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Interview
Jean-Claude Juncker au sujet du plan d'action concertée des pays de la zone euro
"RTL France, Le Matin" du 13-10-2008

Vers le niveau supérieur
Jean-Michel Apathie: Les 15 pays de la zone euro - l’Eurogroupe que vous présidez, Jean-Claude Juncker - ont décidé hier que les États garantiraient les échanges financiers entre les banques et empêcheraient la faillite des principaux établissements bancaires qui se trouveraient menacés. Peut-on parler, Jean-Claude Juncker, du plan de la dernière chance?

Jean-Claude Juncker: C’est un plan qu’il fallait adopter et articuler, parce qu’il fallait faire vite, parce qu’il fallait agir d’une façon coordonnée, parce qu’il fallait agir d’une façon complète [interrompu]

Jean-Michel Apathie: Parce que les marchés financiers vous y contraignaient?

Jean-Claude Juncker: Non, le bon sens nous y poussait. Nous sommes en train de traverser une très grave crise financière. Il ne faut pas, bien que l’économie réelle soit déjà atteinte, que cette crise financière se transforme en crise économique intégrale. Il faut tout faire pour éviter qu’une véritable crise politique naisse à partir de cette double crise financière et économique.

Nos concitoyens en Europe ont peur et n’ont plus confiance en rien. Comment pourraient-ils avoir confiance en quelque chose, si les banques ne se font plus confiance entre elles? Il y a donc un danger de risque politique systémique, si on ne prend pas garde.

Jean-Michel Apathie: Est-ce que vous espérez qu’aujourd’hui les marchés financiers réagiront positivement au plan que vous avez annoncé hier?

Jean-Claude Juncker: Je n’ai pas l’œil rivé sur les bourses ce matin. Tout d’abord il faut savoir que les bourses sont fermées au Japon et aux États Unis. Donc, nous sommes pratiquement seuls avec les bourses européennes, tout va donc se concentrer sur l’Europe; c’est une journée atypique. Et pour le reste, les différents gouvernements nationaux vont annoncer leurs plans nationaux en cours d’après-midi. Ce n’est qu’alors qu’on aura une impression sur le volume intégral des engagements des États.

Jean-Michel Apathie: Les plans de soutien ou de recapitalisation des banques se chiffrent par centaines de milliards d’euro. Les États européens sont déjà très endettés. Est-ce qu’ils ne risquent pas de perdre de la crédibilité en garantissant des mouvements interbancaires, que leurs richesses et leurs niveaux d’endettement ne leur permettaient pas de garantir?

Jean-Claude Juncker: Il faut savoir que nous ne devons pas élargir les dépenses publiques. Toutes les règles du pacte de stabilité restent valables, bien que nuancées, et disposant depuis la réforme du pacte d’une grille de lecture plus économique.

Nous n’agissons pas à chaque fois que nous réagissons sur une crise avec des instruments budgétaires. Il y a beaucoup d’instruments extra-budgétaires, et beaucoup d’instruments qui impactent sur la dette publique et non pas sur les budgets annuels immédiats. D’autant plus, ce n’est pas gratuit. Les banques qu’on assistera devront payer. Les États ne s’engagent pas en prenant sur leurs épaules tous les risques. Non, non, non.

Jean-Michel Apathie: Mais si les États veulent entrer dans le capital des banques, il faudra qu’ils s’endettent encore, alors qu’ils le sont déjà beaucoup, pour la plupart d’entre eux.

Jean-Claude Juncker: Mais, ils auront des actifs dans leurs poches. Nous au Luxembourg, ensemble avec la France et la Belgique, nous avons fait tout ce qu’il fallait faire pour sauver Fortis et Dexia. Mais l’argent que l’État luxembourgeois, par exemple, a mis, n’est pas de l’argent perdu, puisque nous avons eu des contreparties, et nous avons des rémunérations exigeantes.

Jean-Michel Apathie: La crise financière n’est que le prélude à une crise économique dont on constate déjà les premiers effets. Redoutez-vous une récession en Europe et dans la zone de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker?

Jean-Claude Juncker: C’est la raison pour laquelle il fut essentiel que hier soir nous nous soyons mis d’accord sur le principe d’accorder des garanties publiques lorsque les banques lèvent de nouveaux fonds pour pouvoir alimenter l’économie réelle.

Lorsque les prêts interbancaires ne fonctionnent plus, lorsque les banques n’arrivent plus à lever des fonds, il faut accorder à tout prix des garanties, pour que l’économie réelle puisse garder son rythme, ou même le corriger vers le haut. Si nous parlons [interrompu]

Jean-Michel Apathie: Et vous pensez qu’on évitera la récession?

Jean-Claude Juncker: Je crois que, si tous les acteurs réagissaient d’une façon responsable, c’est-à-dire moins irrationnelle, nous éviterions la récession. Nous devons savoir que, si nous continuons à nous comporter d’une façon strictement irrationnelle, nous tuerons le système, nous mettrons à mal les plus vulnérables parmi nos populations.

Ayons à l’esprit qu’il ne s’agit pas de sauver des banques, qu’il ne s’agit pas de faire des cadeaux aux banquiers. Il s’agit de faire en sorte que les consommateurs, que les investisseurs puissent continuer à fonctionner d’une façon rationnelle. Il s’agit de tout faire pour qu’il y ait encore une croissance, pour qu’il puisse y avoir de l’investissement, et pour qu’il puisse y avoir de la création d’emplois. Si on reste les bras croisés, tout s’écroule et ce sont les plus humbles, ceux qui ont des ressources très peu élevées, qui seront les premières victimes.

Jean-Michel Apathie: La France a construit son budget 2009. La France est un pays important dans la zone euro que vous présidez, Jean-Claude Juncker [interrompu]

Jean-Claude Juncker: Il n’y a pas de pays peu importants dans la zone euro.

Jean-Michel Apathie: Mais c’est un pays important, c’est une économie importante [interrompu]

Jean-Claude Juncker: C’est le moins qu’on puisse dire, oui.

Jean-Michel Apathie: Merci de le reconnaître. Elle a bâti son budget en prévoyant 1% de croissance dans l’année prochaine. Ca vous semble réaliste, Jean-Claude Juncker?

Jean-Claude Juncker: Tous les budgets, qui ont été présentés dans les différents États membres de la zone euro, importants ou moins importants, partent du principe qu’il y aurait un léger niveau de croissance.

Jean-Michel Apathie: Par exemple au Luxembourg, vous prévoyez combien?

Jean-Claude Juncker: 3%, oui [interrompu]

Jean-Michel Apathie: Vous êtes optimiste.

Jean-Claude Juncker: Nous sommes moins importants que la France, mais nous nous portons mieux.

Jean-Michel Apathie: Mais c’est très bien, on est content pour vous.

Jean-Claude Juncker: Oui, inspirez-vous.

Jean-Michel Apathie: On va vous copier.

Jean-Claude Juncker: C’est difficile.

Je crois que la croissance européenne sera de très faible niveau en 2009. Reste à voir comment les différents pays, et les différentes situations nationales vont réagir au ralentissement conjoncturel. Mais si la croissance, sur lequel le budget français prend appui, ne se réalisait pas, il faudra voir du côté de la réarticulation des dépenses, comment il faudra réagir.

En plus nous avons prévu que les budgets nationaux peuvent laisser jouer les stabilisateurs automatiques. On ne va pas faire un excès de réduction des dépenses dans la crise.

Jean-Michel Apathie: Vous acceptez l’idée que les critères de Maastricht, dont les critères de 3% de déficit par rapport au PIB, ne soient pas respectés l’année prochaine?

Jean-Claude Juncker: Non, je n’accepte pas ce principe. Votre question est simple, la réponse est beaucoup plus difficile.

Jean-Michel Apathie: Mais vous n’acceptez pas le principe, c’est ce qu’on retiendra de votre réponse, qui est très simple pour le coup.

Jean-Claude Juncker: On ne peut pas la résumer à ce point. J’ai dit que les stabilisateurs automatiques peuvent jouer. J’ai dit que le pacte de stabilité mérite une grille de lecture plus économique. On ne va pas tuer l’État, en faisant des excès de réduction de dépenses, mais on ne laissera pas filer les déficits.

Jean-Michel Apathie: Comment est-ce que vous trouvez Nicolas Sarkozy dans la crise?

Jean-Claude Juncker: C’est un pilote qui sait agir vite, et qui sait changer de direction lorsque la situation l’exige. Il est à la hauteur de sa tâche.

Jean-Michel Apathie: Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, était l’invité sur RTL ce matin.



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