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> home > Salle de presse > Interviews > Mars 2009 > Jean-Claude Juncker sur les vertus protectrices de l'euro, les pays membres de la zone euro et les paradis fiscaux

Interview
Jean-Claude Juncker sur les vertus protectrices de l'euro, les pays membres de la zone euro et les paradis fiscaux
"France 24" du 20-03-2009

Vers le niveau supérieur

Caroline de Camaret : Vous êtes le Premier ministre luxembourgeois, mais également le président de l’eurogroupe, qui réunit donc les ministres des Finances de la zone euro. Et en cette période de crise, alors, évidemment, plusieurs questions s’imposent. D’abord, est-ce que l’Europe est vraiment suffisamment solidaire, alors que des pays, en son sein, en son cœur, sont en extrêmes difficultés ?

Jean-Claude Juncker: Tous les pays de l’Union européenne ont des problèmes, certains plus aigus que d’autres. Il y a un Europe un principe, c’est le principe de la solidarité. Donc nous sommes solidaires avec tous les pays qui peuvent avoir besoin d’une aide européenne supplémentaire.

Mais il y a aussi le principe de la responsabilité, qui veut dire, que tous les pays qui connaissent des problèmes doivent d’abord faire le ménage chez eux. Il faut d’abord consacrer des efforts propres à l’assainissement d’une situation mauvaise, et puis s’adresser à l’Europe pour bénéficier de ses instruments de solidarité. L’un ne va pas sans l’autre.

Caroline de Camaret : En tant que patron de l’eurogroupe, est-ce que vous craignez l’implosion de la zone euro ? Je pense à des pays comme la Grèce, même l’Autriche, l’Irlande, qui sont en grandes difficultés. Qu’est-ce qu’il fait faire ? Et d’ailleurs, est-ce qu’il faut les référer au FMI ?

Jean-Claude Juncker: Tout d’abord je ne crois pas que la zone euro soit menacée d’implosion ou d’explosion. Je crois que tous les pays font preuve d’une certaine culture de stabilité, y compris de stabilité budgétaire. Certains pays, il est vrai, doivent augmenter leurs efforts, mais je ne vois pas le risque, pour un des pays que vous avez mentionné ou pour d’autres pays membres de la zone euro, de connaître un problème de défaut de paiement.

C’est un problème tout à fait théorique, cela ne se produira pas. Si jamais cela devait tout de même se produire, mais cela ne se produira pas, la zone euro sera à même de formuler une réponse en dans l’espace de quelques heures.

Caroline de Camaret : Évidemment, on vient de décider d’un fonds de 50 milliards, justement, pour voler au secours de balances des pays membres déficitaires hors zone euro. C’est bien, mais est-ce que ce ne serait pas plus simple, quand on pense aux pays baltes, notamment, qui sont arrimés à l’euro, de les faire entrer dans la zone euro ?

Jean-Claude Juncker: Non, je crois que ce ne serait pas la bonne réponse. Il ne faut pas exiger des pays qui ne sont pas encore entièrement prêts, de se soumettre volontairement à ce stress de stabilité auquel ils seraient soumis le jour de leur entrée dans la zone euro. Je crois que les pays qui évoluent en dehors de la zone euro peuvent avoir recours à la facilité et aux lignes de crédit que nous avons mis en place pour subvenir à leurs besoins en matière de balance des paiements.

Les pays membres de la zone ne peuvent pas le faire et je reviens à un élément de question que vous m’avez posé tout à l’heure : je ne crois pas qu’il serait sage que les pays membres de la zone doivent s’adresser au Fonds monétaire international. Si, aux États-Unis, un des États américains connaît des problèmes, budgétaires ou autres, il ne va pas s’adressre au Fonds monétaire international, mais il va s’adresser au gouvernement central des États-Unis. Et donc la zone euro doit être capable, pour ses propres membres, de formuler les bonnes réponses. Et l’Union européenne en tant que telle, en actionnant les instruments de solidarité, doit être à même, et sera à même, d’exercer tout appui qui doit être accordé à ceux de nos États membres qui ont des problèmes plus aigus que d’autres.

Caroline de Camaret : Mais est-ce que, finalement, la zone euro, vous vous en réjouissez, j’imagine, devient attractive à la faveur de la crise – on pense à un bouclier euro. Est-ce qu’il ne faut pas en faire bénéficier assez vite … Certains États baltes avancent une date, 2012.

Jean-Claude Juncker: Je n’ai jamais douté que l’euro se révélera comme étant la bonne adresse monétaire en Europe. D’autres que les pays baltes vont le découvrir et vont trouver un jour l’accès et refuge [interrompu]

Caroline de Camaret : Vous pensez au Danemark, à l’Islande ?

Jean-Claude Juncker: Aux îles, oui. Non, très sérieusement, je crois que l’euro se révélera être un bouclier de protection pendant la crise et même sur le glacis de la crise. La preuve en est qu’un grand nombre d’États membres de l’Union européenne voudrait y accéder le plus rapidement possible. Je crois tout de même que les États qui veulent adopter l’euro doivent répondre aux critères d’adhésion tels qu’ils furent définis par le traité de Maastricht. Le jour où ces États, dont notamment ceux que vous citez, les pays baltes, la Pologne et d’autres, répondront à tous les critères, ils pourront adhérer à la zone euro.

La zone euro n’est pas un club fermé, c’est une [interrompu]

Caroline de Camaret : On a assoupli les critères à l’intérieur, mais on impose les mêmes à l’extérieur, c’est un peu complique, quand-même.

Jean-Claude Juncker: Il s’agit des critères d’adhésion et donc, comme ces critères d’adhésion ont été ratifiés par 27 parlements, et qu’ils ont été retenus par les textes de traités, on ne peut pas les assouplir lorsqu’il s’agit des critères d’adhésion.

Pour le reste, les règles du pacte de croissance et de stabilité régissent la vie à l’intérieur de l’Union monétaire. Nous les avons modifiés en mars 2005 pour que ces règles puissent tenir compte d’une situation de crise comme celle que nous sommes en train de traverser. Mais une chose doit être claire [interrompu]

Caroline de Camaret : Ca ne durera pas toujours.

Jean-Claude Juncker : Tout d’bord, la crise ne durera pas toujours. Et deux : nous devons définir une stratégie de sortie. Nous ne pouvons pas accumuler des déficits, alourdir nos niveaux d’endettement public. Il est évident que la consolidation budgétaire doit reprendre le plus rapidement possible.

Mais nous ne pouvons pas le faire maintenant, puisque nous risquerions d’affaiblir encore davantage la conjoncture et donc de rendre très improbable une reprise rapide.

Caroline de Camaret : Cela dit, les Américains, en amont du G20 du 2 avril, nous trouvent un petit joueur en Europe, disent que finalement ils ont mis sur la tête 5,5% de leur PIB, que nous alors, selon les chiffres, les leurs c’est 1,5% et nous on dit 3,3%, mais c’est quand-même en dessous.

Jean-Claude Juncker: L’effort européen se chiffre à 3,5% - 4% du PIB européen. C’est un effort considérable. Si vous m’aviez dit il y a une année, qu’aujourd’hui l’Europe serait à même d’aligner des moyens budgétaires d’un volume correspondant à 3,5% de son PIB, je ne vous aurais pas cru. Donc, ce que nous faisons est lourd en conséquences et les impacts que ces paquets de conjoncture vont produire seront bénéfiques du point de vue de l’emploi et des politiques sociales en général.

Il ne nous faut pas oublier que les stabilisateurs automatiques, dont nous disons expressément qu’ils doivent jouer en Europe, produisent deux fois l’impact que les stabilisateurs automatiques produisent aux États-Unis. Nos systèmes de protection sociale sont hautement plus performants que le système [interrompu]

Caroline de Camaret : Modèle social européen ?

Jean-Claude Juncker : Oui, enfin, mais ça coûte de l’argent. Et on ne va pas, maintenant, réaliser des économies sur les instruments de solidarité dont nous disposons en interne.

Caroline de Camaret : On a vu arriver à ce sommet le couple franco-allemand uni sur le front d’une croisade contre les paradis fiscaux. Une lettre commune, qui a précédé le sommet – vous vous sentez particulièrement visé, le Luxembourg, voire bouc émissaire ?

Jean-Claude Juncker: Non, je ne me sentais jamais visé lorsqu’on disait qu’il faut lutter contre les paradis fiscaux parce que je partage la conviction qu’il faut lutter contre les paradis fiscaux, qu’on ne peut pas accepter que, à travers la planète, il y ait des territoires où aucune règle ne s’applique, où tous les acteurs financiers peuvent faire ce qu’ils veulent, où la surveillance et le contrôle n’existent pas. Et on ne peut pas accepter, qu’il y ait des territoires non-fiscalisés.

Par conséquent, je ne considérais jamais que le Luxembourg était un paradis fiscal au sens que vous indiquez. Le Luxembourg applique le droit européen tel qu’il est, le Luxembourg vient de décider d’appliquer dorénavant dans ses accords de double imposition la convention-cadre de l’OCDE et donc fournira [interrompu]

Caroline de Camaret : Étiez-vous poussé à le faire, parce que vous deviez être inscrits, peut-être, sur cette liste noire, avant le G20 ? C’est ça qui a déterminé votre choix ?

Jean-Claude Juncker: Les affaires sont plus subtiles. Nous avons toujours dit, si Hong Kong, si Singapour, si la Suisse, si d’autres centres financiers acceptaient toutes les règles posées par les textes prévus par l’OCDE, nous le ferions également. Nous avons constaté pendant les dernières semaines, que l’un après l’autre de ces différents territoires a annoncé qu’il avait l’intention d’adopter ces règles, et donc nous l’avons fait.

Caroline de Camaret : Mais vous n’appelez pas ça la fin du secret bancaire ?

Jean-Claude Juncker: Non, je ne dis pas que c’est la fin du secret bancaire, mais je dis qu’on a nuancé le caractère absolu du secret bancaire en ouvrant la possibilité d’accorder un échange d’informations sur demande. Et je crois que c’est une ouverture qui est saine du point de vue de la transparence sur tous les centres financiers importants.

Caroline de Camaret : Alors, effectivement, les Européens, est-ce qu’ils n’en font pas trop sur ce sujet ? Alors que les Américains, eux, est-ce qu’ils font le ménage suffisamment de leur côté dans les paradis fiscaux qui restent ?

Jean-Claude Juncker: Enfin, nous avons décidé lors de ce Conseil européen qu’il y aura une liste et que doivent figurer sur cette liste les juridictions dites non-coopératives. Il est évident, qu’au sein même des États-Unis il y a des États qui sont de véritables paradis fiscaux. Le Delaware, le Wyoming et d’autres. Je veux croire que la France, que l’Allemagne, que les Britanniques et que d’autres appliqueront le même élan et le même soin au listing des trous noirs américains que ce qu’ils ont appliqué à la Suisse, à l’Autriche, à la Belgique et au Luxembourg. Courage ils avaient, courage ils devront avoir.

Caroline de Camaret : Vous n’êtes pas brouillé, Monsieur Juncker, tellement avec la France et l’Allemagne sur le long terme ? Vous, par exemple, êtes candidat à votre succession à l’eurogroupe, à d’autres postes européens, aussi, qui vont s’ouvrir ?

Jean-Claude Juncker : La succession de l’Eurogroupe n’est pas ouverte et je dois d’abord affronter, si j’ose dire, l’électeur luxembourgeois le 7 juin, et donc je suis candidat à ma propre succession de Premier ministre luxembourgeois, oui.

Caroline de Camaret : Et pour les autres postes européens, un petit mot, quand-même, de monsieur Barroso. Est-ce que le vous soutenez, lui, en ce qui concerne son renouvellement à la tête de la Commission pour 5 ans ? Cela ferait 10 ans en tout, alors que certains disent qu’il écoute beaucoup trop les États, il n’a pas assez d’initiative.

Jean-Claude Juncker: Nous vivons dans une démocratie. Et donc nous devons respecter le suffrage universel et en tirer toutes les conséquences. Nous voterons, nous élirons le nouveau Parlement européen le 7 juin et si la famille politique dont monsieur Barroso relève, donc le Parti populaire européen, sort gagnant de ces élections, il est évident que monsieur Barroso va être son propre successeur.

Caroline de Camaret : Mais c’est un préalable important, bien que ce soient les chefs d’État qui le nomment.

Jean-Claude Juncker: Les chefs d’État, depuis longtemps, le traité de Lisbonne le prévoit pour le reste, mais il n’est pas encore en [interrompu]

Caroline de Camaret : Vous le souhaitez, à titre personnel ?

Jean-Claude Juncker: J’ai toujours plaidé pour la nécessité qu’il y avait de tenir compte, lors de la nomination du président de la Commission, des grands équilibres entre familles politiques tels qu’ils existent au Parlement européen, oui.

Caroline de Camaret : Et monsieur Barroso, à titre personnel, vous êtes pour sa candidature ?

Jean-Claude Juncker: Si le PPE gagne les élections, monsieur Barroso va rester président de la Commission. J’ai une très bonne relation, personnelle et de travail, avec le président de la Commission.

Caroline de Camaret : Merci beaucoup, Monsieur Juncker, pour cet entretien.

Jean-Claude Juncker: Merci à vous.



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