Justice, liberté, sécurité et immigration (article du site europaforum.lu)

Jean Asselborn critique le gouvernement hongrois pour son référendum sur le plan européen de répartition des réfugiés et met en garde contre une Europe qui renie ses valeurs et cesse d’être solidaire

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Le 5 juillet 2016, le gouvernement hongrois dirigé par Viktor Orban, a rendu publiques la question et la date d'un référendum sur le plan européen de répartition des réfugiés qu'il rejette. Il estime que cette législation européenne viole sa souveraineté et a porté plainte en décembre 2015 contre elle devant la Cour de Justice de l'UE. Le scrutin sera organisé le 2 octobre 2016, et la question posée par le gouvernement aux électeurs hongrois sera la suivante: "Voulez-vous que l'Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l'approbation du Parlement hongrois?".

Le scrutin du référendum hongrois du 2 octobre ne sera valable qu'avec une participation de la moitié du corps électoral au moins. Il porte sur une législation qui est le fruit d'un processus de décision sur lequel se sont accordés tous les Etats membres et qui est juridiquement contraignante. Le gouvernement hongrois, comme par ailleurs le gouvernement slovaque, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l'UE, n'ont jusque-là accueilli aucun réfugié dans le cadre de ce plan de répartition et fait aucune proposition pour le faire. La Hongrie est censée accueillir 1.294 réfugiés.

Interrogé à son arrivée à la réunion informelle des ministres de la justice et des affaires intérieures qui a lieu le 7 juillet à Bratislava sur le référendum hongrois, le ministre luxembourgeois de l'Immigration, Jean Asselborn l'a commenté ainsi: "En 1956, des centaines de milliers de Hongrois sont arrivés en Europe de l'Ouest. Ils ont fui devant la dictature et les Soviétiques. Je ne peux pas m'imaginer que les gens en Hongrie n'y pensent pas. La différence n'est pas très grande. Les gens qui arrivent aujourd'hui fuient devant l'IS, les bombes, la violence. Je suis convaincu qu'Orban gagnera ce référendum. Mais imaginons que chaque Etat membre de l'UE fasse la même chose, alors nous pourrons fermer la boutique en ce qui concerne les valeurs. Alors nous renions la Convention de Genève, et nous sommes certes encore une association, mais une association sans valeurs. Et cela, il faut l'éviter. En agissant ainsi, la Hongrie se marginalise."

Pour le ministre, la mise en œuvre du plan de répartition est incontournable: "Je ne peux pas m'imaginer une proposition de la Commission où la solidarité ne se retrouve pas au centre. Et la solidarité, cela veut dire aussi que nous ayons une répartition des gens qui viennent en Europe alors qu'ils fuient la guerre. Là, nous avons besoin de repères concrets sur la manière dont un Etat membre peut être solidaire. Le sens unique n'existe pas ici. Il n'y a pas que la solidarité pour aider Frontex. Il doit aussi y avoir une solidarité dans la répartition des réfugiés."

Interrogé sur la manière poussive dont le plan est mis en œuvre, Jean Asselborn a répondu : "Parfois, l'UE peine à avancer. Mais à la fin, nous devons nous regarder en face et savoir ce que nous avons à faire."