Premier Plan d’action national de lutte contre les hépatites au Grand-Duché de Luxembourg PANHEL 2018-2022

Communiqué – Publié le

En date du 1er décembre, le Conseil de gouvernement a marqué son accord de principe avec le premier Plan d’action national de lutte contre les hépatites au Grand-Duché de Luxembourg (PANHEL) pour la période de 2018 à 2022.

"Avec ce premier plan d’action contre les hépatites, nous visons précisément à améliorer la prévention, la surveillance et la prise en charge des hépatites virales chroniques dans notre pays. Ce plan servira d’orientation au secteur de la santé", explique la ministre de la Santé.

Principaux faits et chiffres

L’hépatite virale est un groupe de maladies infectieuses d’origine virale dont il existe plusieurs types: A, B, C, D et E. Les hépatites virales posent aujourd’hui encore un problème de santé majeur au niveau mondial. Environ 257 millions de personnes vivent actuellement avec l’hépatite B tandis que 71 millions d’individus sont porteurs chroniques du virus de l’hépatite C.

Les hépatites tuent près de 1,4 million de personnes par an, surtout l’hépatite B et l’hépatite C.

Ces chiffres sont probablement même sous-estimés du fait que l’hépatite C passe souvent inaperçue. En effet, bien que la présence d’une hépatite virale soit révélée par une analyse sanguine, la plupart des personnes infectées par le virus des hépatites B et C n’en sont pas conscientes.

L’OMS estime que seulement 1 personne infectée sur 5 présente des symptômes aigus. Même dans ce cas, des analyses sanguines ne sont souvent pas réalisées, puisque ces symptômes aigus sont souvent bénins ou confondus avec des symptômes pseudo-grippaux. Si elles ne sont pas traitées, les hépatites B et C peuvent devenir chroniques, et être à l’origine d’une morbidité, d’une cirrhose ou d’un cancer du foie.

Les nouveaux médicaments antiviraux permettraient pourtant de guérir plus de 95% des personnes infectées par le virus de l’hépatite C, tandis que le vaccin contre l‘hépatite B a montré une efficacité de 90% pour les adultes et même 95% pour les enfants (OMS, 2017).

Au Luxembourg: situation préoccupante auprès des usagers de drogues

En l’absence de chiffres précis, on estime qu’actuellement entre 5.000 et 10.000 personnes souffrant d’hépatites virales chroniques vivent au Luxembourg. La transmission du virus se fait par voie sanguine (p.ex. utilisateurs de drogues), par voie sexuelle et de la mère infectée à l’enfant pendant la grossesse.

"J’insiste sur la réelle situation d’urgence qui se développe actuellement au Luxembourg dans la population des usagers de drogues et qui s’est traduite ces dernières années par une véritable épidémie de nouvelles infections VIH et d’hépatites. Il me tient à cœur que le plan d’action poursuive une démarche aussi inclusive que possible, pour qu’on arrive à toucher tous ceux qui sont particulièrement à risque", souligne Lydia Mutsch.

En effet, le type de drogues injectées a changé, avec une préférence pour des drogues à durées d’action courtes, nécessitant de très multiples injections journalières et augmentant ainsi dramatiquement le risque d’infections. Les effets neuropsychiques de ces drogues font aussi que les utilisateurs sont souvent victimes de ruptures sociales complètes (sans emploi, sans revenu, sans logement, sans couverture sociale). Les experts estiment qu’il faudra d’abord leur offrir une aide psychosociale avec accès à un logement si on veut espérer pouvoir contrôler la toxicomanie et offrir un traitement médical avec succès.

Cinq axes stratégiques pour atteindre les objectifs spécifiques

Afin de mener aux objectifs spécifiques et aux actions prioritaires, cinq axes stratégiques ont été retenus pour la période 2018-2022. Une coordination nationale sera mise en place pour assurer l’implémentation du plan d’action et sera chargée de rapporter régulièrement des indicateurs de progression et de proposer des corrections éventuelles à apporter au plan et à son implémentation.

Tout d’abord, une analyse de la situation (axe 1) sera faite dans le but d’établir avec précision l'ampleur du problème dans notre pays en décrivant les caractéristiques des personnes concernées et en précisant la prévalence et l’incidence annuelle des cas.

Ceci permettra ainsi d’alimenter et de définir une future stratégie de prévention.

Un accent particulier sur la prévention

Le deuxième axe stratégique a comme objectif la prévention primaire afin de réduire l’incidence des nouvelles infections par le virus de l’hépatite C au Luxembourg. Plus précisément, il s’agira de sensibiliser le grand public, mais aussi, et surtout de s’adresser aux groupes les plus exposés (jeunes, usagers de drogues, hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, population carcérale, les migrants etc.) pour réduire les risques d’infections. Un volet important sera consacré à la formation et à l’éducation. Une attention particulière sera aussi portée à la prévention des accidents d’exposition au sang dans le cadre professionnel (professionnels de santé) et par le tatouage/piercing.

Le troisième axe s’intéressera à la prévention secondaire, donc à la prévention des complications de l’infection chronique. Une priorité sera ici le dépistage des personnes infectées par les virus des hépatites, car beaucoup de personnes ignorent leur infection en l’absence de symptômes.

Dans un souci de prévention de la transmission de virus et pour éviter des réinfections, le dépistage sera accompagné dans la mesure du possible par des séances d’information-conseil et visera les groupes cibles. Ainsi, compte tenu du grand nombre d’infectés dans ce groupe, une priorité sera la réalisation d’une étude épidémiologique, clinique et comportementale auprès des usagers de drogues actifs et anciens. Ceci devrait permettre de retracer aussi d’anciens usagers de drogues afin de les dépister, de caractériser la progression de la maladie et de les orienter vers une prise en charge médicale, si indiquée. D’autres groupes cibles pourront bénéficier d’une approche similaire.

Le plan national vise aussi la promotion des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) afin de faciliter l’accès au diagnostic de certaines populations précaires.

Combattre l’épidémie silencieuse

Le quatrième axe concerne l’accès aux soins, la prise en charge psychosociale et médicale et le traitement afin de réduire la morbidité et la mortalité liées à l’infection chronique par les virus des hépatites. Le plan prévoit des mesures sociales (logement, encadrement) au bénéfice des populations touchées les plus vulnérables ou en rupture sociale, notamment les usagers de drogues, pour leur permettre de suivre les traitements.

L’objectif principal sera ici de faciliter l’accès précoce aux soins et la standardisation des approches par la création d’un "réseau hépatites" multidisciplinaire.

Le dernier axe stratégique concerne la surveillance, la recherche et l’évaluation. Ainsi, le plan national sera évalué de façon continue au cours de son exécution en suivant les principaux indicateurs de progression retenus.

"Il convient de mettre en évidence le grand potentiel de synergies du plan d’action national hépatites avec d’autres plans nationaux, notamment celui du VIH et le plan d’action drogues. Certaines mesures annoncées ci-dessous s’appliquent en effet à la même population cible et notamment les usagers de drogues. En contrôlant le même comportement à risque, on réduit simultanément les risques d’infection par le VIH et les virus des hépatites et on prévient les conséquences néfastes de la consommation de drogues", précise Lydia Mutsch.

Le budget total du plan sur cinq ans, imputé sur le budget du ministère de la Santé, s’élève à un peu plus de 10 millions d’euros, soit environ 2 millions par an.

Communiqué par le ministère de la Santé