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Interview
"Les attaques contre le secret bancaire ne m’effraient pas trop". Jean-Claude Juncker au sujet du secret bancaire et de la crise financière
"24heures" du 14-11-2008

Vers le niveau supérieur

24heures: Aujourd’hui, le Luxembourg et la Suisse sont violemment attaqués à cause du secret bancaire. Qu’en dites-vous?

Jean-Claude Juncker: Je suis habitué à ces attaques qui reviennent régulièrement à chaque fois que la situation interne devient plus difficile chez les autres. Cela ne m’effraie pas trop car je n’ai jamais considéré que le fait de disposer sur son territoire fiscal du secret bancaire voudrait dire qu’un pays pratiquant le secret bancaire serait automatiquement un paradis fiscal.

Le Luxembourg n’est pas un paradis fiscal, la Suisse est beaucoup moins paradis fiscal que ne le disent ses détracteurs. Et le simple fait de voir figurer dans sa législation interne le secret bancaire n’est pas suffisant pour caractériser un pays comme étant un paradis fiscal.

24heures: Y a-t-il un lien quelconque entre la crise financière actuelle et le secret bancaire?

Jean-Claude Juncker: Dire que les pays à secret bancaire seraient à l’origine de la crise économique et financière relève d’un sens poussé de l’humour éternel. En matière de blanchiment d’argent, la Suisse et le Luxembourg sont au moins aussi vertueux que les grands pays qui les entourent - Je n’aime pas ces explications simplistes.

Les pays à secret bancaire ne sont pas à l’origine de la crise. Le secret bancaire n’existe pas aux États-Unis. Qui peut dire et prétendre que la crise serait partie de la Suisse et du Luxembourg parce qu’ils ont un secret bancaire et non pas des États-Unis parce qu’ils n’en ont pas?

24heures: Avec les débats qui s’annoncent, la Suisse pourra-t-elle toujours compter sur l’appui du Luxembourg?

Jean-Claude Juncker: Nous avons toujours participé aux efforts de l’Union européenne pour parvenir à une imposition convenable du capital et pour ne pas trop alourdir l’imposition du facteur travail. Nous avons conclu en Europe une directive sur la fiscalité de l’épargne. La Suisse l’a acceptée sans l’avoir négociée, parce qu’elle n’est pas - lourde erreur - membre de l’UE.

Il faut voir dans quelle mesure cette directive correspond aux besoins d’aujourd’hui, s’il faut l’élargir, l’approfondir, l’intensifier. Mais il faudra que nous disions, nous, Suisses et Luxembourgeois, que oui nous sommes d’accord pour discuter, mais qu’avant de changer quoi que ce soit, on nous prouve que le système que nous appliquons en Suisse, en Autriche, en Belgique au Luxembourg et qui repose sur les retenues à la source est moins performant que le système reposant sur l’échange d’informations.

Moi je n’ai peur d’aucun débat. Je suis prêt à échanger nos points de vue avec ceux des autres et nous verrons quel système est le meilleur. Nous ne pouvons pas partir de l’idée que jamais Suisse, Autriche, Luxembourg et d’autres n’auraient d’ajustements à apporter à leur application du secret bancaire. Mais que les autres ne s’y trompent pas, tant qu’il n’est pas prouvé que leur système est meilleur, plus juste, plus efficace et performant que le nôtre, tant que cela ne sera pas prouvé pièce à l’appui, pourquoi renoncerions-nous au système qui est actuellement le nôtre?

24heures: Comment réagissez-vous aux propos très durs du ministre allemand des finances, Peer Steinbrück, contre la Suisse qu’il souhaiterait voir figurer sur la liste noire des paradis fiscaux?

Jean-Claude Juncker: En lui faisant savoir, par l’échange de propos directs, que je n’accepte pas qu’on traite un pays ami comme la Suisse de cette façon-là.

24heures: Le secret bancaire n’est-il pas condamné à terme?

Jean-Claude Juncker: Ça dépendra d’une multitude d’évolutions. La place financière suisse, le centre financier luxembourgeois, seraient bien inspirés de ne pas donner l’impression que leurs seuls fondements et la seule explication de leurs performances seraient le secret bancaire.

Le centre financier luxembourgeois, qui est septième ou huitième du monde, doit son succès à la durée et à l’excellence des produits financiers qu’il met à disposition des investisseurs. Il doit son succès à l’expertise de ceux qui le dirigent.

Moi je ne dirais jamais que le centre financier luxembourgeois ou la place financière suisse couleraient si l’on abolissait le secret bancaire. Le seul problème c’est que je n’accepte pas de dire ce que je dois faire sur ce point. Je fais ce que je veux avec de bons arguments. Si je devais avoir l’impression que mes arguments vont faiblissant et que les autres ont plutôt raison, je ferais ce qu’ils veulent, à condition qu’ils aient d’abord fait ce que j’aurais voulu.

24heures: Qu’attendez-vous du nouveau président américain.

Jean-Claude Juncker: Le président Obama a été élu par les Américains, pas par les Européens. Il défendra les intérêts de l’Amérique, comme ces prédécesseurs. Les Européens ne doivent pas se faire d’illusion, même si le président Obama devrait marquer un retour au multilatéralisme. Mais il va vous confronter à des exigences auxquels Bush ne nous a jamais confrontés, il va nous demander d’être plus présents en Afghanistan. Sur le plan commercial, il aura sans aucun doute une approche beaucoup plus protectionniste que Bush. Le dialogue sera plus facile, mais la solution des problèmes sera d’autant plus ardue.

24heures: En tant que président de l’Eurogroupe, vous vous opposez à un plan de relance européen. Pourquoi?

Jean-Claude Juncker: Parce qu’il n’existe pas et parce qu’il s’agit de ne pas épouser les démagogies galopantes. Nous pensons tous - les gouvernements de l’Eurozone qui seront 16 à partir de janvier - que des programmes de relance conjoncturelle du type et de la nature de ceux que nous avons vu fleurir en Europe dans les années 70-80 ne mènent à rien. Ils déclenchent de minces résultats sur le court terme, sont à l’origine de déficits galopants et d’un endettement surfait des États membres de la zone euro.

Alors on ne va pas reproduire les erreurs des années 70-75 et 80. Ce qu’il nous faut maintenant, ce sont des plans d’appui qui visent bien leur objet, ciblés sur certains secteurs et catégories de la population les plus pauvres.

24heures: Toujours à propos de la crise, comment voyez-vous ces prochains mois?

Jean-Claude Juncker: À vrai dire je ne les vois pas du tout. Je crois que nous sommes au beau milieu du tunnel, que l’économie réelle va connaître des moments tragiques, voire dramatiques – voyez le secteur automobile!

Je crois que la sortie de crise nous demandera beaucoup d’efforts. Les gouvernements doivent se montrer à la hauteur et les banques centrales contribuer à la sortie de crise. Le monde économico-social va être chargé de responsabilités qu’il n’imagine pas encore aujourd’hui. Les entreprises doivent apprendre à ne pas licencier à la première mauvaise nouvelle et les syndicats doivent expliquer à leurs adhérents que certaines revendications – justifiables – doivent être remises à plus tard.

24heures: Revenons à l’Europe et à sa construction. Comment expliquez-vous l’échec du Traité constitutionnel devant les Français et les Hollandais en 2005 et le non irlandais au Traité simplifié en juin dernier?

Jean-Claude Juncker: Par l’impatience des Nations. Les citoyens européens ont l’impression que l’Europe ne sert plus leurs intérêts profonds. À cela s’ajoute le fait que les opinions publiques sont divisées en deux parties égales dont l’une veut plus d’Europe, l’autre moins d’Europe et que face à ces chiens de faïences, le monde politique et les gouvernements ne sont pas capables d’organiser un dialogue vertueux qui porte sur l’avenir de l’Europe.

24heures: Peut-on imaginer l’avenir institutionnel de l’Union européenne sans un nouveau vote des Irlandais?

Jean-Claude Juncker: Il est déjà difficile de faire la psychologie de son peuple. Gardons-nous de faire celle des autres qu’on connaît moins bien! Les Irlandais ont fait un choix. Je veux croire et espérer qu’il ne soit pas définitif et que nous trouverons au cours des douze mois à venir la bonne réponse au dilemme irlandais. Je parle de dilemme car les Irlandais sont un peuple courageux, énergique et talentueux qui en disant non s’est fermé un certain nombre de portes qui permettent l’accès aux aventures à venir. Et c’est un dilemme irlandais pour nous, car ceux qui ont dit non nous empêchent de rebondir.



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