Séance académique "175e anniversaire de l’indépendance du Grand-Duché de Luxembourg"

Article – Publié le

Dans le cadre de la célébration du 175e anniversaire de la signature du traité de Londres (19 avril 1839) – qui a délimité les frontières actuelles du Grand-Duché de Luxembourg – une séance académique a eu lieu le 29 avril 2014 au Cercle Cité de la Ville de Luxembourg en présence de LL.AA.RR. le Grand-Duc et la Grande-Duchesse, de LL.AA.RR. le Grand-Duc héritier et la Grande-Duchesse héritière ainsi que des membres du gouvernement.

À cette occasion, des discours ont été prononcés par S.A.R. le Grand-Duc, par le président de la Chambre des députés, Mars Di Bartolomeo, par le Premier ministre, ministre d’État, Xavier Bettel, par le bourgmestre de la Ville de Luxembourg, Lydie Polfer, ainsi que par le professeur d’histoire transnationale luxembourgeoise à l’Université de Luxembourg, Michel Pauly.

Le Luxembourg fête cette année "175 ans d’indépendance, de souveraineté, de liberté", a souligné le Premier ministre Xavier Bettel. Il a rappelé qu’en 1839, "les frontières furent tracées à neuf, la population fut partagée, le pays devint plus petit, mais indépendant". À partir de ce moment, le Luxembourg "libre et responsable pour soi-même" a su trouver sa place au sein de l’Europe: "Il n’y a plus de grandes et de petites puissances, comme en 1839, mais une seule Union forte qui a été également façonnée par le Luxembourg", a dit le Premier ministre.

"Capacité de nous réinventer"

Xavier Bettel a également saisi l’occasion pour se pencher sur les défis auxquels le pays doit faire face aujourd’hui, notamment le fait de devoir s’affirmer non plus dans une région, mais sur un marché mondialisé. "Un de nos plus grands atouts, c’est notre capacité de nous adapter et de nous réinventer toujours à nouveau", a-t-il dit avant de préciser que "nous devons développer nos capacités là où c’est raisonnable, rester flexibles et, surtout, motivés afin de défendre ce que les générations qui nous ont précédé ont édifié".

Par ailleurs, le Premier ministre a mis l’accent sur un autre atout du Luxembourg: sa diversité culturelle. Les Luxembourgeois auraient un grand talent à accueillir en leur sein des gens de nationalités et de cultures diverses, à regarder en avant ensemble avec eux et à bâtir ensemble un avenir commun, a-t-il dit. En tournant son regard vers l’avenir, Xavier Bettel a conclu qu’il s’agissait "de poser aujourd’hui les jalons pour que le Luxembourg reste un pays de la cohésion sociale, un pays qui fonctionne et où les citoyens ont des perspectives, un pays où il fait bon vivre et en paix, en somme un pays où l’on peut être fier de ce qui a été accompli et vécu ensemble."

La construction d'une nation

L’historien Michel Pauly, de son côté, a analysé la construction du récit historique du Grand-Duché en passant en revue les étapes les plus importantes de l’histoire du pays et en se penchant en partie sur des recherches historiques récentes. Après avoir expliqué en détail l’impact qu’a eu le traité de Londres de 1839 sur l’histoire du pays, il a souligné que le congrès de Vienne de 1815 a eu une importance au moins aussi grande: "Le congrès de Vienne créa ex nihilo un État, le Grand-Duché de Luxembourg, qui n’existait pas auparavant.  [...] Il faut donc bien faire remonter à 1815 plutôt qu’à 1839 la création d’un État luxembourgeois."  À partir de ce moment, la construction d’une nation luxembourgeoise "en partie spontanée, [...] n’allait pas sans soubresauts, sans crises, sans doutes", a souligné l’historien.

Il a mis l’accent sur l’apparition de symboles de l’indépendance nationale au XIXe siècle, comme le franc luxembourgeois, sur l’effort législatif des gouvernements et des députés lors de l’élaboration des lois et de la Constitution du pays et sur la "success story" économique du Luxembourg, "qui permit de faire pérenniser la durée d’un pays créé artificiellement en 1815". En se penchant sur la langue comme symbole de l’unification nationale de la population luxembourgeoise, Michel Pauly a souligné que "le multilinguisme distinguait la nation luxembourgeoise davantage de ses voisins que le parler luxembourgeois qui est toujours en voie d’élaboration".

La loi scolaire de 1843, la construction des chemins de fer à partir de 1856, l’apparition de journaux et d’associations culturelles étaient, tout comme l’établissement d’une propre dynastie en 1890, des étapes importantes lors de la construction d’une "nation" luxembourgeoise au XIXe siècle. Il ne faut pas pour autant négliger l’importance de l’octroi du suffrage universel en 1919 et l’élargissement des droits sociaux, a souligné Michel Pauly.

"S'ouvrir aux autres"

Dans son discours, S.A.R. le Grand-Duc a soulevé l’ambiguïté du moment fondateur du Grand-Duché de Luxembourg. "La date de l’indépendance luxembourgeoise prête encore à débat chez les historiens. Celle de 1815 et du Congrès de Vienne apparaît plus pertinente à certains [...]. À cela il sera répondu judicieusement que c’est à partir du traité de Londres de 1839 que se construit pierre après pierre l’édifice du futur État luxembourgeois. 1839 peut donc bien être considéré comme le point de départ", a expliqué S.A.R. le Grand-Duc.

Or cette situation de départ n’était pas facile: "Un État à construire, une prise de conscience nationale pratiquement inexistante, une Europe dominée par les grandes puissances, un territoire des plus exigus, pauvre qui plus est, il n’est pas aisé d’imaginer des conditions plus difficiles dans le cheminement d’une nation vers la souveraineté", a dit S.A.R. le Grand-Duc avant de souligner que "pourtant, le “miracle luxembourgeois” eut lieu".

En s’adressant à la jeunesse du pays S.A.R. le Grand-Duc a conclu que "la force du Luxembourg réside dans sa capacité à s’ouvrir aux autres et non dans la tentation du repli. Ceci vaut pour notre cas individuel comme pour notre communauté. Et c’est cette faculté qui construit notre identité, dont nous avons le droit d’être fiers."