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> home > Salle de presse > Interviews > Janvier 2009 > "Savoir appliquer son savoir". Mady Delvaux-Stehres au sujet de la réforme de l'enseignement scolaire

Interview
"Savoir appliquer son savoir". Mady Delvaux-Stehres au sujet de la réforme de l'enseignement scolaire
"La Voix du Luxembourg" du 17-01-2009

Vers le niveau supérieur

La Voix: La réforme de l'enseignement primaire introduit la notion de compétences et de cycles de compétences. A quoi cela correspond-il concrètement?

Mady Delvaux-Stehres: Il est possible de ramener cela à trois idées: savoir, savoir faire et savoir être. Le savoir reste important, ce que je tiens à souligner, mais il faut aussi être capable de l'appliquer. Un dictionnaire n'est pas un roman. Il ne suffit pas de connaître ses tables de multiplication, mais face à un problème, il faut savoir s'il faut faire une addition ou une multiplication et bien sûr, il faut savoir expliquer pourquoi.

Concernant les langues, nous avons décidé de mettre le texte au centre des préoccupations Cela commence avec les tout-petits, ne pas apprendre aux enfants des mots isolés, mais leur apprendre à mettre ces mots dans des phrases. Aujourd'hui, nous disposons d'un cadre, le cadre européen de référence élaboré par des chercheurs de toute l'Europe qui distingue quatre domaines en la matière: comprendre ce que l'on entend, parler, comprendre ce que l'on lit et écrire. Il faut s'exercer dans ces différentes compétences en fonction des capacités de l'élève, tout en pouvant mettre cela dans un contexte. Cela correspond au "savoir faire".

La Voix: Et le "savoir être"?

Mady Delvaux-Stehres: Le troisième volet vise à développer une certaine attitude auprès des enfants. Ils doivent percevoir pourquoi ils apprennent quelque chose et pas uniquement le faire parce que l'instituteur l'a dit. Ce qui nous amène aux domaines des capacités transversales, qui sont très importantes à mes yeux, car elles favorisent les dispositions à apprendre. Sans oublier d'apprendre à apprendre. Ce sont des compétences transversales qu'il faut développer à l'école, car si certains savent s'organiser naturellement et si d'autres sont aidés à la maison, il y en a beaucoup qui ne sont ni dans un cas, ni dans l'autre. Or, c'est non seulement important en vue de poursuivre des études, mais aussi pour la vie en général. En vue du life-long learning par exemple. Il faut éviter que quelqu'un sorte de l'école et dise, "maintenant je ne veux plus rien savoir." Ce n'est pas l'attitude que peut se permettre quelqu'un qui vit au 21e siècle.

La Voix: Et de quelle manière procédera-t-on à l'évaluation de ces compétences?

Mady Delvaux-Stehres: Nous avons prévu une toute nouvelle démarche. Car si l'on vise un apprentissage de compétences, il faut pouvoir constater le progrès fait par les élèves. Chacun doit atteindre un objectif qui est le socle minimum, je n'aime pas employer ce mot minimum, mais c'est bien un minimum qui est nécessaire pour pouvoir continuer. Et nous espérons bien entendu que les enfants dépasseront ce minimum. La loi prévoit un dossier d'évaluation qui sera introduit de manière progressive. Les plus petits auront un nouveau type de bulletin qui permettra de tracer leur progrès dès la rentrée en septembre. Ceux qui sont actuellement en classe de troisième et quatrième primaires garderont leur bulletin actuel, mais ils feront déjà un bilan de fin de cycle.

Car nous fonctionnerons avec des cycles, l'école maternelle actuelle correspondra à un cycle, puis deux années correspondront à chaque fois à des cycles supplémentaires. Il y en aura quatre au total. Et à la fin de chaque cycle un bilan de fin de cycle sera établi, bilan qui décrira le niveau atteint par l'enfant et dira s'il peut poursuivre dans le cycle suivant.

La Voix: Les notes traditionnelles sont donc vouées à disparaître...

Mady Delvaux-Stehres: La valeur d'une note dépend de la classe et ne permet pas de déterminer ce que l'enfant sait réellement faire. Qu'est-ce que cela veut dire avoir 52 points dans une matière? En outre, quelqu'un qui a eu 20 points au premier trimestre, 30 au deuxième et 40 au troisième aura la même moyenne que celui qui a eu 40 au premier, 30 au deuxième et 20 au troisième trimestre. Pourtant l'un a progressé tandis que l'autre a manifestement régressé. Et le but n'est pas de voir quelle moyenne a l'élève, mais de voir où il en est dans sa progression et s'il peut passer au cycle suivant.

La Voix: Dans quelle mesure ce système peut-il aider les enfants issus de familles non luxembourgophones ou germanophones?

Mady Delvaux-Stehres: L'idée des cycles est de ne contrôler que tous les deux ans si l'objectif a été atteint et non chaque année. Il n'y aura donc plus de redoublement à proprement parler. Bien entendu, il faut voir au fur et à mesure si l'enfant suit et ne pas dire au bout de deux ans: "Tiens, il n'atteint pas les objectifs". On peut faire rester un enfant trois ans dans un cycle, mais cela doit être l'exception.

Actuellement, même si beaucoup de progrès ont été faits et que cela ne vaut pas pour tous, nous fonctionnons toujours selon le modèle suivant: une matière est présentée, un test est réalisé dessus et ensuite on continue et ceux qui ne l'ont pas compris, eh bien tant pis pour eux, parce qu'il faut bien finir le programme prévu.

Ce que nous prônons c'est l'enseignement différencié, l'objectif est connu, mais le rythme pour y arriver est différent. Ceux qui n'y arriveraient pas, même après trois années passées dans un cycle, recevront un plan individualisé de formation. Ils iront dans le cycle suivant, mais auront un programme différent.

La Voix: Vous n'acceptez donc pas la critique selon laquelle la fin des notes et des bulletins signifie un rabaissement général du niveau d'éducation?

Mady Delvaux-Stehres: L'objectif est justement le contraire. Si on abolit le système des points juste pour l'abolir, bien entendu cela n'apporte rien, mais il s'avère que les points ne sont pas le meilleur moyen pour documenter le progrès d'un élève. Tous les experts qui sont venus au Luxembourg nous l'ont dit: il faut une culture de l'erreur. Il ne faut pas punir quelqu'un pour avoir fait une erreur, mais voir d'où elle vient. Les pédagogues disent qu'une erreur est une fenêtre vers le cerveau.

La Voix: Un autre volet de la réforme concerne la nomination des professeurs qui se fera à l'avenir par l'Etat et non plus par les communes. Pourquoi ce choix?

Mady Delvaux-Stehres: Jusqu'ici chaque commune réglait son organisation scolaire, devait déclarer les postes vacants et les candidats posaient leur candidature, souvent dans plusieurs communes pour augmenter leurs chances. Et il paraît que, surtout entre les petites communes, il y avait une concurrence, car celui qui nommait son instituteur le premier le recevait. Et il y a des communes qui recevaient tous les instituteurs diplômés et d'autres uniquement des chargés de cours. Ce n'était donc pas équitable. En plus il y avait quatre tours et le tout n'était définitif qu'en septembre. Notre volonté était de faire en sorte que les titulaires et les chargés soient définis au début des grandes vacances, pour le 10 juillet environ. Mais les communes continueront de faire leur organisation scolaire.

La Voix: Le troisième texte relatif à la réforme concerne l'obligation scolaire...

Mady Delvaux-Stehres: Oui, nous la prolongeons d'une année. Dorénavant, il faudra aller à l'école jusqu'à 16 ans et non plus jusqu'à 15 ans. Mais il y a aussi des dispositions un peu plus générales. Celle qui risque d'être le plus discutée à la Chambre est celle stipulant qu'un enseignant ne doit pas montrer ses convictions religieuses à travers sa tenue vestimentaire, sauf les titulaires de cours de religion. Je ne veux pas interdire le voile aux élèves, mais pour les enseignants je trouve cette mesure juste. L'obligation scolaire signifie aussi une obligation de participer à tous les cours, aussi à ceux de natation ou de biologie. Jusqu'ici il n'y avait aucun texte reprenant cela, c'était d'ailleurs des questions qui ne s'étaient pas encore posées jusqu'ici.

La Voix: A propos de religion, certains estiment qu'il aurait fallu profiter de la réforme pour remplacer le cours de religion pour un cours de valeurs.

Mady Delvaux-Stehres: Tout d'abord je tiens à préciser que cela ne figurait pas dans l'accord de coalition. Il y était uniquement prévu d'introduire un cours de valeurs dans le Néie Lycée en tant que projet pilote, ce qui a été fait. L'université du Luxembourg en assure l'évaluation. Personnellement, je ne suis pas d'avis que les problèmes de l'école primaire sont à chercher dans l'enseignement religieux. Je tiens énormément à cette réforme et je suis convaincu que c'est important pour le système éducatif luxembourgeois. Le cours de valeur cela serait bien, mais c'est moins important. Par ailleurs, l'école est un endroit où des enfants de tous les milieux vivent ensemble. Cela est d'autant plus important aujourd'hui que le nombre d'endroits de ce genre a fortement baissé. De mon temps on pouvait jouer dans la rue, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. C'est un grand défi pour l'école, elle ne peut pas tout régler, mais elle peut apporter sa contribution. Et ces valeurs, comme la tolérance, penser de manière critique, etc., doivent être transmises à travers le quotidien à l'école.



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