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Déclaration sur la politique de coopération au développement 2004

Vers le niveau supérieur

Ci-joint la "Déclaration sur la politique de coopération et d'action humanitaire", prononcée par Charles Goerens, ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire du gouvernement précédent.

Le ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire Charles Goerens a présenté le 17 février 2004 la Déclaration sur la politique de coopération et d'action humanitaire du Luxembourg à la Chambre des députés.

Affiche de la campagne de sensibilisation


Introduction
La lutte contre la pauvreté
Les Objectifs de développement pour le Millénaire
Examen de la politique de coopération luxembourgeoise par le CAD
Bilan de la campagne de sensibilisation
Partie I. Une politique de coopération au développement dynamique
1. Evolution de l’Aide Publique au Développement
2. La coopération luxembourgeoise par secteur d’activités
3. La politique d’évaluation
4. Rapprochement de la coopération vers le terrain
Partie II. Nouveaux défis
1. L’Union européenne
2. Restructuration des relations entre le MAE et LD
3. Cohérence des politiques
4. La promotion de l’égalité des femmes
5. La lutte contre le SIDA
Conclusion

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les députés,

La lutte contre la pauvreté

Aujourd’hui à travers le monde, plus d’un milliard de personnes continuent de lutter pour survivre avec moins d’un dollar par jour. Sommes-nous concernés par ce problème?

Oui, c’est notre problème à nous tous. Même en faisant abstraction de toute considération d’ordre moral, il est dans notre intérêt de coopérer avec les pays pauvres.

Pourquoi? Parce que nous vivons désormais dans un village global, marqué par une interdépendance croissante. La pauvreté, la misère, la frustration deviendront très rapidement notre problème. Je veux dire par là que la coopération au développement n’est pas de la charité. Les maladies ne s’arrêtent pas aux frontières, pas plus que les ouragans, les sécheresses ou les guerres. Il s’agit-là d’une responsabilité partagée pour notre avenir commun.

Fin janvier, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a procédé à un débat sur cette problématique sur base d’un rapport très équilibré intitulé "Améliorer les perspectives des pays en développement: un impératif moral pour le monde". Ce débat nous a permis de valoriser l’effort particulier que le Luxembourg consent en matière de coopération au développement. Il a également donné l’occasion d’examiner la situation des pays en développement et les rapports Nord-Sud. 

Il a montré que la mondialisation n’a pas apporté les fruits escomptés. Certainement pas pour tous les pays en développement. La moitié de l’humanité vit dans la misère. Le fossé entre pays riches et pays en développement se creuse. Il se creuse même avec une rapidité inquiétante. Aujourd’hui 54 pays sont plus pauvres qu’ils ne l’étaient dans les années 1990. Comment ne pas déplorer que l’année dernière 800,000 personnes soient décédées dans des conflits, que 22 millions soient mortes par manque de soins et que 800 millions continuent aujourd’hui même de souffrir de la faim. Plus de 42 millions de personnes sont aujourd’hui affectés par le sida.

Mais ce tableau mérite d’être nuancé. Certains pays en développement sont en train d’émerger. La Chine a réduit la pauvreté de manière sensible. Ce pays, tout comme l’Inde, connaît une croissance économique impressionnante. Mais même en Inde, très nombreux sont ceux qui continuent de connaître le dénuement, la marginalisation, la discrimination sexuelle, la grande pauvreté. Le Chili n’est pas le Népal, le Niger n’est guère à comparer avec la Thaïlande. Sans vouloir verser dans le misérabilisme, c’est assurément l’Afrique qui connaît les retards les plus grands, qui souffre en plus de guerres civiles, de la décomposition de certains Etats. Et pourtant des progrès vers une plus grande stabilité sont à constater, comme en Angola, dans la région des Grands Lacs, au Libéria.

En Amérique Latine, nous saluons les efforts des gouvernements, comme celui du Président Lula, visant à éliminer la faim, à réaliser une réforme agraire au bénéfice des sans-terre, à développer des politiques sociales.

La pauvreté humaine n’a rien d’une fatalité. L’histoire nous montre que c’est possible d’y remédier. Au cours des trois dernières décennies, l’espérance de vie dans les pays pauvres a progressée de huit ans, et l’analphabétisme a été divisé par deux.

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Les objectifs de développement pour le Millénaire

Nous partageons la conviction affichée par Kofi Annan, Secrétaire général des Nations unies, qui, en rendant publics les objectifs de développement pour le Millénaire, déclarait que le défi essentiel que nous devons relever aujourd’hui est de veiller à ce que la mondialisation devienne une force positive pour les êtres humains sur toute la planète, et non un phénomène qui laisse des milliards dans la misère.

Lors du sommet du Millénaire en l’an 2000, tous les membres des Nations unies, ont placé le développement en tête de l'ordre du jour de la communauté internationale. Les objectifs de développement pour le Millénaire sont des cibles clairement définies que la communauté internationale s’est engagée à atteindre d'ici 2015 pour réduire la pauvreté, la maladie, l'analphabétisme, la dégradation de l'environnement et la discrimination à l'égard des femmes.

Ils ont pour but d’améliorer substantiellement les conditions de vie des personnes les plus pauvres. Pour évaluer les progrès réalisés, quarante-huit indicateurs ont été mis au point comme par exemple le taux de scolarisation, le taux de mortalité enfantine ou le pourcentage de femmes enceintes atteintes du sida.

Sept objectifs indiquent ce que les pays pauvres doivent faire pour y parvenir. Le huitième objectif concerne les pays riches et leur engagement à répondre aux reformes politiques et économiques des pays en développement par une aide financière accrue, la promotion des échanges commerciaux susceptibles de profiter aux pays les plus pauvres et la réduction ou l’annulation de la dette.

Pour l’heure ces engagements ne sont pas tenus.

Les objectifs du Millénaire pour le développement prennent pour postulat que la croissance économique ne pourra, à elle seule, réduire la pauvreté de manière significative. Si l’on ne s’attaque pas à des problèmes tels que la malnutrition ou l’analphabétisme, qui sont à la fois cause et symptôme de la pauvreté, les objectifs ne seront pas atteints.

La visite officielle le 12 février dernier de M. Mark Malloch Brown, l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a donné l’occasion d’évoquer plus en détail et de rappeler au public et aux décideurs luxembourgeois les enjeux des objectifs du Millénaire pour le développement.

La lutte contre la pauvreté et le développement durable sont les objectifs de notre politique de coopération au développement que nous menons dans un esprit de partenariat et de développement participatif. Nos différentes activités dans ce domaine contribuent à la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire surtout dans les pays cible.

Les défis posés par la faim, la pauvreté, l’absence de systèmes d’éducation, de santé et d’eau sont considérables. M. Mark Malloch Brown, l’a rappelé la semaine dernière: au moins 100 milliards de dollars par an sont nécessaires pour faire reculer la pauvreté et améliorer les conditions de vie dans les pays en développement. Or actuellement seulement 57 milliards de dollars sont dédiés à cette fin.

Afin d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement il est par conséquent essentiel que les pays industrialisés, et notamment les plus grands, redoublent d’efforts pour augmenter également leur APD.

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Examen de la politique de coopération luxembourgeoise par le CAD

Il y a un an, le Comité d’aide au développement de l’OCDE (CAD) a procédé à l'examen de notre politique de coopération au développement. Cet exercice, appelé "examen des pairs", a lieu au sein d’une instance qui réunit tous les pays industrialisés actifs dans la coopération au développement. Il a moins comme objet de contrôler et de juger notre politique en matière de coopération au développement mais plutôt de jeter un regard constructif sur celle-ci en s’inspirant des bonnes pratiques et surtout en formulant des recommandations sur la manière de mieux la poursuivre à l’avenir.

J'ai déjà eu l'occasion de présenter à votre Commission des Affaires étrangères les éléments essentiels du rapport final qui a entre-temps été rendu public.

"Le Luxembourg, dit en particulier le Comité dans ses conclusions, a sensiblement augmenté à la fois le volume et la qualité de son aide publique au développement (…).  Des efforts ont été déployés pour que la croissance budgétaire soit accompagnée d’un renforcement de la qualité de l’aide. Parmi les réalisations importantes à mentionner figurent: i) la mise en place d’un cadre stratégique pour la programmation bilatérale avec la préparation de programmes indicatifs de coopération pluriannuels pour les pays cible; ii) le déploiement de la présence luxembourgeoise sur le terrain; iii) le renforcement de la collaboration avec les organisations non gouvernementales (ONG); iv) et la mise en place d’un système de suivi et d’évaluation".

 Les conclusions du CAD sont riches en enseignements. Dans ses recommandations, le Comité nous invite, en particulier à

  • poursuivre et renforcer notre politique de concentration à la fois géographique et sectorielle,

  • renforcer notre système de suivi et d’audit,

  • établir des priorités dans le domaine multilatéral,

  • renforcer le personnel et des capacités notamment analytiques du ministère,

  • renforcer le rôle du comité interministériel dans le domaine de la cohérence des politiques,

  • poursuivre notre rapprochement vers le terrain,

  • continuer et partager avec d’autres notre stratégie de désengagement progressif.

Aucune de ces recommandations ne met en cause les fondements de notre politique de coopération. Certaines sont des encouragements, d'autres autant de pistes pour ajuster notre politique. Je m’efforcerai, par la suite, de vous indiquer de quelle manière nous sommes d’ores et déjà en train de mettre en œuvre la plupart d’entre elles.

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Bilan de la campagne de sensibilisation

Notre politique de coopération au développement ne peut être durablement mise en œuvre que si elle est largement acceptée par l’opinion publique. A cette fin, le public doit être informé des enjeux et des résultats de cette politique.

Suite aux recommandations formulées par cette Chambre, nous avons lancé une campagne de communication et d’information qui commença en juillet 2002 pour se terminer par une étude d’impact qui fut réalisée fin 2003.

Selon les résultats de cette étude, les Luxembourgeois sont d’avis que la coopération au développement est non seulement utile mais nécessaire. Il est rassurant de voir que 98% de la population luxembourgeoise estime que notre politique en matière de coopération est importante et que 86% jugent que les fonds déboursés ont été bien investis.

Il est à noter aussi que neuf personnes sur dix ont apprécié le fait que le public ait été informé par une telle campagne. En revanche, l’étude a montré que les connaissances du public restent  encore vagues au sujet du rôle de l’Etat ou encore concernant notre politique des pays cible. Et surtout que les jeunes, de 15 à 25 ans, sont moins informés sur les questions de coopération au développement et que leur sentiment de solidarité envers les pays moins avancés est beaucoup moins prononcé que celui des populations plus âgées.

Les efforts de sensibilisation et d’éducation au développement, notamment auprès de la jeunesse, devront donc à l’avenir être poursuivies voire même être intensifiées.

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Partie I. Une politique de coopération au développement dynamique

1. Evolution de l’aide publique au développement

En 2000 nous avons atteint l’objectif de consacrer 0,7% de notre revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement (APD).

Depuis lors nous n’avons pas cessé de relever notre effort de coopération pour aboutir pour l’année 2003 à un taux d’APD se situant autour de 0,80% du RNB alors que le budget 2004 devrait nous permettre d’atteindre un taux de 0,84% du RNB. Permettez-moi toutefois de faire les remarques suivantes quant à l’évolution récente du taux d’APD:

  • Nous n’avons cessé d’augmenter notre APD à la fois en valeur absolue et en pourcentage alors que nombre d’autres pays développés l’ont réduite.

  • Le taux d’aide publique est lié aux variations du RNB. Or le RNB est un agrégat qui est d’abord estimé pour faire ensuite l’objet de réévaluations périodiques par le STATEC avant de devenir définitif au bout de quelques années. Il en résulte que des révisions à la hausse du revenu national brut au cours des dernières années ont entraîné une légère variation de notre taux d’APD.

  • Il faut se féliciter de ce que l’objectif ambitieux d’allouer 1% de notre revenu national brut à la coopération n’est remis en question par aucun groupe politique représenté à la Chambre des députés.

Ce n’est que grâce aux crédits budgétaires que cette Chambre a approuvés année pour année que nous avons pu avancer sur cette voie et je vous en suis reconnaissant. J’aimerais maintenant vous présenter le bilan et les perspectives des différentes activités qui ont pu être financées grâce à ces crédits.

2. La coopération luxembourgeoise par secteur d’activités

a) la coopération bilatérale

La coopération bilatérale reste le principal pilier de notre politique de coopération au développement. Plus de 50% de notre APD y est consacrée. Les visites de LL.AA.RR au Nicaragua, au Salvador, en Thaïlande et au Laos, ont permis de renforcer nos relations avec ces pays. Elles ont en particulier mis en évidence l’importance qui s’attache à notre politique de coopération au développement. Enfin, ces visites ont permis à notre opinion publique de mieux se rendre compte de la justification et des résultats de cette politique.

Afin d’augmenter l’impact et l’efficacité de notre action, nous avons poursuivi notre effort de concentration sur nos dix pays cible qui sont des pays partenaires privilégiés. En 2002, le ministère a déboursé pour ces pays et pour les territoires occupés palestiniens 57,6 millions d’euros, soit 16% de plus qu’en 2001.

Cette action de concentration est également soutenue par une réduction progressive du nombre des pays qui ne font pas partie de la liste des pays cibles. Ainsi, nous sommes en train de mettre un terme à notre coopération au développement avec des pays à revenu intermédiaire, comme le Chili ou Maurice, pays avec lesquels se développe maintenant une coopération, avant tout économique.

En 2003, nous avons signé de nouveaux PICs avec le Mali, le Burkina Faso, le Nicaragua, le Niger et finalement avec le Laos. En l’espace de deux ans, nous avons signé des programmes de coopération avec neuf de nos dix principaux pays partenaires.

Le programme indicatif de coopération (PIC) est un document de nature politique que nous concluons avec nos pays cible afin de donner une dimension plus stratégique à notre coopération avec ces pays. Ce programme conduit à une meilleure programmation financière de notre coopération. Il permet surtout au pays partenaire de bénéficier d’une meilleure prévisibilité de l’aide apportée par le Luxembourg. Placé sous le signe de la lutte contre la pauvreté, le PIC permet de s’assurer que les projets proposés sont cohérents par rapport à la stratégie de développement du pays partenaire.

Parallèlement à la conclusion de ces programmes, nous avons mis en place avec nos  pays partenaires privilégiés des commissions de partenariat. Les réunions annuelles de ces commissions me permettent de rencontrer régulièrement mon homologue du pays partenaire pour assurer le suivi des PICs et, en même temps, de mener un dialogue sur des sujets politiques d’intérêt commun, y compris en matière de droits de l’homme.

Il convient de souligner que cette nouvelle approche de notre coopération bilatérale vise à mieux tenir compte des deux principes majeurs qui régissent la coopération internationale: le partenariat et l’appropriation du développement par le pays partenaire.

Le mois dernier, lors d’une visite en Namibie à laquelle ont participé M. Helminger et M. Fayot, Président et Vice-Président de la Commission Affaires étrangères, nous avons mieux pu connaître ce pays en développement à revenu intermédiaire. Devenue indépendante en 1990, la Namibie, reste un des pays les plus inégalitaires au monde. L’espérance de vie à la naissance y est passée de 59 ans en 1995 à 45 en 2002, principalement en raison du fort taux de prévalence du sida. Ce pays n’est donc pas encore en mesure de se passer de la solidarité internationale pour améliorer les conditions de vie de l’ensemble de sa population.

Les activités du Luxembourg se concentrent dans la province de Okavango, région la plus défavorisée du Nord du pays, située à la frontière avec l’Angola. Nous avons pu nous rendre compte sur place de la pauvreté qui y prévaut et de la pertinence de nos interventions.

Nous avons trouvé un accord avec les autorités namibiennes amenant celles-ci à participer, de manière accrue, à nos futurs programmes de coopération. De cette manière la diminution progressive de notre enveloppe budgétaire allouée à la Namibie devrait être compensée au fil des ans par une participation financière accrue de la Namibie. Les modalités de ce cofinancement seront définies dans un Programme Indicatif de Coopération entre les pays qui est actuellement en cours de préparation et qui devrait être signé au cours de cette année.

Nous avons convenu d’une forme de participation financière similaire avec le Salvador qui connaît une situation économique comparable à celle de la Namibie.

Le Luxembourg poursuit également un effort considérable de développement dans les Balkans afin de contribuer ainsi à la stabilité d’une région voisine de l’Union européenne.

Depuis la fin du conflit au Kosovo en 1999, nous avons mis en place un vaste programme humanitaire dont ont bénéficié les différentes communautés de cette région. Nous avons contribué à reconstruire de nombreuses infrastructures scolaires et médicales ainsi que plusieurs villages détruits par la guerre. Notre appui conséquent à la FAO a contribué à la relance de l’agriculture dans cette région.

Notre action de la coopération au développement s’est progressivement étendue au Monténégro et à la Serbie, dans la région communément appelée le Sandjak d’où est issue la majorité des demandeurs d’asile venus au Luxembourg. Les projets mis en œuvre visent d’une part à dynamiser l’économie locale en soutenant notamment les secteurs agricole et forestier, importants pourvoyeurs d’emplois, à renforcer les municipalités et, d’autre part, à améliorer les services sociaux tels que l’éducation et la santé.

Notre action dans cette région est complétée par le partenariat que nous développons avec deux ONG luxembourgeoises qui y ont établi leurs bureaux. Ces activités ouvrent aux plus démunis et aux demandeurs d’asile qui retournent dans la région de nouvelles perspectives notamment à travers des projets de microfinance.

En Albanie, la coopération luxembourgeoise est active depuis 2000 dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Actuellement, des négociations avec la Banque européenne d’investissement sont en cours pour apporter aux autorités albanaises dans ce secteur une assistance technique dans le cadre d’un important projet géré par la BEI.

En termes financiers, quelque 35 millions d’euros ont été investis en Europe du Sud-Est depuis 1999 et les engagements fermes déjà pris jusqu’en 2006 s’élèvent à plus de 16,5 millions d’euros. En 2003 nous avons déboursé près de 6 millions alors que cette année nous comptons encore augmenter notre apport financier à quelque 8 millions ce qui correspond à une progression de 30%.

b) la coopération multilatérale

Nous continuons à accorder une grande importance à la coopération multilatérale et au renforcement de notre position au sein des institutions internationales. Nous avons soutenu jusqu’à présent une dizaine d’organisations internationales, telles l’OMS, l’UNICEF, le PNUD, l’UNRWA ou l’UNFPA et nous contribuons à plusieurs programmes de l’OMS contre les maladies qui affectent plus particulièrement les pauvres. Enfin la coopération luxembourgeoise a continué le financement de nombreux projets de ces organisations, en particulier dans ses pays-cible.

L’année dernière, nous avons développé une nouvelle approche de la coopération multilatérale qui tient compte de nos priorités, des recommandations du CAD et des exigences de la coopération internationale. Cette nouvelle stratégie de coopération multilatérale prévoit une plus grande concentration et rationalisation dans ses choix et elle sera axée sur les priorités suivantes:

  • tisser des relations privilégiées avec les agences internationales qui répondent le mieux aux objectifs de notre coopération et qui présentent un avantage comparatif,

  • mieux définir les secteurs prioritaires et la répartition géographique de la coopération multilatérale luxembourgeoise en tenant compte des priorités de l’agenda international, et notamment des objectifs du millénaire.

L’objectif de cette nouvelle approche est double: accroître l’efficacité de l’action multilatérale ainsi que sa complémentarité par rapport à la coopération bilatérale, et renforcer le rôle et la visibilité du Luxembourg au sein des principaux fora internationaux dans le domaine du développement. Ceci se traduit également par une participation active aux conseils d’administration des agences partenaires, comme par exemple celui de l’UNICEF dont le Luxembourg fut un membre à part entière pendant toute l’année 2003.

c) la coopération avec les ONG

C’est un dialogue régulier qui caractérise en premier lieu les relations entre le ministère et les 77 organisations non gouvernementales actives dans le domaine du développement. Ce dialogue porte sur la politique de coopération au développement et sur la coopération avec les ONG en particulier. Ces échanges ont lieu dans le cadre d’un groupe de travail qui réunit des représentants des ONG et du ministère.

En 2003, l’appui financier aux ONG agréées, en progression constante, s’est élevé à environ 23 millions d’euros - soit 14,5% de l’aide publique au développement luxembourgeoise. Cet appui est canalisé principalement à travers deux instruments qui sont l’accord-cadre et le cofinancement. L’accord-cadre, en vigueur depuis 2000, permet au ministère de financer un programme d’actions d’une ONG sur plusieurs années, élaboré selon une stratégie cohérente et clairement définie. 15 ONG en bénéficient actuellement. Les autres ONG bénéficient de la possibilité de faire cofinancer par le Ministère des projets individuels de développement.

Le cercle de coopération des ONG de développement, qui regroupe une large majorité des ONG agréées, constitue le partenaire de choix du ministère. Il est doté d’un secrétariat permanent et fait fonctionner, en partenariat avec le ministère, un bureau d’assistance technique (BAT) et un service d’éducation Nord-Sud (SENS).  

Le bureau d’assistance technique assiste les ONG notamment par des formations qu’il dispense en matière de gestion de projet. Il conseille les ONG intéressées pour leur faciliter la préparation de leurs demandes de cofinancement. Fonctionnant depuis 2002, les activités du  BAT ont été évaluées pour la première fois en 2003. Les recommandations de cette évaluation ont été intégrées dans la nouvelle convention signée entre le ministère et le cercle des ONG. Cette évaluation nous a aussi permis de vérifier sa réelle utilité pour les ONG et de tirer des enseignements importants pour son fonctionnement ultérieur. A travers cette action du BAT, nos ONG doivent, en fin de compte, être mieux en mesure de renforcer leur partenariat avec les ONG du Sud qui jouent un rôle croissant dans le développement que le souligne du reste la Convention de Cotonou.

Le service d’éducation Nord-Sud quant à lui, continue de mettre en œuvre un service d’appui à l’éducation au développement qui doit bénéficier aux élèves et étudiants de l’enseignement primaire et secondaire luxembourgeois ainsi qu’à leurs enseignants. Il complète et facilite ainsi les activités d’éducation au développement et de sensibilisation de l’opinion publique luxembourgeoise, mises en œuvre par les ONG. Le ministère a renforcé son appui en faveur de ces activités au cours des dernières années. 

d) L’action humanitaire et l’aide alimentaire:

Dans les domaines de l’aide humanitaire et de l’aide alimentaire, le ministère a renforcé sa coopération avec des ONG luxembourgeoises ou internationales ainsi qu’avec les principales organisations internationales, comme le Comité international de la Croix-Rouge, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ou le Programme alimentaire mondial. Nous avons reconduit les accords signés d’année en année depuis 1999 avec ces organisations.

Avec un montant total de EUR 16 millions, le budget réservé à cet effet en 2003 équivaut à près de dix pour cent de l’APD. Grâce à ce budget, le ministère a pu soutenir des programmes en Afrique de l’Ouest, dans la Région des Grands Lacs, dans la Corne d’Afrique, en Afghanistan, en Iran, en Algérie, au Caucase, en Corée du Nord et dans les Territoires Occupés, mais aussi dans la République tchèque et au Portugal. En tout, le ministère a contribué à près de soixante programmes différents. Nous avons consenti un effort particulier et exceptionnel en faveur de la reconstruction de l’Irak.

Depuis le début des années 1990, la coopération luxembourgeoise s’est montrée sensible au sort de millions d’êtres humains qui souffrent chaque jour dans l’indifférence générale des médias. Dans le cadre de cette politique dite "des conflits oubliés", le ministère a continué à privilégier des initiatives susceptibles d’améliorer le sort de ces laissés-pour-compte.

En matière de gestion civile des crises, je tiens à souligner que notre action porte sur les deux axes suivants:

  • d’une part, la mise sur pied d'une équipe d'intervention en cas de catastrophes naturelles. La participation luxembourgeoise à l'effort de solidarité internationale lors du tremblement de terre en Algérie en mai et plus récemment lors du tremblement de terre en Iran en décembre a été pertinente, rapide et concertée. Qu’il me soit permis de rendre hommage au dévouement et à l’engagement des équipes de la Protection civile, de la Croix-Rouge et de Luxembourg Air Rescue, ainsi qu’aux responsables du service humanitaire du ministère des Affaires étrangères. Les personnes engagées dans les opérations de sauvetage nous rappellent que l’on peut être à la fois prudent et audacieux, solidaire et indépendant, souple et rigoureux, très professionnel et profondément humain. Le cadre futur pour les opérations de sauvetage sera précisé en tenant compte des enseignements tirés des interventions en Algérie et en Iran.

  • d'autre part, nous devons nous engager encore davantage dans la prévention des crises et notamment leur aspect civil. A ce propos, un projet en cours de finalisation, en coopération avec le ministère de l’Enseignement supérieur, vise à accorder des bourses à des étudiants originaires de pays cible de la coopération luxembourgeoise leur permettant de suivre un enseignement supérieur à l'Université de Luxembourg. En revanche, les boursiers s’engageraient à travailler durant les dix années subséquentes soit dans leur pays d'origine dans le domaine du développement soit pour une organisation internationale active dans le domaine de la gestion des crises.

3. La politique d’évaluation

Depuis 1998, le ministère n’a cessé de développer une politique systématique d’évaluation et d’audit afin d’améliorer les modes de gestion, les procédures et les pratiques de la coopération luxembourgeoise. La création en 2001 d’une cellule Evaluation et Audit a contribué au renforcement du programme d’évaluation externe des actions de coopération au développement du Luxembourg. Elle a ainsi posé les bases d’une revue plus systématique et plus articulée des impacts de nos actions sur les conditions de vie des populations dans nos pays partenaires recevant notre appui. Ainsi cinq exercices d’évaluation externe ont été menés en 2003, incluant notamment une première évaluation pays, celle de la Namibie, ainsi qu’une première évaluation secteur, celle de l’eau et de l’assainissement au Nicaragua.

Cette action est menée en collaboration étroite avec Lux-Development ainsi qu’avec les autres acteurs impliqués dans la conception et la mise en oeuvre de notre coopération, au Luxembourg comme dans les pays partenaires. 

Un effort particulier a été engagé en 2003 pour améliorer le suivi et l’évaluation des Programmes indicatifs de coopération en mettant en place un processus de revues à mi-parcours. Ces revues à mi-parcours doivent permettre une meilleure définition des axes d’intervention de la coopération luxembourgeoise en les cadrant mieux avec les objectifs du plan de développement national que chacun de nos pays partenaires s’est fixé.

Les enseignements de toute cette action d’évaluation sont discutés lors des commissions de partenariat. Ils influent directement sur l’évolution des Programmes indicatifs de coopération en cours ainsi que sur les négociations des programmes futurs.

4. Rapprochement de la coopération vers le terrain

Soucieux d’améliorer l’efficacité et la visibilité de notre coopération dans nos pays partenaires privilégiés, nous avons poursuivi nos efforts de décentralisation en renforçant notre présence sur le terrain. Suite aux recommandations du CAD et sur base de l’évaluation des activités réalisées par notre première mission de la coopération que nous avons ouvert en 2001 à Dakar, nous avons mis en place un bureau de la coopération à Hanoi en août l’année dernière. Celle d’un tel bureau en Amérique centrale est en préparation. Le bureau de la coopération à Hanoi qui vient d’être inauguré, est également chargé du suivi de la coopération luxembourgeoise de notre deuxième pays cible en Asie, le Laos.

La présence permanente dans un pays bénéficiaire de la coopération luxembourgeoise nous permet d’intensifier les contacts et de participer au dialogue de plus en plus intense avec les autorités de nos pays cible et les autres acteurs de la coopération bilatérale et multilatérale sur place ainsi qu’avec la société civile et la population locale. Nous sommes également mieux à même d’assurer un suivi approprié de notre coopération bilatérale avec nos pays partenaires. Plus de proximité devient ainsi synonyme de meilleures connaissances des réalités sur le terrain. On est mieux informé sur place qu’à cinq mille kilomètres de distance. Enfin, nous observons une nette tendance auprès des autres pays industrialisés vers une plus grande décentralisation de leur coopération vers le terrain.

Alors que nous sommes devenus un acteur non-négligeable de la coopération dans nos pays partenaires privilégiés, nous sommes de plus en plus souvent invités à participer aux discussions régulières que les différents acteurs de la coopération organisent ensemble avec le gouvernement du pays partenaire. Celles-ci portent sur la stratégie de développement de ce pays, sur les activités sectorielles et sur l’harmonisation des procédures. L’organisation à terme d’une présence permanente de notre coopération dans chacun de nos pays cible, que suggère du reste aussi le CAD, mérite dès lors considération sérieuse.

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Partie II. Nouveaux défis

1. L’Union européenne

a) Elargissement de l’Union européenne

L’élargissement  de l’Union européenne à dix nouveaux membres va entrer dans les faits le 1er mai prochain. Comme le récent débat de votre Chambre sur la ratification du traité sur l’élargissement l’a montré, les nouveaux membres, et parmi eux huit pays de l’Europe centrale, sont tenus de reprendre tout l’acquis communautaire. Cela vaut en particulier pour la politique de coopération au développement de l’Union européenne. Le défi est de taille, étant donné que leur capacité financière ne les met guère en mesure de répondre d’ores et déjà à toutes les situations de détresse.

Afin de permettre aux nouveaux membres de jouer pleinement leur rôle dans ce domaine, il m’a semblé opportun de  proposer, lors d’une réunion informelle des ministres de la Coopération qui a eu lieu l’année dernière à Salonique, de lancer avec ces pays un nouveau type de collaboration appelée coopération Nord-Nord-Sud. La coopération Nord-Nord-Sud ou encore coopération triangulaire, associe un pays de l’Union européenne à un nouveau membre pour un projet dans un pays en développement. Elle devrait faciliter un transfert de savoir-faire et permettre aux futurs membres de participer à des actions et des projets concrets de coopération au développement.

Lux-Development s’apprête à lancer les premières opérations de ce type. Nous avons aussi pu accueillir des délégations de plusieurs nouveaux pays venus se renseigner sur le fonctionnement de notre coopération et explorer des domaines susceptibles de faire l’objet d’une telle coopération Nord-Nord-Sud.

b) Présidence luxembourgeoise en 2005

Durant le premier semestre 2005, le Luxembourg exercera à nouveau la Présidence de l’Union européenne.

Il s’agit-là d’un honneur et d’un privilège exceptionnel pour notre pays qui aura à présider   les affaires d’une Union élargie à vingt-cinq pays qui ne comptera pas moins de 420 millions d’habitants.

La conférence diplomatique qui s’est tenue en janvier dernier, a été consacrée pour l’essentiel à la préparation de la Présidence 2005.

Les élections d’un nouveau Parlement européen en juin prochain et la mise en place d’une nouvelle Commission constituent, outre l’élargissement, d’autres données susceptibles de modifier sensiblement le panorama politique de la nouvelle Europe.

Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur la place de la politique de coopération au développement dans la nouvelle Commission et dans l’Union européenne de demain. Cette politique est à renforcer et ne saurait, en aucun cas, être subordonnée à d’autres politiques. Ses spécificités sont à pleinement respecter et notamment la priorité  réservée à la lutte contre la pauvreté. Dois-je rappeler dans ce contexte que l’Union européenne et ses Etats membres assument 55% de toute l’aide publique au développement.

Aussi la nouvelle Commission devra-t-elle confier les prérogatives en matière de coopération au développement à un Commissaire à part entière. Toute dilution du statut de la coopération, que ce soit au niveau du Conseil ou dans le cadre de la nouvelle Constitution, serait de nature à affaiblir le premier acteur de développement du monde.

La lutte contre la pauvreté devrait constituer l’objectif central du programme de notre Présidence. Une attention nouvelle est à réserver aux causes de cette pauvreté et aux politiques aptes à éliminer celles-ci. Il devrait s’efforcer en même temps à rendre la globalisation plus sociale et plus humaine afin que les fruits en soient mieux répartis.

Quant aux actions à développer au cours de notre Présidence, elles vont devoir s’appuyer  sur le programme pluriannuel 2004-2006 mis au point par les six prochaines présidences - Irlande, Pays-Bas, Luxembourg, Royaume-Uni, Autriche, Finlande -. Parmi les priorités de ce programme, figurent la lutte contre la pauvreté, le suivi des objectifs de la déclaration du Millénaire, la lutte contre le sida, la cohésion sociale, la cohérence des politiques et le respect des engagements de la conférence de Monterrey. A cet égard, il convient de rappeler que l’UE veut atteindre une APD correspondant à 0,39% du RNB en 2006.

La Convention de Cotonou établit un partenariat entre l’Union européenne et 77 pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). La révision à mi-parcours de cette Convention  a commencé et pourrait se prolonger au cours du premier semestre 2005. Les négociations avec les pays ACP sur les échanges commerciaux et sur la conclusion d’accords de partenariat économiques qui entreront en vigueur en 2008, vont passer à une nouvelle phase.

La Commission européenne a proposé de financer la coopération future avec les pays ACP par des ressources provenant du budget communautaire alors que jusqu’ici ce financement s’est fait  à partir d’un fonds séparé, le Fonds européen de développement (FED). Cette question de la budgétisation du FED ainsi que celle de la négociation d’une nouvelle enveloppe quinquennale pourrait coïncider avec la négociation du nouveau paquet financier dont la phase finale est à l’ordre du jour de notre Présidence.

Voilà les défis majeurs dans le domaine de la coopération au développement que le nouveau gouvernement qui sortira des élections le 13 juin prochain aura à maîtriser au cours de la Présidence de 2005.

2. Restructuration des relations entre le MAE et LD

Un autre domaine dans lequel le ministère s’est beaucoup investi au cours de l’année dernière est le renforcement des relations avec l’Agence luxembourgeoise pour la coopération au développement, Lux-Development. Cette agence est chargée par le ministère de formuler, puis de mettre en œuvre, à quelques exceptions près, l’ensemble de nos projets de coopération bilatérale. A la demande de la Commission européenne, le ministère a dû mettre les relations entre l’Etat et Lux-Development en conformité avec la législation communautaire. Il a donc été amené à redéfinir et à clarifier ces relations avec Lux-Development en précisant les statuts et en élaborant une nouvelle convention ainsi qu’un protocole d’exécution.

Lux-Development reste une société anonyme ce qui lui assure le maintien d’une gestion flexible. Mais l’Etat est désormais tenu à exercer sur l’agence un "contrôle analogue à un de ses services". Il deviendra actionnaire à pratiquement 100%. Sa présence au conseil d’administration sera renforcée même si la présence des différents membres non-étatiques pourra être maintenue.

Aussi les travaux de restructuration tiennent-ils dûment compte des recommandations faites à l’issue de l’audit organisationnel et financier de Lux-Development réalisé en 2002 conformément au souhait de la Chambre. Ainsi de nouvelles procédures financières, similaires à celles en vigueur auprès d’autres services de l’Etat, ont été intégrées dans la nouvelle convention.

Permettez-moi de souligner que ces travaux ont été réalisés en étroite collaboration avec Lux-Development ainsi qu’avec les services de la Commission européenne. Fin octobre, le Conseil de gouvernement a approuvé provisoirement les nouveaux projets de statuts et de convention qui ont ensuite été transmis à la Commission à Bruxelles. En attendant le feu vert de la Commission européenne avant l’adoption définitive de ces nouveaux textes, nous avons procédé avec Lux-Development à une  mise en œuvre provisoire de la nouvelle Convention. 

3. Cohérence des politiques

a) L’importance de la cohésion des politiques

La question de la cohérence des politiques fait désormais partie de l’agenda de toutes les instances européennes et internationales s’occupant de la coopération au développement. Lors de l’examen au comité d’aide au développement (CAD) en mars de l’année dernière, un chapitre particulier a été réservé, pour la première fois, à cette question. Le CAD a souhaité vérifier, à cette occasion, les dispositions prises au sein de la direction de la coopération au développement, sur un plan institutionnel et sur le fond, pour assurer que les intérêts des pays en développement soient dûment prises en considération dans la définition des politiques nationales et européennes dans des domaines aussi divers que l’agriculture, le commerce, la pêche, l’environnement et les finances.

Les Etats membres de l’Union européenne réservent une attention accrue à cette question, notamment dans le cadre des négociations à l’OMC. Lors de leur réunion informelle qui s’est tenue à Trieste en octobre dernier, les ministres du Développement ont examiné le bilan des négociations de l’OMC à la suite de l’échec de la ministérielle de Cancun.

Ce sujet est régulièrement abordé dans le cadre du dialogue sur des questions politiques avec nos différents pays cible.

Consciente de l’importance qu s’attache à cette question, un desk "Cohérence des politiques" a été crée au sein de la direction de la coopération au développement. Nous coopérons également avec les autres pays membres de l’Union européenne dans le cadre d’un réseau informel de correspondants en charge de cette question qui a été mis en place en octobre dernier. 

b) L’OMC et le "Doha Round"

Notre ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur a eu, à plusieurs reprises, l’occasion de s’expliquer sur le déroulement des négociations en cours au sein de l’OMC. Elle a pu souligner à quel point le Luxembourg souhaite que le Doha Round devienne effectivement un cycle du développement. 

Lors de sa session du 26 janvier dernier, le Conseil des Affaires générales et des Relations extérieures s’est prononcé pour une relance de ces négociations. Priorité, a-t-il précisé, devrait être donnée à l’obtention de bénéfices réels pour les pays les plus pauvres et plus particulièrement les moins avancés par des progrès sur des questions d’importance particulière pour eux.

S’agissant de la question du coton, le Luxembourg est sensible à l’action que plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest - Burkina Faso, Bénin, Mali, Tchad - ont lancée à l’OMC pour obtenir la suppression des aides à la production de coton dont bénéficient en particulier les producteurs américains, ce qui produit un effet de dumping sur les prix mondiaux de coton . Ainsi le Mali, pays cible de notre coopération, retire 40% de ses revenus extérieurs de ses exportations de coton dont les prix ont connu des baisses dramatiques. Il s’agit donc d’une question vitale pour ces pays. La Commission européenne a fait une proposition visant à améliorer l’organisation de marché sur le coton. Lors des travaux à l’UE, le Luxembourg adoptera une position qui tienne compte des intérêts des pays africains. Il se propose de participer dans un esprit similaire aux travaux sur la proposition de la Commission concernant le nouveau régime commercial pour le sucre.

Concernant la question de l’allègement de la dette, des progrès ont été accomplis dans le cadre des pays pauvres très endettés. Compte tenu de l’importance de la question pour les pays en développement et surtout les PMA, ces négociations devraient être poursuivies et accélérées. Le Luxembourg a soutenu les efforts du FIDA pour réduire la dette de deux de nos principaux pays-partenaires, le Mali et le Niger.

c) La question agraire

Les négociations du Doha Round ont montré que c’est l’agriculture qui présente pour les pays en développement le sujet le plus important. L’ouverture de nos marchés aux produits agricoles et la suppression des subventions à l’exportation et des aides agricoles fait partie des demandes qui sont formulées par nombre des pays en développement et en particulier ceux qui, comme le Brésil, disposent d’une certaine capacité d’exportation. Ces demandes sont-elles réalistes et constituent-elles bien la panacée aux problèmes, comme d’aucuns le font croire avec insistance?

1,2 milliards d’habitants, soit la moitié de la population active sur la planète vivent en milieu rural et de l’agriculture. Les ¾ des plus pauvres et de ceux souffrant de faim - ils sont 800 millions -, se retrouvent dans cette population. Pouvons-nous lutter contre la pauvreté tout en nous désintéressant du sort de cette population ?

Voici ce que conclut une étude publiée en 2003 par l’Université de Tennessee: "Aujourd’hui, les agriculteurs dans le monde entier font face à une crise agricole d’une étendue et d’une gravité immenses. Les prix internationaux ont suivi l’exemple des Etats-Unis où les prix à l’exportation des produits agricoles bruts - mais, blé, soja, coton et riz -, ont baissé de plus de 40% depuis 1996. Les producteurs américains continuent d’être forcés de quitter la terre malgré l’injection de primes gouvernementales massives, censés compenser la faiblesse des prix. D’Haïti au Burkina Faso, des Philippines au Pérou, ces prix bas sans précédent ont réduit à néant les revenus et produit une moisson de désespoir, de faim et d’émigration". 

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution:

  • la suppression des politiques de régulation de l’offre au Nord et l’introduction, à pas forcés, de politiques de libéralisation dans les pays en développement,

  • l’explosion des écarts de productivité entre les agricultures du Nord et du Sud. 

Il est donc devenu évident que ce n’est pas le marché qui assurera la régulation nécessaire. Et ce n’est pas en abolissant les aides qu’on arrivera à résoudre le problème. Les aides ne sont que le symptôme d’un problème plus profond, l’absence de mécanismes de régulation du marché. 

Il est donc urgent que tous les pays industrialisés et les pays en développement exportateurs agricoles rétablissent de tels mécanismes permettant une stabilisation des prix et leur maintien à un niveau équitable tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.

Dans ce contexte il convient de se féliciter de l’initiative récente de la Commission européenne visant à assouplir les modalités de recours à l’instrument "Flex". Cet instrument permet de compenser financièrement l’impact des fluctuations à court terme des recettes d’exportation des Etats ACP.

Les pays en développement et notamment les moins avancés devraient également avoir le droit - et même être encouragés - d’organiser et de protéger leur marché comme le demande l’état actuel de développement de leur pays. De même, la création au Sud de marchés agricoles régionaux regroupant des agricultures à productivité comparable, serait de nature à favoriser l’obtention de prix plus justes et une protection vis-à-vis de la concurrence du Nord. Les dispositions nécessaires à cet effet devraient être prévues à l’OMC.

Le Luxembourg continuera son dialogue sur cette question avec les gouvernements des pays partenaires, la Commission européenne, avec des experts internationaux, les organisations paysannes comme le réseau des organisations paysannes africaines (ROPPA), les ONG nationales et internationales intéressées. 

4. La promotion de l’égalité des femmes

La coopération luxembourgeoise s’efforce de contribuer à l’amélioration de la situation des femmes dans le monde. La question de l’égalité hommes-femmes est incluse dans tous les programmes indicatifs de coopération (PIC) comme un des thèmes transversaux. Lux-Development est invitée, selon la nouvelle convention, à traiter cette question dans la formulation et la mise en œuvre de tous les projets.

En février 2005, dans le cadre de notre Présidence de l’Union européenne, le gouvernement, et notamment le ministère de la Promotion féminine, organisera une conférence ministérielle à Luxembourg au cours de laquelle la communauté internationale fera le bilan, dix années après la conférence de Beijing, des résultats et défis concernant l'action en faveur des filles, des femmes et de l'égalité des genres.

Enfin, nous continuons de financer des projets qui se concentrent plus particulièrement sur les besoins des femmes en matière d’éducation, de santé, de sécurité, sur leurs droits ou encore, sur leur place dans la société. Dans ce contexte, nous avons décidé de soutenir le ministère des Femmes en Afghanistan à travers un projet du PNUD. Nombre des projets de l’UNFPA que nous appuyons développent la planification familiale, favorisent la santé reproductive ou encore encouragent l’abolition de l’excision au Mali.

5. La lutte contre le SIDA

Même si la coopération luxembourgeoise accorde une grande importance à la lutte contre les maladies moins connues touchant les plus pauvres, il est impossible d’ignorer les millions de décès annuels causés par ce qu’on appelle les trois grands fléaux: la tuberculose, la malaria et, la plus redoutable d’entre elles, le SIDA.

Nous nous félicitons qu’en 2003, le Fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria ait enfin commencé à financer des projets de grande envergure pour lutter contre ces trois maladies. Cette même année, nous avons décidé de doubler notre contribution à ce Fonds.

Nous contribuons aussi à la lutte contre le sida en soutenant l’ONUSIDA et en réalisant divers projets bilatéraux et multilatéraux. Nous voulons donner à notre action une dimension globale qui, pour être efficace, doit s’attaquer à tous les aspects du problème: la prévention, la recherche, mais aussi l’accès au traitement. Cette approche globale se trouve résumée dans le projet ESTHER que le Luxembourg réalise au Rwanda. Axé autour d’un partenariat entre deux hôpitaux luxembourgeois - le CHL et l’hôpital du Nord -, et deux hôpitaux rwandais, ce projet permet déjà de traiter plusieurs centaines de patients. Le traitement se trouve au centre d’une approche et d’un dispositif qui commence avec la prévention et le diagnostic, et qui continue avec la recherche et la prise en charge psychosociale et communautaire des malades. Des synergies ont été crées avec le Fonds global, qui devra financer les médicaments.

Dans ce contexte, il convient de saluer également l’importante décision de l’OMC sur l’accès aux médicaments génériques pour les pays en développement, ainsi que l’initiative "3 by 5" de l’OMS visant à fournir un traitement à trois millions de personnes infectées par le sida d’ici 2005.

Face aux statistiques inquiétantes sur les ravages du sida, le risque existe que cette maladie ne continue de se propager et de réduire le niveau socio-économique de nombreux pays en développement, comme nous pouvons, hélas, déjà le constater dans plusieurs pays africains. Il est donc indispensable que la communauté internationale  renforce son action.

C’est aussi pour cette raison que le ministère a décidé de convoquer une réunion ministérielle à Luxembourg, le 15 mars prochain. Il est prévu d’y inviter, en particulier, notre ministre de la Santé, nos hôpitaux et nos ONG actives dans le domaine de la santé, les pays partenaires de l’initiative ESTHER ainsi que plusieurs autres pays et organisations intéressés à y participer. Nous aurons ainsi l’occasion d’établir un premier bilan de cette action pilote et les possibilités de la renforcer notamment en y associant d’autres pays.

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Conclusion

Monsieur le Président,

Avant de conclure, permettez-moi de saisir cette occasion pour remercier et rendre hommage à tous nos acteurs de la coopération et de l’action humanitaire. Admiratif devant leur dévouement inlassable en faveur de la cause des plus démunis, je remercie chaleureusement tous les membres des ONG, les coopérants, les agents de la coopération et les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, à commencer par ceux de la direction de la Coopération, ainsi que les agents de notre agence d’exécution Lux-Development. Je n’ai pour ainsi dire rencontré que des femmes et des hommes passionnés par ce qu’ils font.

On peut dire que la contribution du Luxembourg à l’effort international de solidarité va au-delà de la seule valeur absolue de ses contributions à l’APD, qui s’élèvent en 2003 à 0,80% du revenu national brut et nous placent ainsi au quatrième rang mondial.

En effet, ce n’est pas seulement la quantité de l’aide qui importe, mais aussi et surtout la qualité. Ainsi, nous continuons à concentrer notre coopération sur un nombre limité de pays cible, dont la plupart comptent parmi les plus pauvres de la planète.

La gestion cohérente et efficace de nos projets et programmes dans les secteurs sociaux, et notamment l’éducation de base, la formation professionnelle, la santé de base, l’accès à l’eau potable et assainissement, ainsi que le développement rural, génèrent des effets salutaires à long terme.

En donnant l’exemple, notre politique de coopération et d'action humanitaire nourrit l’ambition de pouvoir entraîner d’autres pays industrialisés à contribuer davantage à l’APD internationale, et à apporter leur contribution à la mise en place d’un partenariat mondial pour le développement. Au niveau des pays bénéficiaires, notre politique poursuit résolument le principe d’appropriation nationale. L’effet de levier ainsi engendré se fera percevoir dans les pays en  développement et à l’égard des autres pays de l’UE. 

La coopération au développement luxembourgeoise a, en effet, comme objectif de développer, au niveau des pays partenaires, les capacités de penser, de choisir et de gérer eux-mêmes leur développement, de concevoir et de gérer eux-mêmes leurs programmes et projets. L’objectif est d’aider ces pays à réduire graduellement leur dépendance de l’APD, voire à ne plus dépendre du tout des contributions des pays donateurs,

En même temps notre coopération au développement, ensemble avec notre aide humanitaire, contribuent également à prévenir et à gérer les conflits. Cette prévention ne peut réussir que dans la mesure où nos partenaires sont écoutés et entendus.

Sachant que les progrès seront lents et difficiles à réaliser, il est impérieux et indispensable de faire appel à la créativité, à l’engagement, à la persévérance et à la mobilisation plus forte de nous tous.

Comment développer? L’historien burkinabé KI ZERBO nous le rappelle:

"On ne développe pas, on se développe". En effet, pauvreté n'est pas synonyme de sous-développement. Nous étions plusieurs à nous en rendre compte à Dakar lorsqu'une dame travaillant et vivant sur la décharge municipale nous invita à prendre un café dans sa baraque construite à partir de débris.

La fierté d'avoir réussi seule à assurer sa survie, sa dignité, son côté accueillant bref toute sa personnalité a été une leçon de vie dont nous ne pouvons que nous inspirer.

Les femmes de cette trempe nous redonnent espoir. Alors donnons-lui des moyens de lutter contre la pauvreté et la misère !

Ajoutons que l'approche comptable des études d'impact ne seront jamais en mesure de nous faire découvrir cet aspect humain de la coopération.

Certes, les statistiques nous renseignent utilement sur l'évolution des indicateurs essentiels et notamment le taux de mortalité des moins de 5 ans (TMM5), le revenu per capita, le nombre de médecins par tranche de 100.000 personnes, le taux d'alphabétisation, le nombre de femmes ayant accès à l'eau propre, le pourcentage de malnutrition, le nombre de personnes porteuses du virus du sida, les ravages causés par la malaria, la tuberculose entre autres, l'espérance moyenne de vie, le nombre d'orphelins…..

Mais convenons-en: la seule vue statistique des choses ne nous fait guère avancer. Elle risque de déplacer le curseur du côté des sceptiques qui plaident en faveur d'une plus grande libéralisation du commerce au détriment des interventions dans les secteurs sociaux de base selon la formule très réductrice : "TRADE OR AID" (Commerce ou aide au développement).

Or, ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est l'un et l'autre.

Les approches malthusiennes et les lignes Maginot ont fait leur temps. Aussi avons-nous peu de circonstances atténuantes pour rester indifférents face à des situations de détresse et dans les pays en développement et chez nous. La solidarité n'est pas sélective. Elle doit continuer à répondre aux attentes des Africains et des Luxembourgeois. C'est de notre capacité de répondre à l'ensemble de ces situations certes très différentes que déprendra l'acceptation de l'effort de coopération par l'opinion publique.

La Chambre des députés nous autorise à allouer 0,84% des richesses produites au cours de cette année à la solidarité avec les pays en développement. Des moyens considérables sont ainsi mis en œuvre pour lutter pour un monde moins dur, moins menaçant, plus prévisible et plus humain.

Il nous reste 99,16% de nos ressources pour contribuer à rendre notre propre société, plus juste, plus équilibré, plus libre, basée sur le modèle de la cohésion sociale.

Ainsi, les deux dimensions interne et externe de la solidarité sont inséparables. Elles sont l’expression concrète d’une stratégie gagnant-gagnant.

Or, rien n’est jamais définitivement acquis. Mais avec la passion qui anime tous les acteurs de la coopération, j’aimerais conclure avec une citation de Saint-Exupéry: "Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence".

Je vous remercie de votre attention.


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   Liens internes
  * Notre dossier "Les points forts de la coopération luxembourgeoise au développement"
  * La publication "A propos... de la coopération au développement"
  * Présentation de la Déclaration sur la politique de coopération à la Chambre (article du 17-02-2004)

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