utilisation. La voiture est un élément important de la chaîne de mobilité mais se positionne au même niveau que les autres composantes. Les constructeurs et professionnels automobiles en ont bien conscience car personne n'y gagne si l'on laisse la situation actuelle inchangée. J'ai vraiment apprécié l'ouverture d'esprit des responsables des deux associations professionnelles du secteur et on s'est promis de travailler ensemble pour tendre vers le but fixé en termes de mobilité multimodale.