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Discours
Octavie Modert, Discours à l'occasion du lancement de la première Semaine culturelle luxembourgeoise à Praia, Cap-Vert
16-06-2008

Vers le niveau supérieur
Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Les liens qui lient le Cap Vert et le Luxembourg sont particuliers et empreints d’amitié. Même si cette relation spéciale d’un bel archipel ensoleillé sis en plein océan et d’un petit pays continental au paysage légèrement ondulé est assez récente, elle n’en contient pas moins des similitudes qui nous rapprochent davantage encore.

Malgré son exiguïté – 2586 km2 et 480.000 habitants -, le Grand-Duché de Luxembourg est un authentique État avec une histoire particulièrement complexe. Situé au coeur de l'Europe, entre la France, la Belgique et l'Allemagne, il a participé aux grandes évolutions européennes, à tel point que le passé mouvementé du Grand-Duché est un véritable condensé de l'histoire européenne. Au Moyen-âge, ses princes furent des Empereurs du Saint Empire germanique. Ensuite, le pays a perdu son indépendance et pendant les temps modernes, son territoire était en proie à des scènes guerrières qui ne cessaient de se succéder. Avant d'accéder à l'indépendance au XIXe siècle, le Luxembourg a vécu successivement sous souveraineté bourguignonne, espagnole, française, autrichienne et hollandaise. Pendant la 2e Guerre mondiale, il fut annexé de force par l'Allemagne nazie de Hitler.

Le Luxembourg était toujours un pays pauvre et ce n’est que vers le milieu du XXe siècle qu’il a jeté les bases pour devenir prospère et dynamique. Dès que surgissaient les premières idées européennes, le Luxembourg a joué, et continue de jouer, un rôle catalyseur dans l'unification de l'Europe.

Aujourd'hui, le Grand-Duché est un pays d'immigration, comme vous savez. Ceci n'a pas toujours été ainsi. Avant l'essor de la sidérurgie, le Luxembourg était un pays pauvre et rural dont l'agriculture ne parvenait pas à nourrir une population croissante. De nombreux habitants quittèrent leur patrie au 19e s., d'abord vers le Brésil et l'Argentine, puis surtout vers les États-Unis d'Amérique. D'autres se rendent en France pour y travailler - comme artisans, comme bonnes et gouvernantes. En l’espace d’un demi-siècle, un tiers de la population totale s'est expatriée vers la fin du 19e siècle! (D'importantes colonies luxembourgeoises se forment à l'étranger ... même si le Luxembourg n'a jamais colonisé aucun pays au monde! Certains sont devenus célèbres dans leur nouvelle patrie, tel Hugo Gernsback (1884-1967), l'inventeur du terme de la "science fiction", ou encore William J. Kroll (né au Luxembourg en 1899 et mort en 1973, inventeur du procédé pour produire le titanium sur base industrielle, ou encore le photographe Edward Steichen, conservateur au Moma de New York et créateur e.a. de l'exposition cèlèbre "The Family of Men" et "The Bitter Years".)

Vous le voyez, le Luxembourg et le Cap Vert ont eu, au cours de leur histoire, des expériences similaires, de souffrance et de combat pour leur indépendance et pour leur prospérité. C'est probablement une des raisons pourquoi Capverdiens et Luxembourgeois s'entendent si bien : conscients de leur passé douloureux et pleins d'admiration pour celles et ceux qui n'acceptent pas le sort comme une fatalité, les Luxembourgeois et les Capverdiens unissent leurs efforts pour rendre la vie meilleure à leurs populations respectives.

C'est un hasard heureux qu'au moment même où je vous parle au nom du Gouvernement luxembourgeois, s'ouvre au Luxembourg, dans notre Centre culturel de Rencontre, Abbaye de Neumünster, une table ronde IDAY 2008 sur le thème "L'Éducation en Afrique: nouvelles réalités et enjeux futurs", sous le patronage de Son Altesse Royale la Grande-Duchesse Maria-Teresa et animée par mon collègue le Ministre de la Coopération, M. Jean-Louis Schiltz. Les buts d’IDAY, cette coalition d'organismes – d'organisations non gouvernementales (ONG) ou associations sans but lucratif (asbl) - sont de promovoir le deuxième objectif du millénaire, à savoir l'enseignement primaire gratuit pour tous.

Au Cap Vert, cet objectif "l'éducation primaire pour tous" a d'ores et déjà été atteint. Ceci est dû en premier lieu à la ferme volonté du gouvernement et de la population capverdiennes d’améliorer leur situation et de renforcer leur société du savoir. Le Luxembourg est heureux d'avoir pu contribuer, à sa façon, à ce succès : pas moins de six lycées et écoles techniques ont été construits avec une participation luxembourgeoise.

Et en parlant des nombreux rapports que nous entretenons, ce n’est pas un hasard que de s’attarder sur les liens de coopération entre le Luxembourg et le Cap Vert. Nous sommes fiers que le Cap Vert est le premier pays cible pour le Luxembourg, où les investissements de coopération ont porté de si nombreux fruits.

En 2006, la Coopération luxembourgeoise a été désignée par les bailleurs actifs au Cap Vert comme chef de file («lead donor») dans le secteur de l'éducation, et plus spécifiquement pour tout ce qui concerne l'éducation technique et la formation professionnelle. Pour les années 2006 – 2010, non moins de 40% sont consacrés à l'éducation. La soxciété civile et les ONG y ont largement contribué avec 70 projets.

Le Luxembourg inscrit sa politique de coopération dans une démarche de qualité, à côté d'un engagement ferme pour une augmentation continue de l'aide publique au développement jusqu'à un niveau de 1% du revenu national brut à moyen terme. Déjà en 2007, l'aide publique au développement luxembourgeoise a franchi le seuil de 0,9% du RNB. C’est aussi un élément de fierté pour le Luxembourg.

Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs,

Fier, le Luxembourg peut également l’être pour le foisonnement et le niveau de l’action de ses acteurs culturels :

Je vous ai parlé du Luxembourg d'antan et aussi des relations en matière de coopération avec le Cap Vert. Permettez-moi de dresser maintenant un bref portrait du Luxembourg culturel d'aujourd'hui pour arriver à la première semaine culturelle luxembourgeoise au Cap Vert.

Situé au point de rencontre des mondes roman et germanique, héritier d’une histoire mouvementée, au cœur des conflits fratricides qui ont déchiré l’Europe, engagé dès l’origine avec enthousiasme comme élément moteur de l’édification européenne, le Luxembourg a fait de sa diversité une des bases de sa politique culturelle.

Son multilinguisme (une langue nationale et deux langues officielles, le Luxembourgeois, le Français et l’Allemand), sa situation géographique (frontières communes avec la France, la Belgique et l’Allemagne) et démographique (42% d’étrangers résidents) l’ont conduit à utiliser ces atouts pour être un artisan résolu du dialogue interculturel.

Diversité, vitalité et dynamisme caractérisent donc la vie culturelle au Luxembourg qui se forge un avenir avec une politique culturelle d'avant-garde, dans tous les secteurs d’activité.

Ce développement spectaculaire, symbolisé par l’organisation en douze ans de deux capitales européennes de la culture (Luxembourg, ville européenne de la culture 1995 et Luxembourg et Grande Région, Capitale européenne de la Culture 2007), a laissé des traces visibles et contribué à un épanouissement de la création culturelle au Luxembourg, autant à travers la scène et les acteurs et artistes eux-mêmes que parmi les acteurs institutionnels. La densité de la vie culturelle dans ce petit pays en surprend plus d’un et contribue à changer l’image d’un patelin monolithique de ceux qui ne le connaissaient pas en un univers comblé d’un feu d’artifice artistique et culturel. La proportion d’artistes et d’acteurs, professionnels surtout mais aussi au niveau du bénévolat, remporte toute comparaison européenne. Et je suis heureuse que vous ayez l’occasion, au cours de cette semaine-ci, de vous persuader de la richesse, de l’excellence et de la diversité des acteurs du Luxembourg.

Depuis une bonne quinzaine d’années, le Luxembourg a également mis en place des équipements culturels importants qui sont au service de la création, naturellement ouverte sur les collaborations avec les partenaires européens. Ainsi, dans le domaine du théâtre, parmi les dizaines de productions proposées chaque année au Grand-Duché, le public peut découvrir les répertoires classiques ou contemporains français, allemand, ou luxembourgeois dans leurs langues originales, souvent dans le cadre de coproductions.

L’étonnant multilinguisme du Luxembourg caractérise aussi le domaine littéraire, qui a commencé à se développer timidement au cours du 19e siècle pour connaître aujourd’hui une littérature plurilingue à la hauteur des écrivains internationaux et les auteurs du Luxembourg oeuvrent, voire vivent souvent dans un 2e pays à côté du seul Luxembourg.

Les arts visuels et les lieux d’exposition y consacrés, sont dédiés aussi bien à la création contemporaine, dont la vitalité a été récompensée par la remise du 50e Lion d’Or de la Biennale de Venise 2003 à l’artiste luxembourgeoise Su-Mei Tse, (Musée d’Art Grand-Duc Jean, Casino Forum d’Art contemporain), qu’à la présentation du patrimoine (beaux-arts, archéologie, proto- et préhistoire au Musée National d’Histoire et d’Art) ou du patrimoine naturel (Musée national d’histoire naturelle).

L’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, dirigé par le Français Emmanuel Krivine, réunit des musiciens de premier plan de nombreuses nationalités, au service d’un répertoire laissant une large place à la musique contemporaine. L’Orchestre est en résidence à la Salle philharmonique Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte, dessinée par l'architecte Christian de Portzamparc. Le Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean, aussi appelé Mudam Luxembourg, fut conçu par Ieoh Ming Pei.

En effet, la préservation et la rénovation du patrimoine (quartiers fortifiés inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco, transformation de l’ancienne prison, à l’origine abbaye bénédictine, en Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster dédié au dialogue des cultures, rénovation de la vieille ville…), côtoie l’édification de nouveaux outils au service de la diffusion et de la création artistiques (le Mudam Luxembourg ou la Philharmonie, cités ci-dessus).

La scène musicale est d’ailleurs la discipline la plus côtoyée, et vous pouvez dores et déjà vous persuader de son originalité en écoutant ici-même André Mergenthaler.

Conscient de ses propres ressources culturelles, le Luxembourg n’en est pas moins ouvert aux autres cultures et s’emploie résolument à placer la culture, dans son acceptation la plus large, au centre de son projet de société.

Le premier programme de coopération dans les domaines de l'éducation, de la culture et des sciences entre le Cap Vert et le Luxembourg a été négocié à Praia au mois d'avril de cette année et couvre les années 2008 – 2011. L'objectif majeur d'un accord cultural bilatéral est de favoriser les échanges culturels, de s’employer à connaître les traditions inhérentes à chaque peuple, d’encourager le dialogue entre les nations, et de contribuer ainsi aux relations amicales existantes entre les deux Etats. La composante culturelle composera donc un deuxième pilier dans nos rapports, à côté des relations si essentielles de la coopération.

Ainsi, la 1e Semaine culturelle luxembourgeoise qui est donc le tout premier fruit de cet accord culturel permettra non seulement à divers artistes ou enseignants du Luxembourg de présenter leurs œuvres et leurs expériences au public capverdien, mais sera aussi l’occasion de travailler ensemble avec jeunes et adultes dans des ateliers de musique, de peinture et de photographie qui seront animés tout au long de cette Semaine par Serge Tonnar & Legotrip, Nelson Neves et Joseph Tomassini. La programmation vise donc à offrir un aperçu de différents aspects de la scène culturelle, artistique et pédagogique du Luxembourg et à initier des échanges fructueux avec des artistes et enseignants capverdiens en vue de projets communs futurs.

Je laisserai le soin aux différents intervenants capverdiens et luxembourgeois de présenter tout à l'heure leur partie du programme. Permettez-moi, avant de terminer, de payer hommage ici aux responsables capverdiens, français et luxembourgeois, au Cap Vert et au Luxembourg, d'avoir su monter un programme de qualité, captivant et riche en découvertes. Merci aux autorités du Cap Vert ainsi qu'aux ONG d'avoir accepté d'entrer pleinement dans le jeu pour accueillir cette équipe joyeuse et entreprenante qui se propose de bâtir des ponts entre deux peuples qui se respectent et qui s'estiment et qui brûlent de se connaître mieux encore.

Je vous remercie de votre attention.



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