Discours de Jean Asselborn à l'occasion de la réunion ministérielle "Initiative pour la Paix au Proche-Orient"

"(...) Ce conflit n’a rien perdu de sa centralité politique et stratégique"

Seul le discours prononcé fait foi
Discours – Publié le

"Monsieur le Président,

Messieurs les Secrétaires généraux,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

La tenue de cette conférence, pour laquelle je tiens à féliciter la France, fournit la preuve que le conflit israélo-palestinien reste au centre de nos préoccupations. Aujourd’hui, nous contredisons tous ceux qui considèrent que la question palestinienne serait devenue une victime collatérale des « Printemps arabes ». En fait, ce conflit n’a rien perdu de sa centralité politique et stratégique.

Il reste à la base du phénomène de radicalisation au Moyen-Orient et ailleurs. Une solution aiderait à couper l’herbe sous les pieds des extrémistes et contribuerait à la réduction des tensions régionales.

C’est l’absence totale d’horizon politique crédible qui a mené aux violences actuelles et qui nourrit un terreau fertile pour la haine et le terrorisme.

La politique du gouvernement israélien peut et doit être critiquée, mais le droit à l’existence d’Israël est inviolable. Les Israéliens ont le droit de vivre en paix et en sécurité, tout comme les Palestiniens doivent pouvoir vivre en dignité et déterminer librement leur avenir.

Malheureusement, la politique illégale de colonisation persiste et elle barre le chemin à une solution politique. Depuis Oslo, le nombre de colons israéliens a plus que doublé. Cette politique est un affront contre le peuple palestinien mais aussi contre la communauté internationale. Cette façon d’agir suscite en effet des doutes sur la volonté d’Israël de parvenir à une solution à deux États. Cette solution disparaît peu à peu avec chaque nouvelle construction israélienne sur des terres palestiniennes, avec chaque nouvelle destruction de structures palestiniennes.

L’idée qu’il existerait une alternative à cette solution est peut-être l’illusion la plus dangereuse, mais elle devient de plus en plus populaire. Une paix juste et durable au Proche-Orient ne saura être garantie qu’à travers la coexistence de deux États souverains et indépendants. Un "processus de paix" digne de ce nom doit conduire au règlement du conflit fondé sur la création d’un Etat palestinien indépendant et viable, avec Jérusalem-Est pour capitale.

Comment avancer vers cet objectif?

Premièrement, il faut convaincre Israël qu’un traité de paix créant un État palestinien constitue en fait la seule garantie pour sa propre sécurité, politiquement et démographiquement.

Deuxièmement, nous devons réaffirmer notre consensus sur les paramètres, tels que l’UE les a définis depuis 2009.

Troisièmement, il faut promouvoir un nouveau format de négociation, élargir le cercle en y associant davantage les Européens et les pays arabes. L’Initiative de paix arabe garde toute sa pertinence.

Quatrièmement, nous devons soutenir les efforts de Mahmoud Abbas en vue d’un retour de l’Autorité palestinienne à Gaza et d’un processus de réconciliation.

Finalement, le blocus de Gaza doit prendre fin, afin de permettre une amélioration fondamentale des conditions de vie de la population.

L’initiative française est très importante. En proposant un règlement conforme aux résolutions pertinentes des Nations unies, aux accords déjà signés, et tenant compte des points de convergence, elle ne cherche pas à réinventer la roue, mais à remettre le processus sur les rails, idéalement par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies fixant les paramètres essentiels et un calendrier bien défini avant la fin de l’année.

Cher(e)s Collègues,

Permettez-moi une réflexion personnelle: lorsqu’en 2004, je suis devenu Ministre des Affaires étrangères, la communauté internationale avait l’espoir dans le "processus de paix", malgré les échecs à Camp David et à Taba. Après la seconde intifada, il y a eu l’élection du Président Abbas en 2005 et Annapolis en 2007, cela étaient des signes prometteurs pour la résolution du conflit. Hélas, les trois guerres de Gaza (2008/2009, 2012 et finalement 2014) étaient dévastatrices. En politique étrangère, l’espoir n’est certainement pas une valeur sûre, mais l’indifférence ne saurait être une alternative. L’inaction n’est pas une option !

Je vous remercie."