Depuis sa création en 1994, le Point focal luxembourgeois de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) œuvre au développement d’un réseau national d'observation en matière de drogues et de toxicomanies, connu sous le nom de Réseau luxembourgeois d'information sur les stupéfiants et les toxicomanies (RELIS). Outre ses travaux de recherche thématiques, il publie annuellement le rapport national sur l’état du phénomène de la drogue au G.- D. de Luxembourg.
Tendances essentielles
À l’échelle mondiale, le nombre global de consommateurs de drogues est estimé à quelques 200 millions de personnes, ce qui équivaut à peu près à 5% de la population mondiale âgée entre 15 à 64 ans.
Le cannabis reste de loin la drogue la plus consommée (quelque 159 millions de personnes) suivi des stimulants de type amphétamine (quelque 33,5 millions de personnes) incluant les amphétamines (consommées par 33,5 millions de personnes) et l’ecstasy (presque 8,5 millions de personnes). Le nombre de consommateurs d’opiacés est estimé à 16 millions de personnes, dont 11 millions sont des consommateurs d’héroïne. Un nombre estimé de 14 millions de personnes consomment de la cocaïne. Au cours de la dernière décennie, les augmentations les plus importantes, après le cannabis, ont concerné les stimulants de type amphétamine (incluant l’ecstasy), suivis de la cocaïne et des opiacés.
Une évolution similaire s’observe au sein de l’UE. Le rapport 2007 de l’OEDT précise par ailleurs qu’en Europe un optimisme prudent est de mise au vu de la stabilisation récente de la consommation d’héroïne et de cannabis et des taux relativement bas de transmission HIV parmi les usagers de drogues par injection. Le nombre de décès par surdosage affiche toutefois une nouvelle hausse modérée dans un grand nombre d’États membres.
Si à l’échelle micro-géographique le Grand-Duché de Luxembourg partage un grand nombre des tendances observées au niveau européen, il présente toutefois des spécificités nationales.
Tous indicateurs de tendances confondus, les données les plus récentes confirment en effet une stabilisation du nombre d’usagers problématiques de drogues (UPDs) au Grand-Duché de Luxembourg. Cependant, la qualité des drogues vendues sur les marchés illicites au niveau national a connu une dégradation importante ce qui a eu comme conséquence, entre autres, l’augmentation sensible du nombre de seringues distribuées jusqu’en 2004 et une généralisation désormais confirmée de la polyconsommation. Le taux de mortalité des UPDs a diminué significativement depuis l’exécution des plans d’action nationaux en matière de lutte anti-drogue. En 2006, le nombre de victimes de surdosages mortels a connu à nouveau une hausse modérée qui n’annonce cependant pas une hausse générale de la prévalence des UPDs mais est en grande partie à associer aux variations parfois extrêmes des niveaux de qualité des drogues illicites actuellement sur la marché national, à une polyconsommation généralisée incluant l’usage non thérapeutique de médicaments présentant des risques d’interactions potentiellement dangereuses avec les substances illicites consommées.
Des efforts supplémentaires devront être déployés en matière de prévention des maladies infectieuses auprès des usagers de drogues. Si les taux d’infection au HIV/Sida sont bas et stables, il n’en va pas de même pour la prévalence de l’infection HCV (hépatite C) au sein des usagers de drogues et en particulier chez les usagers intraveineux. Les résultats de recherches récentes (Origer et Removille, 2007) basées sur une méthodologie de dépistage sérologique, confirment une prévalence élevée (>70%) au sein de la population des UPDs et des UIDs et plus élevée encore en milieu carcéral.
Vers la stabilité des indicateurs épidémiologiques
Le nombre de contacts des UPDs indexés par les institutions nationales s’est stabilisé à 4.571 en 2006 (2002: 4.701). Dans ce recensement les comptages multiples sont inclus ce qui signifie qu’une personne donnée a pu être indexée plusieurs fois si on tient compte de toutes les institutions spécialisées établies sur le territoire national. Ce chiffre ne représente dés lors pas la prévalence (la taille) effective de la population d’UPDs au niveau national, qui elle, se détermine par des méthodologies différentes. Selon les données issues des études de prévalence les pus récentes, le nombre effectif d’UPDs au Grand-Duché de Luxembourg se situe entre 2.500 et 2.800.
Une proportion croissante d’usagers a contacté des institutions de traitement et moins de personnes sont entrées en conflit avec les autorités répressives pour infraction à la législation anti-drogue. On constate à titre confirmatif que 10% des usagers répertoriés par RELIS ont formulé la première demande de traitement au cours de leur vie auprès d’une institution sanitaire spécialisée (inter-institution) durant l’année 2006 alors qu’en 2005 cette proportion s’élevait seulement à 5%. Cette tendance va de concert avec la récente baisse du nombre de seringues distribuées annuellement par les partenaires du programme d’échange de seringues.
Un profil de consommation en mutation
L’usage intraveineux d’opiacés associé à une polyconsommation généralisée constitue le comportement le plus fréquent parmi les UPDs répertoriés par le réseau institutionnel. Le passage à l’usage intraveineux s’effectue de plus en plus précocement. Le ratio entre usagers intraveineux et non-intraveineux se situe actuellement autour de 2:1. La prévalence de l’usage préférentiel de cocaïne continue néanmoins à progresser, ce qui est en partie lié à une disponibilité accrue sur le marché national.
L'âge moyen des usagers recensés est passé de 28 ans et 4 mois en 1995 à 30 ans et 11 mois en 2006. L’écart entre les usagers les plus jeunes et les plus âgés continue à se creuser, surtout par une hausse de la proportion d’UPDs âgés de 40 ans et plus. On observe pour la première fois que les taux de première consommation de cannabis dépassent les 35% dans la classe d’âgé de 11 à 13 ans. Sur les dix dernières années, on constate que la proportion de ressortissants étrangers parmi les UPDs recensés a témoigné d’importantes fluctuations et affiche une tendance ininterrompue à la hausse depuis 2003.
Mortalité et morbidité associées à la consommation de drogues
L’hépatite C: l’épidémie cachée
La concrétisation des plans d’action 2000-2004 et 2005-2009 a été accompagnée d’une baisse significative du nombre de décès par surdosage au Grand-Duché de Luxembourg qui est passé de 26 cas en 2000 à 9 cas en 2005. Exprimée en nombre de cas de surdoses par rapport à la population générale du Grand-Duché de Luxembourg, cette proportion s’élevait à 1,76 décès par surdose pour 100.000 habitants en 2005. En 2000, ce même taux s’élevait à 5,9 cas par 100.000 habitants. En 2006, on a enregistré 4,13 cas de surdoses fatals sur 100.000 habitants ce qui représente une légère hausse par rapport à l’année précédente ce qui s’observe actuellement dans un grand nombre d’autres États membres de l’UE. Une analyse longitudinale des cas de surdosages survenus entre 1992 et 2006 sur base des données médico-légales disponibles confirme que la quasi-totalité des décès impliquaient la consommation d’héroïne s’inscrivant dans un contexte de polyconsommation. En termes de drogues associées détectées dans les analyses sanguines des victimes, on retiendra avant tout la méthadone et la cocaïne étant entendu que des traces d’alcool et de médicaments de type benzodiazépines sont décelées chez la plupart des victimes.
En termes épidémiologiques les taux d’infection au HBV (hépatite B) et la prévalence des cas HIV/Sida au sein de la population d’UPDs n’évoluent guère. Le taux d’infection HIV parmi les usagers intraveineux se situe depuis plusieurs années autour de 4%. Cependant l’infection au HCV (hépatite C) a témoigné d’une nette progression confirmée par les derniers résultats de recherche (Origer et Removille, 2007).
Disponibilité et qualité des drogues illicites au niveau national
Disponibilité accrue à qualité et prix variables
À l’instar de la situation observée en 2005, la grande majorité des drogues illicites consommées au Grand-Duché de Luxembourg sont originaires des Pays-Bas suivis de la Belgique et du Maroc. L’héroïne consommée au Luxembourg est pour la plupart originaire de l’Afghanistan, du Laos et de Myanmar. La cocaïne distribuée sur le marché national trouve en majorité son origine au Brésil et les STA proviennent prioritairement des Pays-Bas suivis de la Pologne et de la République tchèque. La voie routière demeure prépondérante au niveau de l’acheminement des drogues destinées au marché national ou en transit.
D’importantes variations au niveau des quantités saisies s'observent depuis le début des années 90 et ceci pour presque tous les types de produits. Une analyse longitudinale indique une tendance générale à la baisse jusqu’en 2002 des quantités d’héroïne, de cocaïne et de cannabis. En termes de quantités, les saisies de presque toutes les substances impliquées sont en effet devenues plus importantes depuis 2002 alors que le nombre de saisies est resté stable et le nombre de prévenus impliqués dans des affaires de saisies affiche une tendance à la baisse au cours de la même période. Cette évolution suggère que des quantités plus importantes de drogues illicites sont distribuées par un nombre plus limité de trafiquants. Une majorité confirmée de ces prévenus sont de nationalité étrangère.
Depuis plusieurs années, on assiste au Luxembourg à l’expansion de réseaux de distribution plus structurés à caractère purement commercial et adoptant des stratégies de vente plus agressives. La proportion d’étrangers impliqués dans le trafic des drogues est croissante depuis plusieurs années.
En termes de qualité, les niveaux de pureté des produits dérivés du cannabis, les ATS, les substances de type ecstasy et l’héroïne affichent tous une tendance à la baisse alors que la pureté de la cocaïne jouit d’une certaine stabilité. Toutefois, il s’agira de suivre plus particulièrement les variations remarquables au niveau des puretés minimales et maximales et surtout les concentrations de THC du cannabis ayant atteint des taux allant jusqu’à 25% en 2006. Les prix de rue de l’héroïne et de la cocaïne connaissent des marges très importantes alors que les prix pour les produits de type ecstasy continuent à chuter. Pour ce qui est du cannabis et de ses dérivés, on retient une stabilisation des prix au cours des dernières cinq années.
Stratégie et plan d’action 2005-2009
Des résultats désormais visibles
Les développements en termes de réponses apportées aux problèmes associés à l’usage problématique de drogues sont à mettre en lien direct avec la mise en exécution de la stratégie nationale "drogues" et des plans d’action y associés.
L’objectif général de la stratégie et du plan d’action nationaux est de contribuer à atteindre un niveau élevé de protection en termes de santé publique, de sécurité publique et de cohésion sociale. Le plan d’action repose prioritairement sur deux piliers, à savoir la réduction de la demande et la réduction de l’offre ainsi que sur quatre axes transversaux: la réduction des risques, dommages et nuisances, la recherche et l’information, les relations internationales et finalement les mécanismes de coordination
Au cours des dernières années, les services de consultation et de traitement spécialisés ont été largement adaptés aux réalités et défis nouveaux, ce qui a eu comme conséquence positive et documentée que plus de personnes commencent leur premier traitement à un moment plus précoce de leur carrière d’usager. Les mécanismes de coordination entre les ONG et les autorités nationales compétentes ont été utilement complétés. Une planification pluriannuelle concertée a permis par le biais de plans d’action concrets et transparents d’atteindre une mobilisation de ressources budgétaires significativement plus élevées que lors des années précédant cette première. Pour preuve, le budget global du ministère de la Santé alloué aux services et programmes du domaine des drogues et des toxicomanies, est passé de 1.270.169 EUR en 1999 à 5.770.643 EUR en 2004 ce qui équivaut à un taux de progression de 354%. Le budget 2006, s’élevait à 6.584.000 EUR ce qui représente une croissance supplémentaire de 14,9% en référence à l’exercice 2005. En ce qui concerne le budget 2007, 6.689.000 EUR ont été alloués aux services concernés. En 2000, le nombre de postes ETP conventionnés par le ministère de la Santé et alloués aux structures spécialisées issues du domaine des toxicomanies s’élevait à 30,75; il a atteint 73,5 ETP en 2007.
Si la prévention primaire est au premier plan, on retiendra également des améliorations visibles au niveau des mesures d’intervention précoce. Des efforts importants ont par ailleurs été entrepris au niveau des mesures de réduction de risques et dommages et de la diversification des offres de prise en charge. Les mesures de réintégration socio-professionnelles ont porté leurs fruits au vu des données récentes en la matière. L’offre de traitement de substitution, et les structures bas-seuils se sont développées et continueront à se développer sur la toile de fond de la décentralisation à l’échelle nationale. Il est permis d’avancer que la somme de ces efforts a contribué largement à la stabilisation de la prévalence de l’usage problématique de drogues illicites observée au cours des deux dernières années.
(communiqué par le ministère de la Santé / Point focal OEDT Luxembourg)
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