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Luc Frieden au sujet du dépôt du projet de budget 2006 (Traduction en français)

Vers le niveau supérieur

Version originale en luxembourgeois


Francine Closener: Monsieur Frieden, à vous entendre ce matin, lorsque que vous évoquiez la nécessité de réformes, les mesures d’économie, lorsque vous faisiez allusion aux dépenses sociales trop élevées, aux différents automatismes, on a eu l’impression que les années d’abondance appartiennent définitivement au passé.

Luc Frieden: Je crois que nous sommes confrontés à plusieurs problèmes structu­rels qui apparaissent simultanément. La croissance de nos recettes fiscales est infé­rieure à celle de nos dépenses. Nous connaissons au Luxembourg une fiscalisation exceptionnellement élevée, unique, de la Sécurité sociale. En effet, c’est par le budget que nous contribuons au financement des caisses de maladie, des caisses de pension, de l’assurance dépendance; et les fonds que nous avons mis de côté au cours des années passées pour financer les investissements diminuent peu à peu, si bien qu’il n’en restera plus rien en 2008 et c’est pourquoi nous demandons deux choses: je veux que nous puissions préserver notre modèle social luxembourgeois à moyen et à long terme et je veux que nos finances publiques restent saines. Si nous continuons tout simplement comme avant, nous n’y arriverons pas et c’est pourquoi, et je me base en cela sur la déclaration du Premier ministre de la semaine passée, j’ai précisé ce matin où ces réformes peuvent être réalisées au niveau du budget. C’est une question dont il faudra discuter.

Francine Closener: On ne peut tout de même pas dire que le gouvernement ait été soudainement surpris par le fait que par exemple les contributions de l’État aux caisses de pension, aux caisses de maladie ou à l’assurance dépendance ne cessent d’augmenter. Pourquoi n’avez-vous donc pas tout simplement réagi plus tôt et ne serait-il pas judicieux et nécessaire de réduire tout de suite les contributions de l’État?

Luc Frieden: Je considère que la Sécurité sociale relève du partenariat social; les caisses de pension et les caisses de maladie sont gérées par les partenaires sociaux, tout comme elles sont financées par les trois partenaires que sont les salariés, les employeurs et l’État. C’est pourquoi toute modification doit aussi être discutée par ces partenaires sociaux. Il est toutefois inadmissible que les seules contri­butions et subventions, les caisses de maladie et l’assurance dépendance connaissent une hausse de 11,7 % dans le prochain budget, alors que la crois­sance structurelle des recettes fiscales de l’État ne sera que de quelque 3 % l’année prochaine. C’est un écart qui se creuse de plus en plus, et on ne peut pas laisser aller les choses comme elles vont si l’on veut préserver notre modèle social. C’est pourquoi la solution ne consiste pas à abolir l'État providence, mais à chercher à le préserver dans les domaines où nous en avons vraiment besoin, pour pouvoir continuer à l'avenir à mener une politique de justice sociale au Luxembourg. Or on ne peut pas laisser aller les choses comme elles vont. Par ailleurs, je vous rappelle qu’au cours des deux der­nières années, nous avons attiré l’attention sur ce point et que la semaine passée, nous avons présenté un catalogue clair avec des points sur lesquels il serait possible de faire des réformes, il est nécessaire de faire des réformes.

Francine Closener: Permettez-moi d’insister sur ma question précédente. On peut s’attendre à ce que, d’ici un an au plus tard, ces contributions soient réduites, risquant de provoquer ainsi un conflit social. Est-ce là un risque que vous ne voulez pas encore prendre pour l’instant?

Luc Frieden: Je considère qu’à l’instar du gouvernement, tout le monde agit de manière responsable. Certes, il est évident que lorsque les gens ne sont pas d’accord avec certaines mesures, ceux qui assument la responsabilité politique, c’est-à-dire le gouvernement, la majorité politique, doivent cependant les prendre. Mais ainsi que je l’ai déjà dit l’année passée dans ma présentation du budget, il existe d’autres possibilités entre les réductions d’une part et les restructurations de l’autre.

Doit-on verser le même montant aux mêmes organismes de Sécurité sociale? Nous savons par exemple que les dépenses de santé continueront à augmenter dans les années à venir. N’y a-t-il pas moyen de procéder à des restructurations? Ne faut-il pas prévoir une participation personnelle accrue, par exemple dans le domaine de l’assurance dépendance, dont le prix augmente, et se demander aussi si cette dépense est affectée de manière efficace. Il faudra discuter de tout cela, on ne peut pas, on peut le faire à la va-vite, mais je crois que nous devrions le faire dans le cadre d’un débat au sein de la Tripartite, avec les partis, et au plus tard au moment de la déclaration sur l'état de la nation, très probablement en mai 2006, il faudra avoir trouvé un accord et, le cas échéant, il faudra même adapter le budget.

Francine Closener: Notamment au niveau des projets de construction, on observe d’ores et déjà un net ralentissement. On n’achève que les projets commencés et on ne fait plus que ce qui est absolument nécessaire. Les centres sportifs et culturels ne sont plus à l’ordre du jour dans les années à venir. Là encore, on peut se demander: ces mesures d’économie ne viennent-elles pas un peu trop tard?

Luc Frieden: Non, pas du tout, et du reste, on n’a pas décidé de freiner les dépenses au point de provoquer un ralentissement conjoncturel, car les dépenses d’investissement resteront de l’ordre de 2,3 % du produit intérieur brut l'année pro­chaine, ce qui représente un taux d’investissement très élevé à l’échelle européenne. Ces dépenses s’élèvent à 770 millions d’euros, soit plus que l’année passée. Ce qui veut dire qu'aucune entreprise de ce secteur ne reçoit moins d’argent, mais ces paiements, nous les puisons actuellement en partie dans les réserves que nous nous sommes constituées dans les années prospères. C’est pourquoi je dis que, dans les années à venir, il faut que les dépenses d’investissement demeurent à un niveau élevé, parce qu’elles sont importantes pour l’avenir de notre pays, mais que l’explosion des dépenses qu’on connaît actuellement ne peut continuer. Et c’est pourquoi nous avons dit que [inaudible] dans les domaines qui sont du ressort de l’État, nous attendons en principe deux ou trois ans avant d’entamer les projets non encore commencés. Cela concerne également les projets au financement des­quels nous participons indirectement. Il n’est pas nécessaire que chaque localité ait un centre sportif et culturel dans les prochaines années. Je sais que ce serait une bonne chose et que tout le monde le voudrait, mais je pense que les Luxem­bour­geois com­prennent qu’il n’y a qu’un seul choix à faire: ou bien nous augmentons massive­ment les impôts, ce qui a des répercussions négatives sur les gens, les entreprises et la sécurité de l’emploi, ou bien nous diminuons les dépenses, nous débattons du budget social et nous ralentissons considérablement nos dépenses d’investissement.

Ensemble, nous pourrons y arriver et c’est la raison pour laquelle je crois qu'il faut voir le côté positif de ces réformes. Les réformes ne signifient pas toujours et seulement la suppression d’acquis. Faire des réformes, c’est aussi procéder à des restruc­turations, c’est gérer de manière responsable les deniers publics pour qu’à l’avenir, nous ayons toujours un État moderne aux finances publiques saines. Voilà notre objectif, et je vous dis que nous le poursuivrons avec une rigueur minutieuse.

Francine Closener: Du côté des recettes, on constate notamment une diminution soudaine au niveau de la TVA qui a des répercussions très sérieuses. La consom­mation a reculé. Comment vous expliquez-vous cette baisse, notamment en matière de consommation?

Luc Frieden: Pour moi, cela reste un phénomène étonnant et difficile à comprendre. Il se peut qu’une partie des dépenses de consommation aient été faites à l’étranger, dans divers secteurs, car le revenu net des gens n'a pas diminué au Luxembourg. C'est pourquoi je suis d'avis qu'il faudra examiner ce point plus en détail.

Quant à la TVA, il y a toutefois un autre facteur qui joue, à savoir une partie de rembourse­ments très importants effectués à quelques entreprises. De même, il est probable que la fraude fiscale internationale y soit aussi pour quelque chose. Il faudra examiner cela en détail avec les administrations compétentes.

Francine Closener: Vous avez fait allusion à d’autres domaines où vous voulez réaliser des économies que la population ressentira directement. Le prix de l’eau, le prix du transport en bus et en train pourraient augmenter du fait d’une moindre partici­pation de l’État. Il en va de même pour la garde d’enfants. Est-ce que vous croyez que cela donnera vraiment autant de résultats?

Luc Frieden: Oui, je le crois bien, parce que le budget de l’État prévoit un grand nombre de dépenses qui sont en fait des cadeaux faits aux citoyens. Est-il normal de payer deux euros par heure d'utilisation de structures de garde des enfants pendant l’heure de midi, alors que les frais réels sont beaucoup plus élevés, et que les repas que les gens préparent à la maison coûtent également plus cher? Est-il normal que le prix de l’eau soit beaucoup plus élevé à Thionville qu’au Luxembourg et qu’au Luxem­bourg, tout cela soit payé par le budget de l'État? Je crois bien que la participation personnelle des gens, dans la mesure où leur situation sociale le permet, doit être plus importante dans les domaines où l’État est un prestataire de services. Il existe toute une série de possibilités pour y arriver et il n’y a pas d’autre solution.

Francine Closener: Une question pour terminer: les réformes annoncées par le Premier ministre la semaine passée et que vous venez d’exiger à votre tour ce matin devraient, comme vous venez de le dire, être mises en œuvre de préférence en mai 2006, lors de la déclaration sur l’état de la nation. Mais si on n’y arrive pas, si les débats et négociations avec les partenaires sociaux se heurtent à des blocages, que fera alors le gouvernement?

Luc Frieden: Tout d’abord, j’espère que personne ne bloquera inutilement les choses dans ce pays et qu’on se réunira d'abord autour d’une même table pour examiner les chiffres. C'est pourquoi ce budget servira de base au débat sur les réformes que nous envisageons. Nous sommes ceux qui devrons faire face à notre responsabilité pendant ces cinq années et nous l’assumerons.

Francine Closener: Monsieur le Ministre, merci pour ces explications.



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