Déclaration de Romain Schneider sur la politique de coopération au développement (traduction française)

"Notre monde, notre dignité, notre avenir!"

Seul le texte prononcé fait foi
Discours – Publié le

"Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Cette année est une occasion particulière pour ce discours sur la politique de coopération luxembourgeoise car 2015 est une année spéciale. Les institutions européennes ont déclaré 2015 - année européenne pour le développement en raison des rendez-vous importants qui marqueront cette politique pour les 15 années à venir. Que ceci coïncide avec la présidence luxembourgeoise du Conseil de l'Union européenne nous confère un rôle spécifique et une responsabilité particulière.

L'année européenne pour le développement a été ouverte officiellement en janvier à Riga et nous la clôturerons en décembre à Luxembourg. La réunion informelle des ministres du développement se tiendra en même temps. Nous espérons dans ce contexte être en mesure de signer une déclaration interinstitutionnelle par laquelle États membres et institutions s'engagent à poursuivre les efforts pour sensibiliser un public large aux besoins de coopération ainsi qu'à la responsabilité de tout un chacun.

Ceci fut d'ailleurs aussi l'objectif de l'année européenne à Luxembourg. C'est pour cette raison qu'il faut encore mieux expliquer les thèmes de la lutte contre la pauvreté et du développement durable dans les pays en développement, de notre solidarité internationale et de notre responsabilité, mais également de nos intérêts qui y sont liés. Le slogan de cette année européenne,- notre monde, notre dignité, notre avenir-, nous a indiqué le chemin à suivre.

Nous nous sommes d'abord adressés à la jeunesse. Ensemble avec la conférence générale pour la jeunesse nous avons été présents au parlement des jeunes et au rallye citoyen, dont une étape avait lieu au ministère. Je souhaite rappeler que l'ouverture de l'année européenne à Luxembourg en janvier avait eu lieu à l'Athénée en présence de nombreux élèves qui ont montré les activités dans le cadre de la coopération.

Ce fut également l'occasion de pouvoir s'échanger avec un public plus large. C'est la raison pour laquelle nous avions p.ex. un stand à la fête de l'Europe, de même qu'au pique-nique européen le 1e juillet ainsi qu'au Blues and Jazz Rallye au Grund. Il y a eu de nombreux échanges intéressants mais aussi parfois controversés. Je voudrais profiter aujourd'hui pour remercier mes collaborateurs du ministère pour leur engagement pendant de longues soirées et les week-ends.

Je me réjouis aussi de l'étroite collaboration avec les institutions européennes de Luxembourg. La Cour des comptes européenne a organisé une conférence des plus intéressantes et la BEI a prêté son appui à différentes activités. Les bureaux du Parlement européen et de la Commission européenne ont été nos partenaires à de nombreuses reprises, comme p.ex. le festival des migrations.

Un concours vidéo Shining Star of Europe a été organisé dans toute l'Europe sur le thème du développement. Les lauréats seront présents en décembre à Luxembourg à la clôture de l'année européenne où ils recevront leurs prix.

Je suis particulièrement content qu'en décembre à la suite de notre réunion informelle les responsables des commissions parlementaires en charge du développement de l'UE se verront à ce sujet pendant deux jours à Luxembourg.

L'année prochaine nous continuerons à participer aux activités de sensibilisation et nous en initierons un certain nombre. Bien évidemment nos premiers partenaires sont ici les ONG luxembourgeoises. Elles ont à titre individuel ou encore au sein du Cercle offert en 2015 un programme d'activités particulièrement riche et diversifié allant du festival cinéma du Sud à la fête de la solidarité en mai, pour ne citer que celles-ci. Grâce également aux ONG l'année européenne pour le développement à Luxembourg aura été un succès.

Mesdames et Messieurs les députés,

Quelles sont les raisons qui me font tant insister sur ces activités de sensibilisation? Je suis profondément convaincu que les politiques de développement et d'action humanitaire constituent des instruments indispensables de notre vision d'une vie en commun ainsi qu'un élément de notre politique étrangère, qui nous rendent fiers à juste titre.

Depuis l'arrivée plus massive en Europe de migrants en provenance d'Afrique et de Syrie, nous sommes plus conscients de certaines situations de crise. Et pourtant ces crises ne sont pas nouvelles et ont déjà coûté la vie à des milliers de personnes. Ces déplacements sont provoqués soit par des guerres en RCA, au Soudan et Sud-Soudan ou en Syrie, soit par le terrorisme comme au Nord du Nigeria, soit par des catastrophes naturelles ou une mauvaise gouvernance, et en fin de compte par des crises où ces différentes raisons s'entremêlent.

Quand des parents ne voient pas d'autres solutions que de chercher un meilleur avenir pour leurs enfants sur une embarcation de fortune à travers la Méditerranée, ou bien encore marchent pendant des journées entières à travers le Sahara, la Turquie et les Balkans, il n'est plus nécessaire de démontrer qu'il y a un besoin incommensurable en coopération au développement et aide humanitaire. Ces politiques ne sont pas la panacée contre les migrations, -ce n'est d'ailleurs pas leur objectif-, mais l'aide humanitaire peut être une première réponse aux 60 millions de personnes qui sont de nos jours en fuite. Ce chiffre n'a jamais été aussi élevé. L'aide au développement consiste à offrir des perspectives pour les jeunes dans leur pays et dans leur région. L'APD luxembourgeoise se concentre dans nos pays partenaires sur la santé, l'éducation/formation professionnelle et le développement rural. Quand j'observe la démographie dans nos pays partenaires et la répartition de la population entre villes et campagne, notre réponse correspond aux défis auxquels font face nos partenaires.

C'est la raison pour laquelle le Luxembourg est parmi les États membres de l'UE qui ont mise en place la semaine dernière et contribué au fonds fiduciaire pour la migration en Afrique. Ce fonds devra apporter plus rapidement plus de moyens là où il y a besoin. Je ne suis pas vraiment convaincu qu'il faille des nouveaux instruments pour répondre à de nouveaux besoins. Il vaudrait mieux rendre nos instruments existants plus flexibles et mieux à même de réagir aux crises. Je comprends toutefois que dans l'urgence ceci n'a pas été possible.

Avec l'accord de Jean Asselborn j'ai participé à un déjeuner de travail des ministres européens de l'intérieur pour parler du rôle de la coopération et de l'aide humanitaire, pour barrer la route à certains préjugés et pour souligner que la toute grande majorité des réfugiés et migrants sont en fait accueillis dans des  pays en voie de développement.

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

2015 s’est déroulé sous le signe de la migration et de décisions à courte échéance. C’est également l’année de grands rendez-vous internationaux, qui définiront le futur de la politique du développement.

En mars eut lieu la conférence de Sendai, qui a peut-être eu moins de visibilité, mais qui a été très importante puisqu’elle a apporté des réponses sur la réduction des risques de catastrophes naturelles dans le cadre du développement durable. Sous la direction du ministre de l’intérieur, la Coopération y était présente. C’est notre département qui, sur le plan international, soutient les ONG, les pays et les agences internationales. Le but est d’investir plus dans les capacités des pays en voie de développement pour réduire de tels risques. Je rappelle dans ce contexte qu’au moins 5% de l’aide humanitaire luxembourgeoise est affectée à des actions pour mieux se préparer à des catastrophes naturelles et d’ainsi mieux pouvoir réagir.

Après la conférence de Sendai il y eut en juillet à Addis Abeba l’importante conférence sur le financement futur du développement et du développement durable. Il y a été exprimé clairement qu’une aide publique au développement au niveau de 0,7% du RNB est nécessaire. Nous nous sommes impliqués à tous les niveaux pour que, avant encore le début de la conférence d’Addis, l’UE confirme son engagement d’atteindre collectivement l’objectif de 0,7% en 2030. Il aurait évidemment été souhaitable de respecter notre l’objectif de 2005. Il aurait également été mieux de prévoir une échéance plus courte, mais nous aussi nous avons accepté ce compromis. L’UE s’est également donné un objectif collectif concernant la part de l’APD dans les pays les moins développés.

Ce financement public du développement n’est évidemment pas suffisant pour apporter à lui seul le changement nécessaire. Il faut aussi le concevoir comme catalyseur ou multiplicateur pour d’autres fonds, comme p.ex. les ressources nationales des pays en voie de développement. Il s’agit d’améliorer les capacités pour la collecte des impôts, de réaliser une base d’imposition plus large et plus transparente, ainsi qu’une meilleure règlementation fiscale internationale. C’était jusqu’à la fin l’un des enjeux fondamentaux des négociations d’Addis Abeba. La coopération luxembourgeoise a commencé à s’engager progressivement dans ce secteur au cours des dernières années. C’est pour cette raison que j’ai participé au lancement de l’Initiative Fiscale d’Addis (Addis Tax Initiative), à travers laquelle nous démontrons que nous sommes prêts à assumer encore plus de responsabilités dans ce domaine. Ceci s’effectue p.ex. au moyen de programmes de l’OCDE et également à travers le thème complexe de l’imposition des firmes multinationales, qui a d’ailleurs été abordé ce weekend au Sommet du G20. À l’égal d’autres pays, nous permettons aux partenaires du Sud d’être pleinement associés à ces négociations BEPS et de pouvoir contribuer à définir ces nouveaux standards sur une base d’égalité. Ceci fait partie intégrante de l’aide au développement et du renforcement de la gouvernance !

Il a également été convenu à Addis qu’à côté des deniers publics, les fonds privés et le secteur privé en tant que tel doivent s’impliquer plus dans l’aide au développement. De concert avec la Chambre de commerce, nous avions déjà sensibilisé notre secteur privé sur ces responsabilités et opportunités. Nous sommes également en train de rendre notre secteur privé plus attentif aux opportunités dans nos pays partenaires, comme p.ex. au Cabo Verde dans le secteur des énergies renouvelables et de la biomasse. La réaction des entreprises luxembourgeoises a été très positive. Dans ce sens, nous allons créer début 2016 une facilité de "business partnership", pour le transfert des technologies dans une première phase, ou encore pour soutenir des projets-pilote sous certaines conditions et dans certaines limites. Nous n’allons pas réviser notre position en matière d’aide liée, mais nous aidons le secteur privé à contribuer par ses propres moyens au développement.

La coopération s’engage depuis longtemps dans la microfinance, et coopère activement et de façon régulière avec le secteur privé, d’un côté avec des fonds d’investissement, de l’autre avec des institutions de la microfinance. Notre objectif est de permettre un accès au secteur financier à ceux qui sinon en resteraient exclus, à travers des moyens publics qui permettent de réunir beaucoup plus de fonds privés. Je voudrais rappeler que ces jours-ci a lieu la semaine européenne de la microfinance à Neumünster et que jeudi aura lieu à la BEI et en présence de SAR la Grande-Duchesse la remise du prix européen sur le thème de la microfinance dans les situations de crise.

L’agenda d’action d’Addis Abeba n’a pas seulement recommandé de rassembler des fonds d’origine diverse, mais aussi de les lier à des politiques appropriées, aussi bien au Nord qu’au Sud. Ces moyens dits "non financiers" sont indispensables pour assurer la durabilité des investissements dans un cadre de bonne gouvernance. C’est un but auquel nous devons œuvrer de concert avec nos partenaires.

Ceci m’amène à la prochaine étape des grands rendez-vous de cette année, à savoir le Sommet pour un développement durable fin septembre à New York.

Les chefs d’État et de gouvernement de tous les États membres de l’ONU, dont le Premier ministre luxembourgeois, y ont adopté le résultat de deux longues années de négociations difficiles. Il s’agit d’une déclaration politique sur les 17 objectifs pour un développement durable, leurs 169 cibles subordonnées, et d’un système de suivi et de monitorage. Les objectifs pour un développement durable reprennent les parties des objectifs du millénaire qui n’ont pas encore été atteints, et remettent le tout jusqu’à 2030 en un contexte nouveau, global et transformatif. Le développement durable en matière sociale, économique et environnementale ne signifie rien de moins qu’un changement total de nos façons d’agir dans tous les domaines et dans tous les pays. Les droits humains sous toutes leurs facettes et pour chaque individu en font partie, tout comme la paix et la sécurité. Cet agenda énormément ambitieux est soutenu par les moyens financiers et non financiers arrêtés à Addis.

Ensemble avec la ministre Carole Dieschbourg, nous avons suivi ces négociations dans le détail, en y apportant notre contribution active. Nous avons saisi le Conseil de gouvernement des résultats attendus, avant l’adoption officielle de cet agenda 2030 au Sommet.

Jusqu’en mars 2016, les indicateurs pour les objectifs et les résultats devraient être définis. Il s’agit ensuite pour chaque pays de transposer les objectifs pour un développement durable. Le 26 octobre la Présidence luxembourgeoise a réuni les ministres de l’UE du développement et de l’environnement à un déjeuner de travail conjoint pour débattre une première fois de la transposition au niveau de l’UE des objectifs pour un développement durable. Au cours du premier semestre 2016, la Commission doit tabler une proposition. On évoque aussi une consultation publique, mais ce volet reste à clarifier. Lors de la réunion informelle des ministres du développement le 10 décembre prochain à Luxembourg, nous avons l’intention de discuter avec le commissaire compétent, et sous la direction de Mme Mogherini, des changements nécessaires des politiques de l’UE dans le domaine du développement, afin de répondre aux nouvelles exigences.

Il ne me revient pas d’évoquer le plan national de transposition dans son intégralité. Je peux cependant affirmer que la Coopération luxembourgeoise est d’ores et déjà en train de voir avec ses pays partenaires comment reprendre ces nouveaux objectifs dans leurs stratégies de développement , et où il est nécessaire d’apporter une aide spécifique. Il faudra également vérifier avec nos partenaires, si nos programmes sont conformes à la nouvelle donne.

Ici à Luxembourg, notre stratégie générale autant que nos stratégies sectorielles et thématiques devront être adaptées. Cela devrait avoir lieu l’année prochaine, à travers des consultations avec les ONG comme de l’habitude. Nous contribuerons aussi notre part au plan national pour un développement durable qui sera établi sous la responsabilité du ministre de l’environnement. Une grande partie de nos activités pour 2016 s’en trouvent ainsi définies, en vue aussi de notre prochaine revue des pairs 2016 du Comité d’aide au développement de l’OCDE.

La dernière étape des grandes conférences décisives de cette année, la COP21, est imminente. Le changement climatique fait évidemment partie des grands défis qui concernent souvent les pays en voie de développement au premier chef. C’est doublement vrai pour les SIDS, les petits États insulaires en voie de développement du Pacifique, des Caraïbes, mais aussi de l’Afrique. Le Cabo Verde, notre pays partenaire, fait partie de ce groupe et pâtit particulièrement du dérèglement climatique. Mais également chez nos pays partenaires du Sahel ou en Amérique Centrale, les effets du changement climatique sont visibles. Des migrants, de la pauvreté et du désespoir en sont les conséquences. Un exemple en est la région autour du Lac Tchad. Auparavant, les gens retiraient l’eau, les vivres et leur subsistance du lac; aujourd’hui, il a presque totalement disparu.

Nos pays partenaires de la Coopération ont pu compter sur nous pour les soutenir dans la préparation pour la COP21, comme p.ex. le Cabo Verde et le Sénégal. Nous collaborons étroitement avec le Ministre de l’Environnement pour donner une complémentarité indispensable à nos interventions respectives. Nous espérons que la conférence de Paris sera le succès pour lequel aussi bien la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE que la France ont œuvré.

Monsieur le président,

Mesdames, Messieurs,

Le cadre pour le développement durable jusqu’à 2030 a donc été établi, avec de grandes ambitions, des moyens pour y arriver, sans toutefois beaucoup de temps à disposition pour réussir.

Et pourtant nous nécessitons aussi davantage et de meilleures ressources pour fournir une aide humanitaire en réponse à la situation unique des crises humanitaires dans le monde, qui se multiplient, deviennent de plus en plus violentes, complexes et prolongées. La crise syrienne persiste depuis cinq ans, affecte globalement plus de 12 millions de personnes et a des conséquences déstabilisantes sur les pays voisins. L’Irak, le Sud-Soudan, le Népal nécessitent de tout pour survivre. L’Ethiopie risque d’être prochainement confrontée à une famine sévère.

Même si les moyens financiers destinés à l’aide humanitaire n’ont jamais été aussi élevés, il est également vrai qu’ils n’ont jamais autant manqué. Les appels des agences de l’ONU et du CICR ne sont souvent financés qu’à 30 à 40% ce qui a comme conséquence que des activités doivent être stoppées et que les rations alimentaires par exemple dans les camps de réfugiés doivent être réduites.

Il faut agir différemment que jusqu’à présent, de manière plus efficace et plus coordonnée entre acteurs humanitaires, y inclus les agences de l’ONU et ONG, et davantage dans l’intérêt des communautés affectées. L’aide humanitaire doit fonctionner d’après les principes humanitaires et le Droit International Humanitaire. Elle ne doit toutefois plus être considérée de manière isolée, mais en collaboration avec les autres instruments de développement. Quand les crises durent des années, l’on nécessite plus qu’une simple aide d’urgence. Permettez-moi de rappeler que les réfugiés et les migrants sont déplacés pendant une durée moyenne de 17 ans avant de pouvoir rentrer chez eux. Des écoles doivent être construites pour éviter que des générations entières ne soient perdues. Voilà pourquoi nous soutenons par exemple le programme "No Lost Generation" de l’UNICEF en Turquie. Des améliorations ponctuelles pour jeter des ponts entre l’humanitaire et le développement ne suffisent pourtant pas. Les deux doivent être programmés et mis en œuvre conjointement là où c’est une nécessité.

Celles-ci et beaucoup d’autres idées ont été rassemblées lors des préparatifs pour le premier Sommet humanitaire mondial qui aura lieu en mai à Istanbul. L’ensemble des acteurs se sont réunis dans des consultations mondiales et ont coopéré par régions pour proposer des initiatives. Le ministère et les ONG humanitaires luxembourgeoises ont également élaboré une proposition sur le thème de la protection. En tant que Présidence, un catalogue d’idées a été présenté au niveau de l’UE entre acteurs humanitaires et acteurs de la protection civile. De plus, nous avons contribué à ce que des entreprises disposant de capacités satellitaires s’engagent à travailler ensemble pour mettre celles-ci à disposition des communautés affectées avec un coût limité.

Maintenant il s’agit d’examiner ces centaines d’idées et d’initiatives et, si elles sont retenues, de les rassembler en vue de leur adoption au Sommet. Les ministres de la coopération de l’UE ont mené un premier débat à ce sujet lors de leur Conseil du 26 octobre et ont retenu des thèmes particuliers et le principe que l’UE en tant que plus grand donateur d’aide humanitaire doit s’engager pleinement. Nous espérons encore sous notre Présidence pouvoir tirer des conclusions afin que l’UE puisse influencer davantage ce processus, y compris le rapport du secrétaire général de l’ONU en vue le sommet.

Nous avons donc beaucoup d’attentes pour ce sommet, ou mieux, pour les personnes dont la simple survie dépend d’une intervention humanitaire de meilleure qualité.

Mesdames, Messieurs,

Dans ma déclaration aujourd’hui devant vous je me suis souvent référé à notre rôle en tant que Présidence du Conseil de l’UE pour préciser où nous avons agi ou établi des priorités.

Un sujet qui me tient ici particulièrement à cœur est celui de la cohérence des politiques pour le développement. Il s’agit d’un concept que nous connaissons tous et qui nous paraît relever du bon sens. Il n’est pourtant pas aussi facile de le mettre en œuvre comme certains le présentent, puisqu’à la base sont des arbitrages politiques, à court, moyen et long terme.

Mon objectif pendant la Présidence était de décliner de manière pratique ce concept de la cohérence, et ce dans autant de formations du Conseil que possible. Voilà pourquoi j’avais écrit aux Ministres pour les encourager à analyser un de leurs thèmes sous ce point de vue. Avec Madame Mogherini, nous avons à nouveau ensemble répété cet appel. Le résultat est appréciable et a conduit à ce que des filières telles que l’énergie, l’intérieur, la culture, le commerce mais aussi la santé et la sécurité soient confrontées à différents niveaux de travail avec le sujet du développement et de la cohérence pour le développement. La prochaine Présidence néerlandaise s’est engagée au Conseil de fin octobre à continuer cet effort. Cette démarche s’inscrit aussi clairement dans la logique de l’Agenda 2030 que nous avons adopté à New York, et dont l’objectif est justement le décloisonnement des filières.

Je pense que la Présidence luxembourgeoise a fourni ici un bon bout de travail et a ouvert la voie pour continuer dans cette direction. Cela ne fait pas de sens de créer de nouvelles procédures et règles, si on ne les applique pas véritablement.

Au plan national nous avons suivi le même chemin et avons essayé avec d’autres Ministères d’examiner de manière pratique des politiques et actions du point de vue de leur cohérence avec le développement. Pour ce faire, le Comité interministériel compétent s’est doté de règles avec la possibilité d’exprimer des avis. Les arbitrages politiques et conséquences de ces travaux résident bien évidemment auprès des compétences respectives des divers ministères. Le ministre de la coopération dispose ici d’une charge particulière de sensibilisation. Les ONG et leur Cercle sont dans leur rôle pour nous rappeler encore et toujours nos responsabilités, comme aujourd’hui devant la Chambre.

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

J’ai utilisé les grands rendez-vous de l’année au niveau international et européen comme fil rouge de mon intervention et j’ai présenté une partie des activités de la Coopération luxembourgeoise sous cet angle.

C’est la raison pour laquelle je n’ai pas traité en détail de nos différents pays partenaires. J’ai eu régulièrement l’occasion au cours de l’année de faire rapport à la Commission des affaires étrangères sur les différentes commissions de partenariat et les nouveaux programmes indicatifs de coopération, sur notre stratégie de sortie au Vietnam et au Salvador et finalement sur notre concentration sur les pays les moins avancés. Selon moi, toute visite de ministres de nos pays partenaires ou de hauts responsables d’agences multilatérales inclut un rendez-vous à la Chambre des députés.

Permettez-moi finalement de traiter encore un thème de manière plus précise, à savoir les relations avec les ONG luxembourgeoises. Elles représentent 16,50% de l’aide publique au développement luxembourgeoise, mais constituent un partenaire dont l’importance va bien au-delà de ce chiffre. Une partie des mesures annoncées dans le paquet d’avenir les concernent directement. Je vous les avais expliquées l’année passée et précisé qu’il s’agissait de mesures visant une plus grande efficacité de l’aide et ne constituaient en aucun cas une réduction budgétaire. Lors de mon discours l’an dernier, je me suis aussi déclaré prêt à discuter et négocier ces mesures en détail avec les ONG. Ces discussions ont débuté le lendemain de mon intervention. Un groupe de travail spécifique s’est penché sur la question jusqu’à la semaine passée. Je pense pouvoir dire que nous sommes arrivés à un résultat qui constitue un compromis correct pour les deux parties. La part des frais administratifs des ONG qui sont remboursés par le ministère baissera, mais moins qu’initialement prévu. Cela a trait également à l’effet cumulatif en relation avec les changements au niveau des cofinancements des projets.

Les projets dans les pays partenaires et les pays les moins avancés seront cofinancés à hauteur de 80%. Qu’il s’agisse de projets isolés ou inclus dans un accord-cadre ne change rien au taux de cofinancement. Les procédures liées aux accords-cadres seront simplifiées et deux appels à propositions seront effectués pour les simples projets. Ceci implique qu’un projet au Malawi, au Niger ou à Haïti sera financé au taux supérieur, peu importe à travers quel instrument. Pour d’autres pays comme le Brésil, l’Inde ou le Guatemala, le taux inférieur sera appliqué à tous les projets, à une exception près.

Nous partageons en effet l’avis des ONG comme quoi le rôle de la société civile est particulièrement important dans ces pays en transition, dans le domaine du renforcement de la démocratie, de la transparence et de l’égalité. Le ministère continuera également à appuyer ce genre d’activités dans un pays comme le Salvador. C’est pourquoi nous cofinancerons au taux élevé les actions des ONG qui auront pour vocation spécifique le renforcement de la société civile locale. Afin de garantir une approche prévisible et transparente, nous avons réduit de commun accord cette exception à un code sectoriel spécifique du CAD.

Je suis d’avis qu’il faudra adapter notre base légale et règlementaire en 2016 sur base de ce compromis. Nous soumettrons des propositions en ce sens à cette institution.

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Pour conclure, j’aimerais souligner qu’après cette année, la Coopération luxembourgeoise disposera d’un nouveau cadre international qu’il s’agira de mettre en œuvre et de décliner à travers ses instruments.

La Coopération luxembourgeoise a déjà bien avancé dans ce sens grâce à son plan national d’efficacité du développement. L’année prochaine à cette heure-ci nous pourrons tirer le premier bilan et nous positionner pour rester "fit-for-purpose" pour l’agenda 2030.

Relevons ce challenge, tous ces nouveaux défis et, ensemble, mettons en musique le slogan de l’année européenne 2015:

Notre monde, notre dignité, notre avenir!"