Interview de Corinne Cahen avec Luxembourg Féminin

"Je crois en la capacité des gens et non pas en leurs qualités d'homme ou de femme"

Interview – Publié le

Interview: Luxembourg Féminin

Luxembourg Féminin: Issue d'une formation de journaliste, vous auriez pu être en charge du ministère de la Communication. Comment devient-on ministre de la Famille, de l'intégration et à la Grande Région?

Corinne Cahen: Journaliste au Luxembourg, à Washington et à Paris, j'ai finalement repris le business familial au Grand-Duché, moi qui avais toujours pensé poursuivre mon parcours à l'étranger! Là, je me suis engagée dans l'Union commerciale de la capitale et en suis devenue présidente durant cinq années. Je pense avoir provoqué une mini-révolution: une femme à la tête de ce groupement de commerçants, c'était du jamais vu. Mais il ne faut pas mélanger les sujets. J'étais membre élu de la Chambre de commerce et j'avais certaines idées concernant l'entrepreneuriat. Je ne voulais pas entrer dans le ministère avec des idées préconçues.

Luxembourg Féminin: Dans un gouvernement composé de dix-huit membres, seulement quatre femmes sont ministres. Comment s'impose-t-on dans cet univers?

Corinne Cahen: Je crois en la capacité des gens et non pas en leurs qualités d'homme ou de femme. Les femmes sont moins revendicatrices, parfois moins sûres de leurs capacités, ce qui les rend plus exigeantes avec elles-mêmes. Elles agissent souvent avec discrétion: ce sont des professionnelles du "soft power". Et pourtant, avoir un élément féminin autour d'une table de réunion permet de faire avancer les sujets. Leur côté terre à terre leur permet d'aller à l'essentiel. Personnellement, je dis toujours ce que je pense et je préfère la discussion au non-dit. Certains sont d'ailleurs parfois surpris par mon style direct!

Luxembourg Féminin: Est-ce important pour vous de rester une femme active?

Corinne Cahen: Trop de femmes se retrouvent dans des situations inextricables, voire tragiques, lorsqu'elles perdent leur mari ou se séparent de leur conjoint ou compagnon. En restant intellectuellement et financièrement indépendantes, les femmes sont en mesure d'affronter une situation nouvelle, qui peut avoir de lourdes conséquences économiques.

Luxembourg Féminin: Vous sentez-vous femme, ministre, luxembourgeoise, européenne?

Corinne Cahen: Je suis luxembourgeoise et européenne. J'aime mon pays. Il est en pleine mutation et la population doit évoluer en conséquence. Être ouvert aux changements est capital. Nous avons actuellement 46 % de résidents non luxembourgeois et ce nombre va croissant. Pour moi, cette diversité fait partie des forces et des richesses de notre pays. À nous de capitaliser sur toutes ces personnes qui vivent au Grand -Duché et qui participent activement â la vie du pays. Nous devons leur permettre de réussir leur intégration: cela fait partie de l'une de mes missions.

Luxembourg Féminin: Quel est le visage de la famille actuelle au Luxembourg?

Corinne Cahen: Il n'existe plus de famille type. Aujourd'hui, 76 % des femmes travaillent et beaucoup privilégient le travail à temps partiel. Il devient primordial de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Moi-même mère de deux enfants, je veux les élever tout en continuant à travailler. L'un de mes objectifs est de faire en sorte que le monde de l'entreprise devienne compatible avec l'organisation personnelle. Notre objectif, partagé avec l'Europe, est d'arriver à 80 % de femmes actives en 2020.

Luxembourg Féminin: Quels sont vos projets pour la famille?

Corinne Cahen: Je travaille activement sur le congé parental. Selon les études que nous avons menées sur ce thème, les pères sont aussi demandeurs que les mères. Ainsi je souhaite que ce congé puisse être pris par les deux parents. Cela permet d'augmenter l'égalité des chances entre homme/femme. L'autre point fort de la réforme est d'apporter plus de flexibilité: par exemple d'autoriser la prise d'une journée par semaine pendant vingt mois. Il est indispensable de favoriser les liens entre enfants et parents tout en répondant au mieux aux attentes de ces derniers.

Luxembourg Féminin:  N'est-ce pas un peu compliqué à gérer pour les employeurs?

Corinne Cahen: Il est préférable de maintenir un lien professionnel avec un salarié que d'être amené à travailler sans elle ou lui pendant une certaine période. Le salarié maintient son implication dans l'entreprise tout en ayant un équilibre familial harmonieux. Cela évite de décrocher complètement. Et c'est une mère de famille et une dirigeante d'entreprise qui vous le dit!