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Le 31 mai 2012, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a donné une conférence de presse pour informer sur un certain nombre de sujets d’actualité politique nationale et européenne.
Jean-Claude Juncker a d’abord parlé des recommandations de la Commission européenne à l’adresse du Luxembourg suite à la transmission à Bruxelles du programme de stabilité et de croissance et du programme national de réforme. Ces recommandations disent que les hypothèses macroéconomiques utilisées par le gouvernement dans le cadre des deux programmes sont plausibles et que le Luxembourg compte parmi les pays les moins endettés en Europe. Néanmoins, elles disent aussi que le niveau des dépenses publiques est relativement élevé et que le pays risque de ne pas remplir ses objectifs budgétaires à moyen terme (+0,5% du PIB), vu notamment les importantes dépenses futures en matière de rentes et de pensions. Dans ce contexte, la Commission dit que la réforme du système de pension constitue certes un pas dans la bonne direction mais insuffisant et propose au gouvernement de soumettre la réforme à un réexamen. La Commission s’attaque en particulier à la faible employabilité des personnes âgées et aux systèmes de préretraite, deux points sur lesquels le gouvernement travaille de toute façon déjà, a répliqué le Premier ministre, avant d’ajouter que la réforme contient par ailleurs un certain nombre de vis de réglages possibles.
Concernant les recommandations de la Commission relatives au système de l’indexation automatique des salaires, Jean-Claude Juncker a dit clairement que le gouvernement n’envisage pas de modifications supplémentaires qui vont au-delà des modulations déjà décidées pour 2012, 2013 et 2014. En particulier, le gouvernement n’entend pas suivre la Commission dans sa proposition de pérenniser la solution trouvée pour les trois prochaines années au-delà de l’année 2015. De même, le Luxembourg n’a pas non plus l’intention de suivre la Commission dans sa critique vis-à-vis du niveau du salaire social minimum, a dit le Premier ministre. Par ailleurs, le gouvernement n’envisage pas de modifications supplémentaires au niveau de l’ajustement des pensions et des rentes, a noté Jean-Claude Juncker, avant de préciser que la révision décidée pour 2013 serait déjà considérable.
En matière de protection du climat, la Commission pointe du doigt les prix relativement bas de l’essence et du diesel au Luxembourg. À ce sujet, Jean-Claude Juncker a dit qu’il n’y aura pas d’augmentation substantielle de ces prix. "Que les produits pétroliers soient achetés au Luxembourg ou en Belgique ne changera en rien à la problématique de la protection du climat", a signalé le Premier ministre, "même si, à long terme, le niveau des prix tend vers le haut".
Le Premier ministre a déploré ensuite que la Commission ne mentionne nulle part le niveau élevé des investissements de l’État, ni d’ailleurs le programme anti-crise de 2009.
Un autre sujet abordé par le Premier ministre fut la situation en zone euro. Jean-Claude Juncker a rappelé qu’il avait été chargé, ensemble avec le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, de faire des propositions en vue d’approfondir l’union économique et monétaire. Parmi les questions qui devront être discutées dans ce contexte, Jean-Claude Juncker a cité l’idée d’une union bancaire en zone euro, qui consiste à rassembler au sein d’une structure européenne les organes nationaux de supervision et de surveillance du système bancaire et à rassembler les systèmes de garantie utilisés en cas de défaut de paiement d’une banque, ainsi que l’idée d’une union budgétaire, qui renferme notamment l’idée des euro-obligations. Il a aussi évoqué l’amélioration de la gouvernance de la zone euro, l’élargissement des compétences d’Eurostat ou encore le rapprochement des systèmes de pension.
Concernant la Grèce, le Premier ministre et président de l’Eurogroupe a signalé que la situation reste préoccupante. "Ce n’est qu’après installation d’un nouveau gouvernement que la situation se calmera, sous condition que la substance du programme d’ajustement ne soit pas changée", a-t-il dit. Pour ce qui est de l’Espagne, il a plaidé pour un rallongement de douze mois du délai dans lequel le pays doit remplir les objectifs de son programme d’ajustement budgétaire. Le président de l’Eurogroupe a conclu à ce sujet que "les mesures de consolidation budgétaire, qui sont sans option, doivent être complétées par des éléments de croissance. Sans croissance, il ne peut y avoir de consolidation budgétaire!" Dans ce contexte, Jean-Claude Juncker a également été chargé avec les présidents Van Rompuy, Barroso et Draghi de faire des propositions lors du prochain Conseil européen.
Enchaînant sur les sujets d’actualité nationale, le Premier ministre a d’abord parlé de l’avenir du Luxembourg. "Je veux que nous discutions de l’avenir du pays, mais je veux qu’on le fasse sans conditions préalables", a dit Jean-Claude Juncker, avant de rejeter l’idée d’une conférence nationale sur l’avenir du pays lancée par l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL). "Une telle conférence ne devrait pas être convoquée sur base des seules propositions de l’UEL", a-t-il noté.
Dans ce contexte, le Premier ministre rencontrera les différentes composantes de l’UEL pour des entretiens individuels d’ici à septembre 2012, tout comme il a aussi l’intention de rencontrer les syndicats, mais aussi la Caritas et les représentants de l’initiative 5vir12. La problématique du chômage des jeunes ainsi que la question de la compétitivité du Luxembourg seront aussi à l’ordre du jour de ces discussions.
Pour ce qui est des aides au logement, le Premier ministre a rappelé que l’ensemble des aides seront soumis à examen. "Il faut déterminer les aides qui ont rempli leur but et celles qui ne l’ont pas fait", a-t-il dit, avant d’ajouter "qu’il y a des économies à faire". Refusant de parler de mesures d’austérité dans ce contexte, Jean-Claude Juncker a dit qu’il s’agit d’augmenter l’efficience des aides.
Concernant le dossier Wickrange/Livange, Jean-Claude Juncker a annoncé qu’un débat d’actualité aura lieu le 13 juin 2012 à la Chambre des députés. À ce moment, le Premier ministre répondra de manière détaillée à l’avis juridique du parti libéral sur un courrier envoyé par trois ministres au nom du gouvernement à deux promoteurs. Rappelant que des reproches très graves ont été formulés à l’égard du gouvernement dans le cadre de ce dossier, Jean-Claude Juncker a signalé qu’il souhaite débattre publiquement de toutes les questions qui se posent dans ce contexte. Ceci inclut aussi pour le Premier ministre une discussion sur la manière dont le gouvernement doit travailler avec les promoteurs et les investisseurs. "Jusqu’à quel point peut-on activement mener une politique économique", a demandé Jean-Claude Juncker.
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