Interview de Marc Hansen avec le Lëtzebuerger Gemengen

"Nous devons optimiser le travail des promoteurs publics (...)"

Interview – Publié le

Interview: Lëtzebuerger Gemengen

Lëtzebuerger Gemengen: L'option de construire des immeubles de résidence en hauteur que vous avez évoquée le mois passé est-elle vraiment envisageable dans notre pays?

Marc Hansen: Lorsque mes collègues Fernand Etgen, François Bausch et moi-même avons abordé ce volet de la hauteur - qui a alors été très repris et discuté - nous l'annoncions dans une stratégie générale de densification urbaine, ce qui induirait une plus grande proximité des personnes avec leur lieu de travail, moins de trafic routier et un impact positif sur le coût du logement. Mais cette densification s'établirait par plusieurs pistes. D'abord, il faut construire sur les lots encore libres. C'est ce premier volet qui a le plus grand potentiel en termes de densification car les espaces inoccupés sont nombreux au vu d'un recensement récent. Nous sommes en train d'analyser comment nous pouvons densifier ce tissu en mobilisant les terrains disponibles. Bien que très prometteur, c'est un enjeu assez complexe. Nous poursuivons notamment notre programme Baulücken qui consiste en la mise à disposition de terrains appartenant à la Ville de Luxembourg, sous forme de baux emphytéotiques, pour la construction de logements abordables, destinés en partie à la location et en partie à la vente. Puis, nous essayons de trouver des projets d'activation des lots des personnes privées. Il faut savoir qu'environ 84% de ces terrains potentiellement habitables sont entre les mains de ces propriétaires particuliers; alors que plus ou moins 10% appartiennent à des promoteurs ou personnes morales; le reste seulement se trouve dans le giron public: l'Etat, les fonds ou les communes. Nous établissons donc des projets pour rendre disponible ces lots, nous discutons avec les communes de la meilleure façon d'aborder les propriétaires, quelles sont les possibilités pour ce faire,... Ensuite seulement, la deuxième piste de densification est celle de bâtir en hauteur. Il est évident qu'on ne peut pas construire ainsi n'importe où et n'importe comment. On peut le faire dans des quartiers qui s'y prêtent. Un exemple: mon bureau est situé au 12 étage d'une tour de la Place de l'Europe au Kirchberg. C'est un lieu parfaitement adapté à ce type de construction et cela ne dérangerait pas d'y voir également une grande résidence d'habitation. Mais cela ne conviendrait pas à Remich ou Weiswampach, dans des localités plus rurales. La possibilité de la hauteur s'appliquerait donc à des quartiers spécifiques. J'insiste sur le fait que cela doit se faire avec sens. Nous pensons aux nouveaux quartiers qui se créent actuellement à Luxembourg -Ville ainsi qu'aux friches industrielles qui sont en train d'être viabilisées et dont le site de Belval est un excellent exemple de reconversion. Beaucoup d'endroits ont du potentiel: l'ancienne usine d'ArcelorMittal à Schifflange, la porte de Hollerich, le Kirchberg ou encore des friches industrielles à Wiltz et à Dommeldange. De plus, cette possibilité doit se penser non seulement en termes de quantité d'unités d'habitation, mais aussi au point de vue de la qualité. Nous ne voulons pas suivre les mauvais exemples réalisés dans d'autres pays au cours des décennies précédentes où la qualité misérable de certains bâtiments a engendré des problèmes. Naturellement, il faudra exploiter au mieux l'espace disponible au sol afin que cela soit fait de la meilleure façon possible. Notre but est de lancer un débat dans cette direction, au sein de l'opinion publique et avec les acteurs concernés. Par après, ce seront aux communes de définir elles-mêmes dans leur règlement ce qui est faisable ou non.

Lëtzebuerger Gemengen: Cette proposition est-t-elle bien accueillie par la population et le secteur?

Marc Hansen: Personne ne s'inquiète. On ne parle pas d'immeubles d'une centaine d'étages non plus, juste de bâtiments un peu plus hauts... On voit déjà des constructions similaires au niveau des bureaux dans certains quartiers, et d'autres sont déjà en train de pousser. Si l'on précise bien - comme je viens de le faire ici - que ces résidences seront intégrées dans des lieux où cela est possible d'un point de vue urbanistique, la discussion se fait de façon objective et correcte.

Lëtzebuerger Gemengen: Le marché est-il prêt pour l'échéance de 2017 en matière de politique énergétique?

Marc Hansen: Je dirais que le secteur professionnel concerné est prêt, oui. Les constructeurs de bâtiments, maisons et résidences sont au courant depuis longtemps de l'arrivée du "tout passif"; ils connaissent bien la situation et sont prêts. Il n'y aura pas de mauvaise surprise à ce niveau. Quant aux particuliers, je crois qu'ils sont également prêts à vivre en "AAA"; bon nombre d'entre eux ont déjà construit de cette façon. Naturellement, comme ce sera le standard dès 2017, tout le monde s'habituera. Il y a quelques années, si quelqu'un nous avait dit que nous ferions tout avec notre smartphone, envoyer des mails, prendre des photos,... Personne ne l'aurait cru. Tout le monde s'adapte aux nouvelles situations.

Lëtzebuerger Gemengen: Pensez-vous qu'il y ait suffisamment de logements sociaux au Luxembourg?

Marc Hansen: Non, et c'est pour cela que le ministère du Logement travaille beaucoup sur ce point. Nous nous penchons sur différentes pistes pour augmenter ce volet: des efforts sont en train de se faire et vont être faits. Au cours des trois dernières années, les communes qui sont tout de même des acteurs privilégiés en la matière - se sont déjà bien mobilisées pour créer du logement social. Mais il n'y en a toujours pas assez. Je ne préfère pas avancer de chiffre à ce niveau car l'évolution des besoins est difficilement prévisible et plutôt influençable, notamment par le solde migratoire, très haut aujourd'hui mais dont on ne sait pas quels seront les flux dans les années à venir. Mais c'est certain, il faut s'y mettre.

Lëtzebuerger Gemengen: Qu'avez-vous encore envie de mettre en place avant la fin de votre mandat?

Marc Hansen: Il y a encore beaucoup de chantiers qui me tiennent à coeur. Il faut naturellement continuer à créer des logements dont des logements sociaux locatifs. Pour ce faire, nous devons optimiser le travail des promoteurs publics qui sont sous la tutelle du ministère, mais aussi impliquer le secteur privé. Nous travaillons actuellement sur ce modèle. En outre, les aides individuelles au logement sont à revoir. C'est une tâche que nous venons de débuter: nous les passons au crible pour analyser si elles sont toujours pertinentes et adaptées. Ensuite, notre mission d'information et de sensibilisation, auprès des acteurs actifs en construction et auprès des interlocuteurs publics tels que les communes, doit se poursuivre. Nous devons par exemple les guider par rapport aux aides et subsides auxquels ils ont droit. Par ailleurs, il y a encore beaucoup de pain sur la planche en matière de formes alternatives de logement, tels que les coopératives. Et bien entendu, nous continuons notre recherche d'espaces de construction, qu'ils soient des friches, des nouveaux quartiers ou des réserves foncières à viabiliser au cours des années à venir.

Lëtzebuerger Gemengen: Le dernier Eurobaromètre de la Commission européenne consacré au Luxembourg et présenté début mars a annoncé que les résidents trouvent les logements: "Trop chers et peu disponibles". La situation de notre pays, honnêtement pire qu'ailleurs?

Marc Hansen: Cette discussion autour de la thématique du logement est présente dans bien d'autres capitales européennes. Je ne dirais pas que notre situation est pire qu'ailleurs, non. Mais il est légitime de s'interroger sur cette problématique car les prix sont hauts et continuent à évoluer. Si chaque année 13.000 personnes viennent vivre au Grand-Duché et que chaque journée des dizaines de milliers de frontaliers font la navette pour se rendre ici, cela prouve que nous sommes un pays attractif. Cette tendance à la forte hausse du nombre d'habitants dure depuis plusieurs années et semble poursuivre son impressionnante voie. Mais ce problème se reflète dans chaque grande ville européenne attractive, telles que Munich, Bruxelles, Londres ou Francfort. C'est à nous de trouver des solutions pour ceux qui rencontrent vraiment des soucis pour se loger, pour ces gens qui arrivent ici sans les moyens nécessaires ou le salaire adapté pour louer ou acheter. Il va de notre devoir que les personnes qui n'ont pas les moyens financiers puissent aussi trouver un logement correct, pour elles-mêmes et leur famille.