Interview de Camille Gira avec le Quotidien

"(...)L'objectif n'est pas de faire du quantitatif, mais du qualitatif"

Interview – Publié le

Interview: Le Quotidien (Erwan Nonet)

Le Quotidien: Lorsque l'on regarde l'étendue du chantier de la plate-forme multimodale (33 hectares) et l'étendue des surfaces réservées à la compensation (un peu plus de deux hectares), cela fait une grosse différence...

Camille Gira: Bien sûr, mais l'objectif n'est pas de faire du quantitatif, mais du qualitatif! Au niveau de l'environnement, tous les mètres carrés ne se valent pas. À l'endroit du chantier, avant, il n'y avait quasiment que des friches industrielles sans grande valeur écologique. À partir de maintenant, le ruisseau et les arbres plantés offriront des espaces très riches en terme de biodiversite. Lorsque nous recenserons la faune et la flore qui vivront là dans trois ou quatre ans, je suis persuadé que nous aurons de belles surprises.

Le Quotidien: Est-ce que les CFL ont compris d'emblée la démarche?

Camille Gira: Ça, je dois dire que la collaboration a été exemplaire. Je crois qu'à un niveau plus global, le fait qu'il soit nécessaire d'agir au profit de l'environnement commence à s'imposer dans les mentalités. J'en suis évidemment très heureux.

Le Quotidien: Comment calculez-vous les besoins de renaturation à effectuer en fonction des zones construites?

Camille Gira: Nous avons un barème avec des points en fonction de l'état des secteurs naturels qui disparaissent. Il faut donc compenser proportionnellement en fonction des points perdus.

Le Quotidien: Ici, à quelle hauteur se situe le ratio?

Camille Gira: Il est très largement positif, essentiellement grâce à la renaturation du Diddeléngerbaach. De toute façon, la directive-cadre sur l'eau interdit à l'État de détériorer une rivière. Il est impératif qu'après les travaux, un cours d'eau soit au moins dans le même état qu'avant. Sur celui-ci, tout a été mis en oeuvre pour que le résultat soit le plus riche possible. Cela va dans le sens de la nouvelle loi sur la protection de la nature que nous venons de déposer au Conseil d' État.

Le Quotidien: Pouvez-vous nous donner quelques exemples?

Camille Gira: Les berges du ruisseau n'ont pas été plantées. Nous attendons que la nature prenne ses aises elle-même. Les essences qui pousseront sur les bords du Diddeléngerbaach seront donc exclusivement endogènes. Nous avons également créé un bras mort (NDLR: une boucle dans le lit du ruisseau) qui sera parfois à sec. C'est un biotope rare au Luxembourg, mais qui abrite une faune et une flore très particulières.

Le Quotidien: Malgré tout, le béton n'a pas complètement disparu. Il reste trois sections du ruisseau qui sont couvertes...

Camille Gira: Parce que l'on ne peut pas faire autrement, comme sous l'autoroute. Mais nous avons pris beaucoup de précautions. Par exemple, dans les sections qui ne sont pas droites, nous avons laissé des ouvertures pour apporter de la lumière solaire sur le cours d'eau. C'est important parce que certaines espèces n'entrent pas dans un tunnel si elles ne voient pas de lumière au bout. Autre précaution, le fond des zones couvertes n'est pas en béton lisse. Il y a des aspérités, des blocs, car certaines espèces en ont besoin pour se déplacer. Toutes ces mesures sont extrêmement importantes. Sans elles, il n'y a pas de brassage génétique possible. De grosses erreurs ont été commises dans les années 1960 et 1970...

Le Quotidien: Lesquelles?

Camille Gira: Au niveau des autoroutes, par exemple. Elles sont toutes clôturées pour des raisons de sécurité, mais du coup, le gibier ne peut plus passer d'un côté à l'autre. Dans le Sud-Ouest du Grand -Duché, on constate un réél appauvrissement génétique des populations de chevreuils ou de renards par exemple. Nous sommes d'ailleurs en train d'y remédier en installant des passages à gibier. Trois vont être installés : au-dessus du doublement de la ligne ferroviaire de Bettembourg qui longe l'autoroute, sur l'A13 à Hellange et sur l'A4, au niveau de Pontpierre, là où se construit en ce moment la nouvelle station d'essence. Une fois qu'ils seront opérationnels, nous aurons à nouveau les connexions qui permettront d'avoir un brassage de la population.