Discours du Ministre des Affaires étrangères et européennes du Luxembourg à l'occasion de la Conférence internationale sur la Syrie "Supporting the future of Syria and the region"

Aucune aide pour la reconstruction sans processus politique

Discours – Publié le

M. le Secrétaire Général,

Excellences,

Mesdames, Messieurs, Chers Collègues,

Félicitations à Federica Mogherini pour l’engagement de l’UE et l’organisation de cette conférence sur la Syrie.

C’est la cinquième fois que nous nous réunissions dans ce format pour une conférence internationale sur la Syrie – cette fois avec des représentants de la société civile syrienne. Force est de constater que la détermination de la communauté internationale n’a su enrayer la violence en Syrie. Mais, face à la pire des catastrophes humanitaire depuis la seconde guerre mondiale, il n’est néanmoins pas question de se résigner, face à la barbarie, dont on a eu une nouvelle preuve insupportable avec l’attaque chimique qui s’est produite hier. 

Des centaines de milliers de morts, deux fois plus de blessés et de mutilés, la moitié de la population, soit déplacée en Syrie, soit réfugiée à l’étranger, sans oublier des Palestiniens devenus refugiés pour la deuxième fois… Pourquoi ? Parce qu’un dictateur préfère détruire le pays plutôt que de perdre le pouvoir, quitte à ne reconquérir que des ruines.

Après six années de conflit, une solution politique durable en Syrie dépend pour beaucoup de l’attitude des pays qui ont une influence politique, militaire ou économique sur les belligérants en Syrie, dont nombre sont présents ici dans cette salle.

Pour l’avenir de la Syrie, le choix ne peut pas être celui entre deux tyrannies, entre le régime Assad, qui n’est certainement pas "le moindre mal", et des djihadistes. La lutte contre le terrorisme ne peut en aucun cas mener à une nouvelle légitimation d’Assad. L’arrêt de l’opération turque est à saluer. Les Kurdes sont nos alliés dans la lutte contre Daech.

Tous les acteurs doivent se rendre à l’évidence que la paix ne pourra revenir en Syrie que si une transition politique inclusive est mise en œuvre.

Il faut encourager l’envoyé spécial des Nations Unies, l’infatigable Staffan de Mistura, à amener toutes les parties syriennes à un dialogue constructif.

Et tout faire pour que les négociations hésitantes qui ont repris sous l’égide des Nations Unies à Genève ne soient pas rompues. Il faut persévérer. Et surtout, il ne faut pas aujourd’hui déstabiliser les Nations Unies en supprimant les fonds nécessaires pour qu’elles puissent fonctionner.

L’opposition politique modérée, que nous soutenons, doit devenir un acteur plus cohérent si elle veut effectivement façonner ce processus.

Mesdames, Messieurs,

En ce qui concerne l’aide à la Syrie, notre devise reste "aucune aide pour la reconstruction sans processus politique" et il ne peut y avoir d’impunité face aux crimes les plus graves. Lorsque le processus politique sera sur les rails, l’aide à la reconstruction pourra commencer.

Depuis 2012, le Luxembourg a contribué avec 27,5 millions d’euros aux efforts principalement humanitaires en Syrie et dans les pays voisins.

Lors de la conférence de Londres de 2016, le Luxembourg s’est engagé à contribuer 7,5 millions par an jusqu'en 2020.  

Malgré les défis énormes, il ne faut pas complètement perdre l’optimisme. L’engagement de la communauté internationale n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui.

Je vous remercie.