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Le jeudi 21 mars 2002, le représentant du chef du gouvernement luxembourgeois à la Convention sur l'avenir de l'Europe, M. Jacques Santer, est intervenu à l'occasion de la session de la Convention.
La prochaine session de la Convention européenne se tiendra les 15 et 16 avril 2002 et portera sur les "missions de l'Europe".
Monsieur le Président,
Chers Collègues,
Suite à la Déclaration de Nice sur l'avenir de l'Union, conformément à la Déclaration de Laeken sur l'avenir de l'Union Européenne, notre Convention est réunie pour examiner les questions essentielles pour le développement futur de l'Union et pour rechercher les différentes réponses possibles.
Le projet qui en résultera doit se définir d'abord par son contenu et son ambition avant d'aborder les moyens nécessaires à sa réalisation. Les problèmes institutionnels et de fonctionnement doivent donc découler du choix de la communauté politique que nous voulons instituer, si l'on veut échapper aux affrontements doctrinaux et aux blocages idéologiques.
A ce titre, il me semble primordial de souligner que le projet commun pour l'Europe politique existe et s'inscrit dans une continuité historique qui, en elle-même, lui confère une légitimité politique au-délà de tout soupçon. Aujourd'hui, cinquante ans après la Déclaration Schuman, il nous faut parachever ce projet politique.
Si l'écart paraît manifeste entre les visions d'avenir pour le développement futur de l'Europe, les conditions sont désormais réunies pour une discussion fructueuse allant à l'essentiel et se déroulant dans des conditions satisfaisantes de transparence démocratique. Il s'agit avant tout de concilier le projet européen avec les attentes des citoyens. Pour cela, il nous faut d'abord les écouter.
Je me limiterai ici à mes impressions personnelles. L'ambition du projet se mesure aussi aux objectifs que nous nous fixons dans nos réflexions sur son contenu. A titre personnel, je dirais que l'avenir de l'Union s'articule le long de trois axes qui sont autant d'objectifs à atteindre: l'efficacité, la solidarité et l'identité extérieure.
Si nous voulons concilier les citoyens européens avec le projet européen, il nous faut l'améliorer en termes d'efficacité. La prise de décision doit être simplifiée et rendue plus transparente. Les citoyens doivent pouvoir vérifier la prise en compte de leurs attentes dans les décisions qui les concernent.
La transparence n'est pas une panacée, j'en conviens. Il nous faut aussi garantir la solidarité au sein d'une Union qui est avant tout une communauté politique fondée sur des valeurs et des expériences communes et sur une cohésion économique et sociale sans cesse renforcées. Cette solidarité suppose aussi des résultats dans les domaines de l'emploi et de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
Les réalisations essentielles de l'Union ont été acquises par la méthode communautaire. A ce titre, Jean Monnet remarquait que "rien ne se fait sans les hommes, rien n'est durable sans les institutions". Cette méthode ne sera plus que jamais nécessaire dans une Union élargie, où l'intérêt commun et la solidarité seront peut-être plus difficiles à dégager. Elle doit à ce titre être privilégiée, même s'il faut l'adapter aux évolutions récentes dans différents domaines.
L'identité extérieure est un élément essentiel pour la légitimité de l'Union et, partant, conditionne l'émergence d'une identité européenne qui vers l'intérieur est fondée sur un espace commun de liberté, de sécurité et de justice.
Aujourd'hui, les Etats membres de l'Union ne sont plus à même de poursuivre leurs intérêts seuls sur la scène internationale, d'autant plus que le champ des intérêts communs est sans cesse élargi vers des domaines nouveaux. L'Union doit être à la hauteur des attentes des citoyens qui voient en elle un global player pour la promotion et la défense des intérêts européens sur la scène internationale.
La représentation extérieure de l'euro est un domaine où les relations extérieures touchent directement aux intérêts des citoyens et doit dès lors constituer un domaine d'action prioritaire. Il en est de même pour les sujets liés à la gouvernance des phénomènes de la globalisation et de la mondialisation.
L'Europe n'a pas à être réinventée. Elle a derrière elle plus d'un demi siècle d'une histoire faite d'avancées considérables, qui déjà lui donne une identité unique dans le monde. A l'heure de la réunification, c'est dans ce trésor qu'elle doit puiser l'inspiration qui lui permettra d'être au rendez-vous de l'Histoire. Ce ne sont pas les doctrinaires qui ont construit l'Europe. Ce sont les entêtés audacieux.
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