Interview von Romain Schneider mit Le Quotidien

Romain Schneider: "Pour 2016, nous sommes en situation de surplus d'environ 180 millions d'euros."

Interview – Publié le

Interview : Le Quotidien (Claude Damiani)

Claude Damiani : Il est ressorti des dernières quadripartites Santé que la Caisse nationale de santé (CNS) était en bonne santé financière. Comment chiffrer cette vitalité?

Romain Schneider : Pour 2016, nous sommes en situation de surplus d'environ 180 millions d'euros. De plus, la réserve va augmenter à hauteur de 587 millions d'euros. Cette situation excédentaire est due à trois facteurs : la réforme, en 2010, de la CNS, la mise en place d'une politique responsable et la situation de croissance économique positive, avec notamment une augmentation d'environ 3 % en 2016. La hausse des recettes et des cotisations, couplée à une certaine stabilité au niveau des dépenses, est à l'origine de la bonne santé financière de la CNS, qui accusait tout de même, je le rappelle, un déficit de 22 millions d'euros en 2013.

Claude Damiani : Cet excédent budgétaire de la CNS peut-il faire espérer aux assurés des prises en charge de soins supplémentaires, c'est-à-dire des remboursements élargis?

Romain Schneider : Je tiens à rappeler que de nouvelles prises en charge de soins sont effectivement entrées en vigueur au 1er janvier dernier, à savoir dans les domaines de la dentisterie et de l'ophtalmologie, notamment. Ce qui avait été promis a donc été fait. 
Concernant le futur proche, des discussions ont été menées au sein de groupes de  travail, auxquels ont participé les partenaires sociaux et I'AMMD (NDLR : Association des médecins et médecins-dentistes), afin de voir quelles autres prises en charge supplémentaires pourraient être actées à nouveau par rapport aux soins dentaires. Dans ce sens, la commission de nomenclature a été saisie et s'est déjà réunie le 17 mai. À l'occasion d'une deuxième réunion, ses membres se pencheront sur une révision de la nomenclature, qui devra ensuite être introduite dans le code de la sécurité sociale. On peut s'imaginer que cela se fasse dans le courant de l'année et que la nouvelle nomenclature en question entre en vigueur en 2018, au plus tard. 

Claude Damiani : Avez-vous déjà mis des propositions sur la table?

Romain Schneider : Effectivement. Nous sommes actuellement, au niveau quadripartite, en train de rassembler des idées. La CNS est déjà en train d'analyser certaines pistes qui seront négociées avec I'AMMD, en amont de la prochaine quadripartite santé. L'objectif est de trouver un compromis, à l'avance, sur l'orientation à prendre en vue d'acter des remboursements de soins supplémentaires, en 2018. Pour ma part, j'ai, entre autres, des idées au niveau de la prévention, que ce soit dans la prise en charge de prestations relatives à la diététique et à la promotion de la pratique sportive. Je pense également à la prévention des maladies chroniques. La prévention en leitmotiv permettra, par ailleurs, de réduire nos frais à moyen terme.

Ceci dit, l'essentiel est de prendre en charge des soins qui reviennent directement aux assurés. Il faudra travailler, par exemple, sur le montant de la prise en charge des verres de vision, ainsi que sur les délais relatifs à leur remplacement. Par ailleurs, j'insiste sur la nécessité d'assurer une certaine responsabilité politique, dans le sens de ne pas "jeter l'argent par les fenêtres", et ce, dans l'optique d'une pérennisation de la bonne santé financière actuelle de la Sécurité sociale. Il faut pouvoir disposer, à tout moment, d'une bonne réserve et de mesures chiffrables et maniables sur un plus long terme. 

Claude Damiani : Passons à présent au système de pension que le principal parti d'opposition, le CSV, appelle à réformer d'urgence. De la politique politicienne?

Romain Schneider : De toute évidence. De notre côté, nous avons honoré nos engagements prévus dans le programme gouvernemental. De plus, nous avons tiré un bilan intermédiaire avec l'inspection générale de la sécurité sociale (IGSS). Il montre que la réforme du système, réalisée en 2012 par l'ancien ministre de la Sécurité sociale, Mars Di Bartolomeo, a eu des effets positifs, car la situation s'est améliorée, que ce soit au niveau du volume de la réserve, ou au niveau des délais. Sur la période courant jusqu'en 2022, les taux de cotisation seront suffisants pour payer les pensions. Et jusqu'en 2040, il y aura de la marge pour payer les pensions sans aucune augmentation de cotisations.

Nous sommes dans une situation vraiment très confortable et je pense que cette "panique" mise en avant par le CSV n'a aucune raison d'être. Avec des réserves de plus ou moins 18 milliards d'euros, il faut aborder ce dossier en toute tranquillité. Si je coiffe ma casquette du LSAP, je ne peux que féliciter Mars Di Bartolomeo pour sa courageuse réforme. Une chose est claire : avec le LSAP, il n'y aura ni réduction du montant des pensions ni augmentation de l'âge pour faire valoir ses droits à la retraite! Nous sommes partis pour continuer à travailler en vue de réduire l'âge effectif et l'âge légal de départ à la retraite. Nous avons beaucoup de marge et de moyens pour le faire.

Claude Damiani : Où en est-on dans le dossier de rassurance dépendance?

Romain Schneider : La commission parlementaire du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, après analyse de l'avis du Conseil d'Etat, a proposé plus d'une trentaine d'amendements, qui ont été renvoyés aux Sages.

Je tiens à préciser que ces amendements peuvent être considérés comme une réponse aux critiques émises par la Copas, car nous avons encore une fois augmenté le niveau de certaines prestations, concernant, par exemple, les gardes de nuit. De plus, nous avons précisé le rôle et l'identification de l'aidant, en guise de réponse à l'une des doléances des syndicats.

Les règlements relatifs à la future loi sur l'assurance dépendance, sont en train d'être rédigés par nos organes, avant qu'ils ne soient introduits et adoptés en Conseil de gouvernement. Ils seront prêts lors du vote de la loi et je pense qu'une large majorité des députés votera la loi.

Claude Damiani : L'OGBL s'oppose au système de financement forfaitaire des prestations et à l'introduction de classes de dépendance dans la future loi réformatrice. Qu'en dites-vous?

Romain Schneider : Pour moi, il ne s'agit pas d'une forfaitisation comme l'entend l'OGBL, car on continuera à voir individuellement les personnes. Je considère qu'il s'agit d'une simplification administrative, aussi bien pour la CNS que pour les prestataires. Cette nouveauté permettra davantage de flexibilité pour les prestataires. Il faut donc cette flexibilité sans pour autant réduire les prestations de soins.

Claude Damiani : Que répondez-vous à la plateforme d'ONG "Votum Klima" qui fustige le fait que l'État investit, via le Fonds de compensation (FDC), dans des entreprises telles que Shell ou Monsanto, qui violeraient les droits de l'homme? 

Romain Schneider : Je rappelle que le FDC a réalisé, en 2011, un screening, au niveau international, par le biais de la firme de conseil suédoise GIS. Il s'agissait de voir si les entreprises dans lesquelles le FDC investit respectaient les conventions internationales que le Luxembourg a signées. Entretemps, il y a eu un nombre important d'entreprises qui ont été placées sur des "listes grises", voire exclues, quand elles ont refusé de se mettre en conformité. Pour moi, le système fonctionne parfaitement. Ceci dit, j'ai quand même demandé au conseil d'administration du FDC de revoir son système d'investissements, notamment en fonction du respect effectif de l'accord de la COP21 et de l'Agenda 2030 de l'ONU, pour encore mieux intégrer sa politique d'investissement dans la direction de ce développement durable. Je tiens encore à souligner que le Luxembourg exclut actuellement 69 entreprises.

Claude Damiani : Que pensez-vous de l'idée lancée par le Premier ministre, lors de sa récente déclaration annuelle sur l'état de la Nation, au sujet de la création d'un centre olympique? 

Romain Schneider : Nous estimons, de concert avec le COSL, qu'il faut continuer à mieux promouvoir nos talents sportifs. Pour cette raison, nous sommes en train de créer le Luxembourg Institute for High Performance in Sport (LIHPS), qui résulte d'une collaboration entre le COSL, le ministère des Sports et d'autres partenaires. Le LIHPS profitera de synergies avec l'université Lunex de Differdange du point de vue de la recherche, avec l'intégration de la clinique d'Eich (CHL) pour le volet médical, et de la Coque grâce à la mise à sa disposition d'infrastructures optimisées. Nous sommes en train de voir quelle forme juridique donner à ce futur institut, afin de définir, ensuite, un cadre et les différentes missions qui lui incomberont.

Claude Damiani : Comment analysez-vous le niveau actuel du sport au pays?

Romain Schneider : J'estime que les choses bougent dans le bon, sens, que ce soit au niveau de la formation des entraîneurs, du développement des infrastructures ou de l'encadrement des sportifs. Dans beaucoup de sports, nous avons, à l'heure actuelle, de jeunes talents très bien encadrés et enclins à être promus dans l'élite. Il reste toutefois ce petit quelque chose qui manque, en vue d'atteindre le top niveau international, même si nous avons des sportifs comme Jungels et Muller, pour ne citer qu'eux, qui sont déjà au top niveau. Ces deux-là peuvent se placer, à tout moment, aux plus hauts niveaux mondiaux, voire sur un podium olympique. Il manque cependant ce petit brin qui, justement, devra être comblé par la création du LIHPS. Dans ce sens, je vais essayer de mettre encore plus de moyens à la disposition du COSL et des fédérations, dans le budget étatique 2018, afin de pouvoir promouvoir encore davantage nos sportifs au niveau international.

Claude Damiani : Comment jugez-vous l'action générale de l'Agence luxembourgeoise antidopage, alors qu'un cas de dopage concernant une basketteuse du club de Steinsel vient tout juste d'être révélé?


Romain Schneider : Les cas positifs, au Luxembourg, sont très limités. Je précise que I'ALAD est neutre et qu'elle applique à la perfection le code déterminé par l'Agence mondiale antidopage (AMA) de Montréal. Ceci dit, l'ALAD fait régulièrement des contrôles et je pense que le faible nombre de cas positifs doit être mis sur le compte de notre politique d'information menée auprès des sportifs.

Claude Damiani : Où en est-on avec le projet de vélodrome?

Romain Schneider : Je me suis personnellement engagé dans ce projet qui sera intégré à celui du lycée de Mondorf-les-Bains. Cela a été confirmé par le commissaire aux sports qui me représente lors de l'assemblée générale du COSL ainsi que par le ministre de l'Éducation nationale et la commune de Mondorf-les-Bains. Les démarches sont actuellement en cours pour que ce vélodrome soit construit sur ce site.

Quant au calendrier des travaux, il y aura une annonce concrète qui sera faite dans les mois à venir. Il faut savoir que les négociations pour les acquisitions des terrains constructibles sont en cours. Pour le reste, la procédure suivra le cours normal de la voie des instances publiques.

Claude Damiani : Et concernant le projet d'internat pour sportifs de l'lnstitut national des sports (INS)?

Romain Schneider : Il est absolument nécessaire que le lycée des sports offre une structure de ce type. Nous hébergeons actuellement 25 sportifs à PINS, mais nous voyons bien que la demande va crescendo. Les services de l'État analysent les possibilités en vue de la construction de cet internat sur le site de l’INS ou à proximité de celui-ci. J'exclus, dans ce sens, toute solution d'éloignement qui pourrait devoir s'imposer en raison de la présence de remparts historiques sur le site.

Claude Damiani : Pour conclure, concernant le futur grand stade, peut-on se mettre à rêver déjà d'un match d'inauguration face à une équipe de prestige?

Romain Schneider : La FLF a déjà noué certains contacts. Pour ma part, j'ai proposé à des responsables brésiliens, lors des JO de Rio, que la sélection nationale de football du Brésil inaugure le futur stade. Je ne sais pas si cette idée un peu folle pourra se concrétiser. Ces responsables brésiliens n'avaient, en tout cas, pas exclu d'emblée cette proposition. Ce serait formidable d'avoir un match spécial pour l'inauguration!