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La Voix: Monsieur le ministre, que pensez-vous de l'année économique écoulée?
Jeannot Krecké: Ce fut une bonne année économique avec une croissance d'environ 5%, largement supérieure aux autres pays de la zone euro. De plus, le nombre de créations d'emploi a été satisfaisant. Malheureusement, ce tableau a été assombri par une inflation qui s'est brutalement accrue lors du dernier trimestre. Pour 2008, la croissance est estimée à 4,5%, tout en restant attentifs aux éventuelles mauvaises surprises causées au secteur financier par la crise américaine du subprime.
La Voix: Quels seront les grands dossiers pour 2008?
Jeannot Krecké: Les dossiers énergétiques seront au cœur de notre action. Les principaux axes de travail seront la mise en œuvre de la performance énergétique, le plan sur l'efficacité énergétique, les mesures au niveau des énergies renouvelables, ainsi que le réaménagement de l'agence de l'énergie. D'autres dossiers, tels que la poursuite du développement de la logistique, notamment dans la région de Dudelange-Bettembourg, ainsi qu'un plan très ambitieux au niveau des technologies de la santé, en collaboration avec le ministère de la Santé et celui de la Recherche, seront également au programme. Un autre axe de travail visera la restructuration de l'actionnariat au niveau des grands groupes au Luxembourg. Je souhaite cependant rester discret sur les noms des entreprises concernées.
La Voix: Avez-vous des contacts avec des entreprises susceptibles de s'installer au Luxembourg ?
Jeannot Krecké: Il existe plusieurs opportunités dans le secteur à haute valeur ajoutée des services aux entreprises. Certaines entreprises souhaitent étendre leurs activités au Grand-Duché, car les entreprises résidentes se sentent bien dans notre pays. Les négociations avec des entreprises de main-d'œuvre s'avèrent plus délicates car des pays, tels que les républiques de l'Europe de l'Est, ayant un niveau salarial moindre, possèdent des avantages compétitifs au niveau de la production. D'autre part, les restrictions d'aides qui nous sont imposées par l'UE, sont un désavantage par rapport à d'autres régions moins développées comme l'ex-Allemagne de l'Est, avec notamment le secteur de Leipzig qui se développe très rapidement.
La Voix: Quels sont les atouts du Luxembourg?
Jeannot Krecké: Suite à une étude récente, les principales préoccupations des groupes souhaitant s'installer dans un nouveau pays sont les transports et la logistique, suivis d'éléments liés à la qualité de la vie, tels que les infrastructures scolaires ou la sécurité. Le Luxembourg est à même d'offrir ces éléments aux entrepreneurs éventuels.
La Voix: Quelles sont les prochaines missions économiques prévues?
Jeannot Krecké: Les prochains déplacements programmés sont l'Arabie Saoudite en février, l'Asie et Israël au printemps, la Libye, le Kazakhstan au mois de juin, la Turquie en automne et la Thaïlande en novembre. Le but de ces missions est principalement orienté vers la recherche de nouveaux marchés. Actuellement, il n'y a que 12% de notre commerce extérieur qui se situe hors des frontières de l'Union européenne. Certaines missions se résument à un déplacement d'une journée, uniquement sur des demandes spécifiques des entreprises, afin de les aider et de les soutenir. Les destinations de ces missions sont définies conjointement par mon ministère, les entreprises, les institutions et les organismes concernés, au sein de Luxembourg for Business, en collaboration avec Luxembourg for Finance.
La Voix: Le respect d'une politique des droits de l'Homme entre-ils en compte lors du choix des destinations?
Jeannot Krecké: Quels sont les pays respectables, moins respectables ou pas respectables du tout? Où va-t-on tirer le trait? Si nous sommes très sévères, il n'y a que peu de pays avec lesquels nous pouvons commercer. D'autre part, mes contacts restent exclusivement au niveau de mes homologues ministres de l'Économie et nous n'abordons pas ce genre de questions pour lesquels nous ne sommes pas compétents. Cependant il existe certains pays que mes convictions m'interdisent de visiter, tels que l'lran ou la Corée du Nord. En outre, avant tout déplacement, un avis est demandé au ministère des Affaires étrangères et une information est donnée au Premier ministre.
La Voix: Avez-vous connu des échecs lors d'une mission récente?
Jeannot Krecké: Il existe évidemment des missions qui échouent. En décembre, une grande entreprise américaine, pour une raison interne à l'entreprise, a choisi au dernier moment de ne pas choisir et, en conséquence, de ne pas se délocaliser vers le Grand-Duché. La déception, est toujours intense, après avoir cru sincèrement à l'issue favorable du dossier.
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