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> home > Salle de presse > Interviews > 2008 > Octobre 2008 > Jean-Claude Juncker au sujet de la situation sur les marchés financiers

Interview
Jean-Claude Juncker au sujet de la situation sur les marchés financiers
"Europe 1" du 01-10-2008

Vers le niveau supérieur
Jean-Pierre Elkabbach: Monsieur le Premier ministre Juncker, bonjour.

Jean-Claude Juncker: Bonjour.

Jean-Pierre Elkabbach: Merci d’être avec nous sur Europe 1. Le Luxembourg, c’est-à-dire vous, la France et la Belgique ont sauvé ensemble la banque Dexia d’une faillite annoncée. Le Benelux a renfloué Fortis, la Grande-Bretagne B&B. Est-ce que ce matin les banques de la zone Euro sont hors de danger?

Jean-Claude Juncker: Je constate que ce matin la confiance semble être revenue. Les gouvernements ont démontré, en agissant comme ils l’ont fait, qu’ils savent se concerter pour éviter que le système bancaire européen n’entre en crise. Nous avons été efficaces au cours de ce week-end.

Jean-Pierre Elkabbach: Mais il n’y a pas de risques de faillites de banques européennes?

Jean-Claude Juncker: Le secteur bancaire européen est plus fort que le secteur bancaire américain. Toujours est-il que des risques pèsent sur des segments entiers des places financières européennes, mais nous sommes préparés à réagir. Nous avons réagi, et je crois qu’aucun gouvernement ne laisserait tomber en faillite une grande banque européenne, puisqu’une telle faillite déclencherait une vague qui déferlerait, en supprimant les emplois [...]

Jean-Pierre Elkabbach: Donc, il n’y a pas de menace ce matin. Mais [...]

Jean-Claude Juncker: Il n’y a pas de menace et les Européens peuvent avoir confiance dans le système bancaire.

Jean-Pierre Elkabbach: Alors, vous avez dit qu’il y avait des réactions, mais au début, les réactions, c’était plutôt du chacun-pour-soi. Est-ce que la solution passe par une réponse nationale?

Jean-Claude Juncker: Il est vrai qu’il y avait du chacun-pour-soi. Bien que dimanche nous ayons sauvé, si j’ose dire, Fortis à trois – les trois gouvernements du Benelux – puis, de la nuit du lundi au mardi, Dexia ensemble avec nos collègues et amis français. Nous avons beaucoup parlé dimanche aux Allemands, qui étaient en train de régler leurs problèmes avec un établissement hypothécaire, et nous avons tous parlé à Jean-Claude Trichet.

Donc, il y avait tout de même une concertation parmi les membres de l’Eurogroupe qui fonctionnait bien. Toujours est-il qu’il y a des particularités dans les solutions que nous proposons, même si nous les proposons à plusieurs. Et je crois qu’il faudra que nous systématisions davantage les réponses européennes, les filets de sauvetage, les mécanismes de sortie, et à qui nous allons nous appliquer [...]

Jean-Pierre Elkabbach: Jean-Claude Juncker, est-ce que l’Eurogroupe serait capable de monter, et aussi vite qu’aux États-Unis, une sorte de plan Paulson, un plan Trichet, un plan Juncker?

Jean-Claude Juncker: Nous n’avons pas besoin de plan Juncker, parce que le problème que nous avons à traiter en Europe n’a pas la même dimension dramatique que le problème américain. Et pour le reste, vous me faites sourire quand vous me dites que les États-Unis étaient vites à réagir. Le paquet n’est toujours pas adopté. Je crois que nous, qui sommes normalement beaucoup [...]

Jean-Pierre Elkabbach: Ils ont organisé un plan, mais ils ne l’ont pas adopté.

Jean-Claude Juncker: Oui. Normalement nous sommes un peu plus lents que les Américains, mais, enfin, là je suis prêt à toutes les comparaisons.

Jean-Pierre Elkabbach: Comment est-ce que vous jugez le système bancaire français? Est-ce qu’il est aussi solide, fiable et viable que le disent les grands banquiers et assureurs français?

Jean-Claude Juncker: Moi, je sais ce que le Premier ministre, Monsieur Fillon, dit du système bancaire. Je connais l’avis de Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, et je sais que le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, ils ont tous confiance dans la solidité du système bancaire français. Le Premier ministre Fillon a été ultraclair hier, il n’y aura pas de faillite bancaire en France.

Jean-Pierre Elkabbach: Et vous le croyez?

Jean-Claude Juncker: Je le crois, parce que je sais qu’il reflète dans ses propos une réalité dont j’ai pu constater l’existence.

Jean-Pierre Elkabbach: Monsieur le Premier ministre, hier l’Euro a baissé beaucoup face au Dollar à cause de la tempête financière. Ce mouvement de baisse de l’Euro et de hausse du Dollar, à votre avis, est-ce qu’il va continuer?

Jean-Claude Juncker: Je ne participe jamais à ce petit jeu, qui consiste à prédire les cours de change mondiaux [...]

Jean-Pierre Elkabbach: Cependant ?

Jean-Claude Juncker: Il n’y a pas de „cependant“. Je ne donne jamais des commentaires publics sur les taux de change, sauf pour dire que nous n’aimons pas la volatilité excessive des cours de change, et que nous voudrions que les acteurs économiques et les marchés financiers prennent mieux en considération les données fondamentales des économies.

Jean-Pierre Elkabbach: Tous les citoyens de l’Europe craignent aujourd’hui les conséquences de la crise financière sur leur vie quotidienne, sur leur emploi. Est-ce qu’elle aura des conséquences?

Jean-Claude Juncker: Probablement aura-t-elle des conséquences, mais ces conséquences seront beaucoup moins graves, parce qu’il y a l’Europe. Imaginez-vous les réactions des différents pays européens s’il n’y avait pas l’Euro. Imaginez-vous le chaos, dans lequel d'ores et déjà nous serions installés s’il n’y avait pas cette discipline qu’impose l’Euro, et qui nous oblige à nous concerter et à marcher ensemble, à agir ensemble. Chacun-pour-soi, c’était hier, tous ensembles, c’est l’Europe d’aujourd’hui.

Jean-Pierre Elkabbach: Et pour la croissance, Monsieur Juncker, on dit que pour 2009 il faut s’attendre à une croissance de moins de 1%. 0,7%, 0,8%, -0,7%, -0,8%?

Jean-Claude Juncker: Je crois que les prévisions de croissance pour 2009 doivent être revues et corrigées vers le bas. La croissance mondiale n’est pas en panne, mais se voit tout de même freinée dans son élan. La croissance dans les grands pays de la zone Euro, France, Italie, Allemagne, ralentira et donc nous aurons probablement en 2009 une croissance inférieure à 1% sur l’ensemble de la zone Euro, ce qui est loin du potentiel de croissance de la zone Euro qui est à 2%, et que nous devons rejoindre le plus rapidement possible.

Jean-Pierre Elkabbach: Vous dites, vers le bas. Donc moins de 1%, si j’ai bien entendu?

Jean-Claude Juncker: Autour de 1% me semblerait plausible.

Jean-Pierre Elkabbach: La crise a en tout cas démontré de manière flagrante, Monsieur le Premier ministre, le retour du politique et le retour de l’État. Est-ce que c’est pour longtemps, ou est-ce que c’est simplement dans l’affolement des circonstances?

Jean-Claude Juncker: Je constate que les idéologies meurent quand la réalité revient. Et je constate que ceux qui, au cours des décennies écoulées, nous ont toujours rappelés à l’ordre, nous, États, gouvernements, pour nous dire qu’il faudrait que nous nous occupions de nos affaires, et que nous laissions au marché les choses sérieuses – aujourd’hui ils se taisent. Les gouvernements sont de retour. Je ne m’en félicite pas, mais je le constate.

Jean-Pierre Elkabbach: Oui.

Jean-Claude Juncker: Les gouvernements existent, et les marchés ne sont pas capables de produire le minimum de solidarité qu’il faudrait pour nous sortir de la crise financière. C’est le gouvernement et l’action politique qui doivent le faire.

Jean-Pierre Elkabbach: Quand ça va mal, on appelle les États pour éteindre les incendies du marché, les États pompiers ?

Jean-Claude Juncker: J’ai toujours constaté, mais vous le verrez demain lorsque tout aura trouvé une solution, que les esprits néo-libéraux, les détenteurs, les protagonistes de la pensée unique reviendront et feront comme si rien n’avait été.

Jean-Pierre Elkabbach: Oui, mais il faut d’abord surmonter la crise. Combien de temps faudra-t-il pour la surmonter, et pour que les effets en soient absorbés?

Jean-Claude Juncker: Je crois que nous avons de longs mois devant nous avant de pouvoir dire que tous les problèmes soient résolus.

Jean-Pierre Elkabbach: Est-ce que vous demanderez au congrès de Washington que les élus américains votent enfin le plan Paulson réaménagé?

Jean-Claude Juncker: Nous, les gouvernements français et allemand et moi-même comme président de l’Eurogroupe, avons répété, qu’il faudrait absolument que les États-Unis adoptent ce plan Paulson. Il redonnerait confiance. Et le fait de prolonger son vote ajoute à l’insécurité et au manque de confiance, qui sont déjà les grands problèmes des marchés financiers.

Jean-Pierre Elkabbach: D’autant plus les épargnants sont inquiets, qu’il faudrait les protéger?

Jean-Claude Juncker: Je crois que tout responsable politique, qu’il soit américain ou européen, doit avoir à l’esprit que nous n’avons pas le droit de détruire l’épargne populaire, qui est le fruit du travail des hommes. Dépêchez-vous, Messieurs à Washington !

Jean-Pierre Elkabbach: Oui, une bonne information. Vous avez salué l’initiative du président Sarkozy d’organiser en novembre un G8 probablement élargi. Vous y êtes favorable. Et, quand est-ce que vous serez à Paris? Vendredi, samedi?

Jean-Claude Juncker: Nous avons une réunion préparatoire pour le G8 élargi samedi après-midi à Paris. J’applaudis des deux mains l’initiative du président Sarkozy, qui présente une Union européenne qui veut prendre le leadership mondial en matière de mise en place de mécanismes anti crise financière. Il est évident que les G7, les suspects habituels, si j’ose dire, ne sont pas à même de résoudre eux-mêmes l’ensemble des problèmes. Il faut ajouter d’autres acteurs, le Brésil, l’Arabie saoudite, l’Inde.

Jean-Pierre Elkabbach: La Chine ?

Jean-Claude Juncker: La Chine, bien sûr. Et il faut préparer cette réunion en tant qu’Européens entre nous pour que, lorsque cette réunion aura lieu au mois de novembre ou [...]

Jean-Pierre Elkabbach: Le G8…

Jean-Claude Juncker: …ou à la fin de l’année, l’Europe puisse argumenter et plaider ses propres conditions auprès des autres.

Jean-Pierre Elkabbach: Un mot, avec quel président américain, puisque le successeur de George Bush aura été élu? Est-ce qu’on peut imaginer les deux participants?

Jean-Claude Juncker: Si la réunion avait lieu après les élections américaines, il me semblerait normal que nous discutions d’abord avec le président qui reste en fonction, mais que nous cherchions des moyens informels de dialogue avec le nouveau président. Cela me [...]

Jean-Pierre Elkabbach: Monsieur Juncker, est-ce qu’il faut plus d’Europe, aujourd’hui, et est-ce que l’Europe va sortir ou pas renforcée de cette crise venue d’outre-Atlantique ?

Jean-Claude Juncker: Évidemment, il faut plus d’Europe, puisque le chacun-pour-soi national nous mènerait, tous les pays d’Europe, droit dans le mur. Oui, il faut plus d’Europe, parce que, qui parlerait d’une façon crédible aux Américains, aux Indiens, aux Chinois, si ce n’étaient les représentants de l’Europe ?

Nos États membres sont devenus trop petits pour pouvoir évoquer les problèmes, dont nous voulions que les autres prennent connaissance, avec autorité. Donc, oui, il faut plus d’Europe. Il faut plus d’Europe parce que, à la fin du siècle seulement 3% de la population mondiale sera européenne, alors qu’au début du 20e siècle elle représentait 20%. Oui, il faut plus d’Europe, parce que nous sommes trop petits sans l’Europe.

Jean-Pierre Elkabbach: Merci, Monsieur Juncker, pour votre intervention sur Europe 1 ce matin.



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