Interview de Nicolas Schmit dans Paperjam

"Le salaire social minimum doit être augmenté"

Interview – Publié le

Interview : Paperjam (Jonas Mercier)

Paperjam : Monsieur Schmit, les élections approchent et l'augmentation du salaire social minimum est un sujet qui se fait de plus en plus présent dans l'espace médiatique. La campagne n'a-t-elle pas déjà commencé? 

Nicolas Schmit : Non. Nous discutons du salaire social minimum (SSM) depuis au moins deux ans. Lors de sa dernière augmentation de 1,4%, nous avons déjà eu un débat sur une éventuelle adaptation structurelle. C'était en 2016 et nous n'étions pas en période électorale.

À l'époque, j'ai demandé au Conseil économique et social (CES) de se pencher sur cette question. Il en est ressorti deux avis contraires, les uns estimant que le SSM était déjà trop élevé et les autres étant favorables à son adaptation, notamment en liaison avec le seuil de pauvreté. Les normes internationales disent que celui-ci se situe à 60% du salaire médian. Or au Luxembourg, il se trouve que le salaire minimum net est en dessous de cette limite. 

Paperjam : Dans ce contexte, est-ce acceptable que le pays le plus riche du monde, qui a enregistré une croissance de 3,5% en 2017 — celle-ci devrait atteindre les 4% en 2018 — et un taux de création d'emplois de 3%, puisse avoir un salaire minimum sous le seuil de pauvreté? 

Nicolas Schmit : Je comprends que des petites entreprises puissent rencontrer des difficultés en cas de hausse du SSM. Et je pense qu'il faut trouver des solutions pour les aider, par exemple au niveau de la fiscalité. Mais je suis étonné que des secteurs qui réclament des personnes de plus en plus qualifiées fassent tout un cas d'une revalorisation du SSM. Si on demande à ses salariés d'être prêts à se former, il faut pouvoir leur offrir une contrepartie salariale.

Paperjam : L'augmentation du salaire minimum n'est pas un débat seulement luxembourgeois. Des discussions existent aussi en Europe pour son uniformisation...

Nicolas Schmit : Oui. La plupart des États membres ont un SSM. Le problème est son niveau. Cette généralisation doit donc, correspondre à un critère unanimement accepté et celui qui est actuellement retenu est celui du seuil de pauvreté. Si telle est la revendication au niveau européen, je ne peux pas accepter que dans notre pays, nous ne respections pas ce minimum. J'ai mentionné lors d'interviews précédentes une augmentation de 100 euros net. C'est moins que ce que l'OGBL demande. Je suis ouvert pour introduire cette hausse en différentes étapes. C'est une discussion que nous devons avoir et si elle n'a pas lieu avant les élections, elle aura lieu après. 

Paperjam : Le Premier ministre Xavier Bette! (DP) estime toutefois que ce n'est pas une bonne idée et sa position est partagée par le chef de l'opposition, Claude Wiseler (CSV). Vous vous positionnez donc contre votre partenaire de coalition et l'opposition?

Nicolas Schmit : Pour ce qui est du CSV, ma position n'est pas très éloignée de celle de Marc Spautz. M. Wiseler est plutôt contre, certes. Il faudra donc qu'ils s'entendent. Monsieur Bettel ne l'a pas exclu. Il a dit qu'il fallait en étudier les répercussions. 

Il est naturel qu'il puisse y avoir des divergences avec un partenaire de la coalition. Et si nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord sous ce gouvernement, ce n'est pas un problème. Mais il faudra simplement que cette question soit discutée très rapidement par le prochain gouvernement. Et j'espère que nous en ferons partie.

Paperjam : Le patronat estime qu'une augmentation du salaire social minimum ne résoudra pas le problème du prix du logement, qui restera trop élevé pour les plus modestes. Ne pensez-vous pas que, plutôt qu'une augmentation du salaire minimum, il faudrait s'attaquer à la question du patrimoine et proposer un vaste plan pour l'accès au logement? 

Nicolas Schmit : A priori, il est rare que les employeurs soient d'accord pour augmenter les salaires. Mais là, on confond les débats. Nous avons un problème fondamental sur la question des logements et il concerne une grande partie des Luxembourgeois, pas seulement ceux qui touchent le SSM. Il s'agit d'un problème structurel qu'il faut aborder encore plus énergétiquement. Mais nous savons tous que nous ne le résoudrons pas dans les trois mois à venir. Le gouvernement a déjà fait beaucoup d'efforts, mais il faudra continuer.L'argument du patronat n'est pas complètement absurde. Mais il ne touche pas le fond du problème du SSM, qui est de savoir où il doit se situer par rapport au seuil de pauvreté. Et on pourrait remarquer que ces dernières années, l'évolution générale des salaires au Luxembourg a été assez modeste, y compris en comparaison à nos voisins allemands.