"Il faut arrêter de marginaliser ce secteur", Jeannot Krecké fait le bilan des 5 dernières années

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Eric Lavillunière: Vous êtes ministre de l'Economie et nous sommes actuellement dans une sévère crise internationale. Au-delà des ajustements du modèle, ne faudrait-il pas réfléchir plus fondamentalement à changer nos façons de penser l'économie et parallèlement développer l'économie solidaire comme 3e pilier économique?

Jeannot Krecké: La crise financière et économique a démontré les limites de la dérégulation à outrance des marchés financiers et du capitalisme "de casino" où les gains n'étaient plus en relation avec la réalité. Aujourd'hui, plus que jamais, l'économie sociale de marché prônée par les socialistes est d'actualité. L'économie solidaire a certainement un rôle à part entière à y jouer. En effet, en prenant en charge des besoins dont la satisfaction n'est pas rentable pour le secteur privé, mais qui ne sont pas non plus satisfaits par le secteur public, l'économie solidaire représente un véritable troisième pilier de l'économie. En plus, l'économie solidaire est insensible à la crise, voire peut se développer plus fortement en temps de crise, ce qui permet d'amortir un peu les effets de la crise sur le chômage.

Eric Lavillunière: INEES a organisé les 4e rencontres internationales de l'économie sociale et solidaire à Schifflange en avril 2009 et démontré le potentiel de ce pays en la matière. N'a-t-on pas là un des pôles d'excellence dans lequel le pays pourrait jouer un rôle de pointe?

Jeannot Krecké: Ces rencontres internationales ont été un grand succès et ont permis de mettre le Luxembourg sur la carte mondiale de l'économie sociale et solidaire. Nous démontrons ainsi non seulement que le Luxembourg est un pays où le mot solidarité veut encore dire quelque chose, mais surtout que nous sommes un pays innovant, prêt à s'engager dans de nouvelles directions. Les 'best practices' luxembourgeoises en la matière sont déjà connues au sein du groupe LEED de I'OCDE et nous permettent de nouer des contacts dans des pays du monde entier. L'image positive du Luxembourg ainsi véhiculée permettra, j'en suis certain, des retombées intéressantes pour notre pays.

Eric Lavillunière: Le LSAP prévoit dans son programme de rattacher l'économie solidaire au ministère de l'Economie. Quels développements nouveaux pourrons-nous en attendre?

Jeannot Krecké: Le programme du LSAP prévoit effectivement que le ministre de l'Economie donne son autorisation d'établissement aux entreprises solidaires. Il me semble clair que ces entreprises participent à la création de richesse, surtout si on considéré la richesse comme un apport à la qualité de vie, au bien-être. Il ne s'agit donc pas de simples "initiatives pour l'emploi", ni d'associations solidaires, mais bien d'entreprises innovantes. Et c'est justement ce message qui -a encore et toujours du mal à passer. Je pense ainsi que la participation d'entreprises solidaires à la vie économique doit être renforcée, notamment à travers la réglementation des marchés publics. L'économie solidaire est un secteur de l'économie à fort potentiel et il faut arrêter de la marginaliser.