François Bausch au sujet du projet de loi concernant les "radars fixes"

"Les radars fixes ne seront pas des machines à sous"

Interview – Publié le

Interview: Erwan Nonet

Le Quotidien: Depuis le début de l'année, il y a eu onze décès sur les routes luxembourgeoises, soit autant que l'an passé - une très mauvaise année - à la même époque. Les radars fixes sont donc inéluctables...

François Bausch: Le bilan des accidents de la route en 2013 a été tellement dramatique qu'il fallait agir. Et, ce n'est pas une surprise, la vitesse en est la principale cause.

Le Quotidien: À quel stade en est le projet de loi visant leur installation? Il est quasiment terminé. Le volet technique, auquel ont collaboré les Ponts et Chaussées, est clos. C'était un gros morceau! Le texte sera certainement présenté cet été. J'espère qu'il passera sans encombre l'examen du conseil d'État et que la Chambre des députés l'adoptera. A priori, j'imagine que cela devrait se faire sans trop de problèmes, car, aux dernières nouvelles, le CSV comptait le voter. Mais, maintenant, c'est vrai qu'on ne sait jamais... On volt que ça peut changer tous les jours...

Le Quotidien: Quel est le point de ce dossier qui a été le plus compliqué à mettre en place?

François Bausch: C'est sans doute l'aspect juridique qui est le plus sensible, car il faut, évidemment, que le texte soit inattaquable. Notamment sur ce qui touche à la protection des données. Même si cela a été difficile, je pense que nous y sommes parvenus. Il faut dire que Robert Biever (NDLR : le procureur général d'État) avait élaboré un premier texte il y a un an et que nous avons également sollicité les avocats d'Arendt&Medernach.

Le Quotidien: Le nombre de radars fixes estil déjà défini?

François Bausch: Non pas encore, mais vous le saurez bientôt!

Le Quotidien: Que pouvez-vous dire de leur répartition sur le territoire?

François Bausch: Les radars fixes seront installés aux points noirs, c'est-à-dire là où les accidents sont plus fréquents et où il est impossible d'aménager les infrastructures routières pour les sécuriser. Il y a environ une vingtaine ou une trentaine d'endroits de ce type sur nos routes.

Le Quotidien: Cette position a déjà été entendue ailleurs, en France par exemple. Mais dans les faits, la plupart des radars fixes ont ensuite été installés dans des endroits où ils sont surtout rentables pour l'État...

François Bausch: Je parle là de sécurité routière et uniquement de sécurité routière. Cela n'a aucun sens de faire des pièges! Les radars fixes que nous installeront auront davantage un rôle préventif que répressif. D'ailleurs, honnêtement, ces radars ne seront très vraisemblablement pas une bonne opération pour le budget de l'État. Le coût est élevé et, même à terme, les dépenses seront certainement plus élevées que les recettes. Les radars fixes ne seront donc pas des machines à sous, mais un instrument psychologique à l'intention des conducteurs. A la limite, nous jouerons davantage sur la peur du gendarme avec les radars mobiles, qui peuvent être partout, plutôt qu'avec les radars fixes.

Le Quotidien: Justement, le 24 avril dernier, le directeur général de la police, Romain Nettgen, craignait dans ces colonnes que ces missions supplémentaires n'aillent pas de pair avec une augmentation des effectifs et des moyens de la police*. Comprenez-vous ces remarques et comment allez-vous y répondre?

François Bausch: Nous allons partager les dépenses: le ministère du Développement durable et des Infrastructures paiera l'installation des radars et la police les fera fonctionner. Nous ferons donc un effort pour donner à la police les moyens de mener à bien cette tâche. Mais il ne faut pas me faire croire qu'il y a besoin d'autant de personnel pour s'occuper d'un radar fixe que d'un radar mobile! La police aura des moyens supplémentaires, cela a été discuté avec le ministre de la Sécurité intérieure (Étienne Schneider) et le Premier ministre (Xavier Bettel), mais pas dans les proportions qui ont été réclamées.

* Dans Le Quotidien du 24 avril 2013: "Nous avons inscrit sur la fiche budgétaire du projet de loi qu'il faudra recruter pour les radars fixes huit policiers, trois rédacteurs et deux ingénieurs et qu'il faudra également acheter deux camionnettes. Mais ça, c'est vraiment le strict minimum". "On nous parle de cinq radars mobiles, mais nous n'avons rien entendu sur les voitures dans lesquelles il faudra les embarquer... Si nous devons retirer cinq véhicules d'un service, ils manqueront forcément."