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Jusqu’en 1860, les Etats du Duché, l’Assemblée des Etats du Grand-Duché et la Chambre des députés tiennent leurs séances dans l’Hôtel du Gouvernement, ancien Hôtel de Ville et actuel Palais grand-ducal.
Afin de pouvoir réserver définitivement ce qui était devenu le "Palais de la nation" à la demeure du Souverain, des plans pour la construction d’un nouvel Hôtel de la Chambre des députés sont élaborés en 1837 par l’ingénieur Antoine Hartmann.
La pose de la première pierre de l’actuel Hôtel de la Chambre des députés a lieu le 27 juillet 1858, tandis que le bâtiment est inauguré le 30 octobre 1860, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire (1).
L’architecture extérieure
L’édifice réalisé par l’ingénieur Antoine Hartmann se présente sous forme d’un pavillon qui se distingue surtout par ses deux façades principales, l’une donnant sur la rue du Marché-aux-Herbes, l’autre sur la rue de l’Eau. L’Hôtel des Etats est à un étage. Au-dessus des hautes fenêtres du premier étage, celles des mansardes ont l’aspect de lucarnes (2).
Les façades de l’Hôtel des Etats sont constituées d’éléments gothiques, Renaissance et classiques ; leur fusion dans un même édifice fait appartenir l’Hôtel de la Chambre des députés au style historiciste (3).
La porte d’entrée en chêne, qui est particulièrement haute, est flanquée de deux fenêtres Renaissance. Un balcon effilé longe la façade du côté de la rue du Marché-aux-Herbes (14,2m). Il repose sur dix consoles magnifiquement sculptées qui, par leur décoration d’arabesques, paraissent inspirées des sculptures de l’ancien Hôtel de ville.
La plate-forme inférieure du balcon est entrecoupée par des consoles de soutien et se constitue de panneaux aux décors d’arabesques. Le panneau central porte toutefois les armoiries nationales. (…)
Trois grandes portes-fenêtres donnent sur le balcon. (…) La façade est rythmée d’une frise en arceaux à trois compartiments. Les mansardes sont (…) encastrées dans la corniche qui est constituée d’une frise à décoration florale ; une décoration d’inspiration gothique (4).
Le caractère monumental de l’immeuble revient aux trois colonnes en saillie, destinées à renforcer ses trois coins (sauf celui qui se trouve dans la cour du Palais grand-ducal). Ces colonnes aux rayures horizontales (rez-de-chaussée) et verticales (premier étage) sont couronnées par trois figures d’anges. Le soin de choisir des statues fut confié à l’ingénieur Hartmann (5).
Celui du côté droit tient l’écu national et corne d’abondance, celui du côté gauche serre un sceptre et le troisième, celui qui se situe du côté de la rue de l’Eau, porte un rouleau de parchemin. Les trois statues semblent symboliser le pouvoir législatif qui est exercé collectivement par le Roi Grand-Duc et la chambre (6) (rouleau de parchemin), le pouvoir tout court (sceptre) et la nation prospère (statue tenant le blason luxembourgeois et la corne d’abondance). Au milieu du premier étage, les colonnes qui marquent les coins en saillie sont décorées de statues d’anges en bas-relief. Chaque colonne comprend notamment trois personnages qui se tiennent par la main. Ceux qui se trouvent aux extrémités sont munis de symboles: une corne d’abondance (richesse) et un rouleau de parchemin (lois) pour la façade postérieure, rue de l’eau : deux bouquets de fleurs (fertilité) pour le coin des rue du Marché-aux-Herbes et rue de l’Eau ; une couronne de lauriers (victoire) pour le côté du Palais grand-ducal. Les archanges, la frise en arceaux et l’influence du style byzantin rappellent le symbolisme chrétien.
Ces décors donnent un caractère serein, voire religieux à l’immeuble.
Le "Reichspropagandaamt"
Lorsque le 10 mai 1940, l’Allemagne nazie viole la neutralité du Grand-Duché du Luxembourg et envahit le pays, il y a unanimité dans la chambre pour déclarer solennellement son opposition (7).
Le 22 octobre 1940, la Chambre des députés est dissoute (8).
Aussitôt, les envahisseurs prennent possession de l’Hôtel de la Chambre des députés et y installent le poste de propagande "Aussenstelle des Gaupropagandaamts" (9).
Il y a l’office de la propagande active, l’administration des affaires ethniques ("Volkstumswesen") et l’office du film de propagande ("Gaufilmstelle") (10).
Au balcon, l’immeuble est décoré d’un grand panneau proclamant la victoire de Hitler (11).
Plus tard, de longs drapeaux rouges à croix gammée, fixés au niveau de la corniche de l’immeuble, flottent le long du premier étage (12).
En raison du danger imminent d’attaques aériennes et afin de prévenir des incendies, les nouveaux possesseurs font liquider une grande partie des archives conservées à l’ancien Hôtel de la Chambre des députés. (…) Le sous-sol de l’immeuble en question est transformé en cave-abri.
Au rez-de-chaussée, à l’extérieur, le blason luxembourgeois placé au-dessus de la porte d’entrée principale est enlevé (13).
A l’intérieur, toutes les décorations patriotiques telles que les dessins aux drapeaux luxembourgeois qui ornaient la galerie aux arcades, ou la rosace de la salle des pas perdus, sont recouvertes de peinture (14).
Après la libération, la première séance publique de la Chambre des députés a lieu le 6 décembre 1944 (15).
Bien que l’ancien mobilier n’ait pas été détruit complètement, des travaux de réadaptation des locaux s’avèrent nécessaires (16).
Restauration de la Chambre des députés
Afin de répondre aux exigences nouvelles, et de restaurer des parties devenues vétustes, de grands travaux de restauration ont été menés de 1997 à 1999.
Pour agrandir la Salle de séance et assurer le bon fonctionnement des différents espaces ouverts au publique, une extension du bâtiment actuel du côté de la cour du Palais Grand-Ducal ainsi que l’exhaussement de l’extension réalisée en 1985 sont nécessaires.
Les exigences techniques particulières au fonctionnement de l’institution parlementaire ont un impact considérable sur les aménagements intérieurs et notamment sur les décors qui doivent être reconsidérés.
En raison de leur vétusté, différents éléments porteurs en bois doivent être renforcés et adaptés aux nouvelles surcharges ou mis en conformité avec les normes et règlements en vigueur.
Toute la partie ancienne est toutefois restaurée et redécorée dans le style original du 19e siècle, tandis que la partie nouvelle, du côté accueil du public, est traitée de façon plus contemporaine (17).
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La Chambre des Députés (éd.), L’Hôtel de la Chambre des Députés, Luxembourg, 1999.
La Chambre des Députés (éd.), Editions Guy Binsfeld, Luxembourg, 1994.
Phillipart Robert L. ; L’Historicisme à Luxembourg, de la ville forteresse à la capitale nationale ; p. 17-18. Luxembourg, 1989.
Koch Wilfried ; Baustillkunde, p. 446, Munich, 1982.
A.N.L. Régime constitutionnel, liasse n°335, Kostenanschlag und Vertragsbedingnisse... op.cit, art. 11.
La Constitution de 1848... op.cit, p. 43.
Cerf Paul ; les députés luxembourgeois sous l’occupation allemande, dans : Hémecht, n°4, p. 497, Luxembourg.
Id., p. 505.
Spang Paul ; Von der Zauberflöte zum Standgericht, p. 391, luxembourg.
A.N.L. Der Chef der Zivilverwaltung A-1-12 : 001, I Hb V06.
Mersch François, Batty Fischer ; Luxembourg, Souvenirs et Adieux, p. 240, Luxembourg, 1977.
Musées nationaux Luxembourg, Archives iconographiques, n°12098.
Ibid.
Greffe de la Chambre des Députés.
Cerf Paul ; les députés luxembourgeois..., op.cit., p. 498.
Compte-rendu..., op.cit., Aus der Chamber, n°6, 1980.
Chambre des Députés (éd.) ; L’Hôtel de la Chambre des Députés, Luxembourg, 1999.
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