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> home > Salle de presse > Interviews > 2008 > Janvier 08 > Le Premier ministre, président de l'Eurogroupe, au sujet de la situation économique aux États-Unis et de ses répercussions sur l'Europe, des réformes structurelles dans l'Union, de la Société générale et de la Présidence française du Conseil de l'UE

Interview
Le Premier ministre, président de l'Eurogroupe, au sujet de la situation économique aux États-Unis et de ses répercussions sur l'Europe, des réformes structurelles dans l'Union, de la Société générale et de la Présidence française du Conseil de l'UE
"Europe 1" du 30-01-2008

Vers le niveau supérieur

Europe 1 : Jean-Claude Juncker, bonjour.

Jean-Claude Juncker: Bonjour.

Europe 1: Merci d’être en direct avec nous sur Europe1.

Alors la Réserve fédérale Américaine a baissé cette nuit ses taux pour essayer de doper l’économie américaine. C’est la deuxième fois en huit jours, et apparemment elle est prête à recommencer. Monsieur Juncker rien y fait, la FED semble avoir peur de la récession qui approche aux États-Unis, et vous?

Jean-Claude Juncker: Je crois que l’analyse de la Banque centrale américaine tout comme celle de l’administration Bush est la bonne. Les Américains sont à la veille d’une récession économique, par conséquent tous les moyens doivent être mobilisés pour essayer d’en limiter les effets dévastateurs. Normal que l’administration Bush lance un programme conjoncturel qui porte sur 1% du PIB américain, logique que la politique monétaire réagisse.

Europe 1: Donc la crise américaine continue, elle va continuer?

Jean-Claude Juncker: Non, je crois que ce double paquet qui est politique et qui est monétaire ne va pas manquer de produire ses effets, et donc s’il réussit dans tous ses compartiments, les effets y compris de spill-over comme on dit dans un mauvais franglais sur l’économie réelle européenne resteront limités.

Europe 1: Il y a dix jours, vous disiez qu’une récession ne peut plus désormais être exclue aux États-Unis, avec des conséquences sur la croissance en Europe. Est-ce qu’on n’y est pas là maintenant?

Jean-Claude Juncker: Il résulte de l’analyse doublement américaine, administration et Banque centrale, que la récession est devenue le scénario de base, que ce scénario est crédible. Il résulte de là que la croissance économique en Europe sur 2008 sera inférieure aux performances qui furent celles de l’économie européenne en 2007 et 2006. Je pars de l’idée que l’économie européenne croîtra légèrement en-dessous de son potentiel de croissance en 2008. Nous aurons en 2008 moins de croissance qu’en 2007 et 2006.

Europe 1: Beaucoup moins?

Jean-Claude Juncker: Je crois que l’impact qui est le résultat de l’évolution effrénée des produits pétroliers, de l’évolution des prix au niveau des matières premières, et au niveau des produits d’alimentation, plus les effets de la récession américaine, ça produit un effet considérable.

Europe 1: Alors, le ministre français Jean-Pierre Jouyet, que vous connaissez bien, vient de dire à l’instant:

„Il faut veiller à ce que l’écart de taux entre les États-Unis et l’Europe ne continue pas à diverger.“

Ca vous concerne directement tant que président de l’Eurogroupe. Comment vous répondez?

Jean-Claude Juncker: Je répondrais à mon ami Jouyet qu’il sait très bien que la Banque centrale n’a pas un objectif de taux de change en soi. Il sait très bien que nous sommes en dialogue permanent avec la Banque centrale, puisque la politique des taux d’intérêts relève de la double compétence de la Banque et des gouvernements, et par conséquent nous allons [est interrompu]

Europe 1: Mais est-ce qu’il n’y a rien à faire?

Jean-Claude Juncker: La Banque centrale européenne a pour objectif principal d’assurer la stabilité des prix. C’est là son objectif principal. Elle veillera à ne pas quitter le domaine propre de ses compétences, c’est-à-dire le maintien de la stabilité des prix, tout en ayant sur le radar l’évolution des taux de change, qui bien sûr si l’écart se creusait d’avantage, je veux dire si l’écart se creusait dramatiquement, nous aurions au niveau de la politique de change une situation dont j’estimerais qu’elle deviendrait de plus en plus difficile pour l’industrie exportatrice européenne.

Europe 1: On va essayer d’être concret pour le citoyen qui attend beaucoup [est interrompu]

Jean-Claude Juncker: Excusez-moi.

Europe 1: …des dirigeants, pas du tout, je vous pardonne. Par exemple, vous êtes plutôt, vous étiez hostile à la proposition du premier ministre français, François Fillon, d’organiser une réunion de Chefs d’État et de gouvernement de la zone euro, c’est-à-dire la moitié des 27 pays de l’Union européenne. Est-ce que vous pouvez changer d’avis, pour donner au moins le sentiment que quelque chose se fait, qu’il n’y a pas de l’immobilisme au niveau des dirigeants de l’Europe?

Jean-Claude Juncker: Enfin, il est un peu grotesque de dire qu’il y ait de l’immobilisme au niveau de l’Europe. Je vous décris la situation telle qu’elle est. Il n’y a aucune raison, puisque l’Europe n’est pas en récession, de faire exactement la même politique au mauvais endroit, ce serait en Europe le mauvais endroit, le bon endroit est aux États-Unis. Faire une réunion au niveau de l’Eurogroupe, je veux dire au niveau des Chefs d’État et de gouvernement ne me choque pas comme idée a priori, je voudrais bien faire cela, mais je voudrais savoir de quoi [est interrompu]

Europe 1: Est-ce que c’est ni oui ni non, ou plutôt oui ou plutôt non?

Jean-Claude Juncker: Les réunions ne remplacent pas l’imagination. Il faut savoir quel sera l’ordre du jour exact. Il faudra faire en sorte qu’il y ait par rapport aux réunions normales des ministres des Finances qui discutent les mêmes sujets une réelle valeur ajoutée. On ne va pas faire une réunion pour avoir eu le plaisir de se voir. Je veux du sérieux. Il faut ameubler cette idée avant de pouvoir la mettre en pratique. Ce qui revient à dire, ce qui veut dire que je ne dis pas non comme ça à une idée française.

Europe 1: Vous pourriez dire oui.

Jean-Claude Juncker: Je pourrais dire oui, si l’idée est convenablement ameublée par des éléments de contenu.

Europe 1: Alors, Tony Blair est à Paris, la chancelière Merkel y était hier, lundi soir vous avez vous-mêmes, Jean-Claude Juncker, participé à Londres à une sorte de mini sommet européen avec Messieurs Brown, Barroso, Prodi, Sarkozy. Et les citoyens attendent des initiatives face à leur crainte devant les menaces de l’emploi, les revenus, les retraites etc. Ils ont le sentiment que rien ne vient.

Jean-Claude Juncker: Tout d’abord, depuis que nous avons introduit l’euro, nous avons créé en Europe sur la zone euro 8,5 millions d’emplois. Dans les 8 années précédant l’entrée en vigueur de l’euro, nous en avons créés 3 millions. Les taux d’emplois augmentent, le niveau de chômage baisse. L’Europe a une balance de payements courants excédentaire contrairement aux États-Unis. Dire que l’Europe ne fait rien, est une phrase [est interrompu]

Europe 1: Une injustice, c’est faux et injuste.

Jean-Claude Juncker: Une maladresse d’explication. Nous faisons des choses. Il faut [est interrompu]

Europe 1: Et vous ferez des choses?

Jean-Claude Juncker: Des réformes structurelles sont faites partout, y compris en France. Je ne peux qu’encourager les autorités françaises, le président, le gouvernement, qui n’ont d’ailleurs pas besoin des encouragements, pour poursuivre sur cette lancée des réformes structurelles. La France tout comme l’Europe, mais la France plus que l’Europe, a besoin de réformes structurelles qui vont loin. Le président est très engagé dans cette voie, tout comme le Premier ministre et son gouvernement. Il faut continuer la consolidation des finances publiques. On ne peut pas vivre aux dépends des générations futures, il faut nous-mêmes faire des réformes structurelles et en parallèle assainir nos finances, pour permettre aux jeunes qui sont entrain de se lancer avec leur projet de vie sur les avenues qui mènent vers l’avenir, de pouvoir se promener, de pouvoir courir en de bonnes conditions.

Europe 1: Avec votre réputation et votre renommée on écoute effectivement ce que vous dites, et qui est une sorte de soutien aux réformes. Est-ce que vous estimez-vous comme la commission de Bruxelles que les réformes ou une partie des réformes proposées par le commission Attali pourraient augmenter la croissance en France?

Jean-Claude Juncker: Il faut faire des réformes structurelles qui à moyen terme ont pour effet d’augmenter le potentiel de croissance. Et dans le cortège de toutes les réformes alignées par la commission Attali, et par monsieur Attali lui-même, il y a nombre de réformes qui feront le plus grand bien à la France si la France et ses dirigeants, son parlement, toutes ses familles politiques pouvaient adhérer à l’élan qui leur est proposé par monsieur Attali.

Europe 1: Alors, Jean-Claude Juncker, il y a quelques jours vous trouviez que les banques françaises étaient solides. Est-ce que vous dites maintenant que l’affaire de la Société générale est pour le système financier français et international une sorte d’alerte ou d’avertissement?

Jean-Claude Juncker: J’ai la conviction que le système bancaire français est solide. Je ne vois aucun élément qui me permettrait de croire que tel ne serait pas le cas. Je reste tout de même bouche bée, étonné, devant ce qui nous est proposé comme explication du phénomène qui a frappé la Société générale.

J’en déduis de ces faiblesses prudentielles et de surveillance qu’il faudra qu’en Europe et en France nous nous concentrions sur l’amélioration des systèmes de surveillance tant internes qu’externes. Tout cela est très, très surprenant.

Si cela arrivait dans un ministère, dans une préfecture, je ne sais pas où, on essaierait de détecter immédiatement les vrais responsables, on demanderait au ministre de démissionner, il entraînerait dans son départ un ministre délégué et un secrétaire d’État. Je constate que dans le secteur privé, et contrairement à ce que l’on dit, la réaction n’est tout de même pas de l’ordre de celle qui serait demandé au monde politique [est interrompu]

Europe 1: C’est-à-dire qu’on protège. Vous vous auriez vu le départ de toute l’équipe de la Société générale?

Jean-Claude Juncker: Non, non, je constate [est interrompu]

Europe 1: Des mœurs différentes ?

Jean-Claude Juncker: La réactivité différente. Si dans un ministère un évènement de ce type se produisait, on demanderait au ministre de quitter sa fonction. Et le secteur privé est très souvent le premier à demander des conséquences et des sanctions. Je constate la différence. Là il y a un problème qui frappe une grande société du secteur privé. On a plus tendance à s’adresser à l’État que de résoudre par ses propres moyens le problème qui a été créé.

Europe 1: En France, Jean-Claude Juncker, on entend qu’il faut recapitaliser ou il faudra recapitaliser la Société générale, et l’adosser peut-être à un groupe puissant. Si une banque européenne italienne, espagnole, je ne sais pas, ou russe, ou un groupe européen intervenait en France, est-ce que vous vous seriez choqué?

Jean-Claude Juncker: Je ne serais pas choqué du tout. Moi je, connaissant bien la mentalité de la France profonde, je sais qu’il y a une préférence en France, et toujours pour voir les grands groupes français rester, comme on dit, entre des mains françaises. Mais nous vivons dans la logique du marché intérieur, nous avons éliminé entre nous toutes les entraves et barrières généralement quelconques, et qu’un groupe étranger qui ne doit pas avoir de sentiments hostiles à l’égard de la Société générale, aide à recapitaliser cette grande banque française qui reste tout de même une grande banque, cela ne me gênerait aucunement.

Europe 1: Vous voulez dire que dans ce domaine le patriotisme économicofinancier n’a pas trop de sens?

Jean-Claude Juncker: Non! Non, je ne dirais pas ça. Je ne voudrais pas que la Société générale verrait s’infiltrer dans le cortège de ses actionnaires et de ses récapitilisateurs, des éléments qui lui seraient fondamentalement hostiles.

Mais si quelqu’un venant de l’étranger, voulant faire des belles choses ensemble avec la France et les Français et la Société générale, pourquoi est-ce que cela me gênerait? Je comprendrais tout à fait qu’on élimine du jeu tous ceux qui nourrissent à l’égard de la France et de la Société générale des sentiments hostiles. Mais si quelqu’un vient d’amical ayant un beau projet économique à proposer, pourquoi le refuser? Seulement parce qu’il n’est pas français? Cela n’est plus sérieux, et ce n’est plus de notre temps.

Europe 1: A partir du 1er juillet la France va présider les 500 millions de citoyens des 27 pays de l’Union européenne. Qu'est-ce que vous attendez de Paris, même si on sait que toute l’Europe ne va représenter environ que le tiers de la population indienne et de la population chinoise, Monsieur Juncker?

Jean-Claude Juncker: Nous sommes en Europe 500 millions à attendre la présidence française, mais il faut savoir que les Européens ne représentent plus le centre de la planète, bien que nous pensions toujours que nous puissions donner des leçons à la planète entière. D’ici 50 années Européens et Américains pris ensembles, constitueront un groupe de 500 millions d’hommes et de femmes qui sera face à 8 milliards d’hommes et de femmes qui ne seront pas Européens. Par conséquent, j’invite toujours l’Europe et moi-même à la modestie.

Ceci dit, la présidence française intervient à partir du 1er juillet à un moment important du développement européen. Nous connaissons les problèmes économiques qui sont devant nous. Il s’agira maintenant, si les traités réformateurs de Lisbonne étaient ratifiés, de les traduire en réalité, de prendre toutes les décisions d’exécution qui doivent être prises. Il y a les problèmes du changement climatique, la politique de l’énergie [est interrompu]

Europe 1: L’immigration peut-être.

Jean-Claude Juncker: Une nouvelle politique de défense en Europe, qui est une grande priorité de la présidence française. Donc la France aura du travail.

Europe 1: Nous en reparlerons, Monsieur Juncker. Un dernier mot. La clé pour restaurer la confiance perdue, la clé, qu’elle est-elle et qui l’a aujourd’hui?

Jean-Claude Juncker: Il faut donner aux consommateurs la bonne explication. Et la bonne explication est de dire, que les problèmes auxquels nous sommes confrontés ont pour origine les États-Unis, et que la réponse à la crise, notamment à la crise financière doit venir des États-Unis. Il n’y a aucune raison pour que les consommateurs, y compris français, perdent confiance. Au contraire, il faudrait que les consommateurs consomment pour ne pas prolonger vers tous les secteurs de l’économie la crise financière que nous observons. Mon encouragement serait de dire: „De grâce, consommez.“

Europe 1: Voilà, et bien on va retenir le conseil de Jean-Claude Juncker. Merci d’avoir été avec nous sur Europe1 et à très bientôt.

Jean-Claude Juncker: Merci et au revoir.



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