Le Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg Informations et Actualités du Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg
x x Recherche
x xx Recherche avancée x x
  Home | Nouveautés | Newsletter | Liens | Vos réactions | Contact Aide | Index | A propos du site
      ImprimerEnvoyer à

> home > Salle de presse > Interviews > Mars 2009 > Le Premier ministre au sujet de la crise financière et économique et la réunion du G20

Interview
Le Premier ministre au sujet de la crise financière et économique et la réunion du G20
"Europe 1" du 25-03-2009

Vers le niveau supérieur

Jean-Pierre Elkabbach: Le G-20, c’est dans 8 jours. Est-ce que les Européens sont prêts pour le réussir, ou ce matin, redoutez-vous un fiasco de ce sommet mondial?

Jean-Claude Juncker: Les Européens sont prêts ; fiasco, il ne peut pas y avoir. Voilà 88% du PIB mondial qui va se retrouver à Londres. Il y a une obligation ardente de réussite.

Jean-Pierre Elkabbach: Est-ce que les efforts réels des Européens avec leur plan de relance vous paraît-il suffisant, ou est-ce qu’il faut les muscler, comme le demande Monsieur Obama?

Jean-Claude Juncker: Les plans de relance européens sont musclés, ils sont exigeants, ils ont de l’importance en volume et en qualité. Il n’est pas question qu’à la demande des États-Unis nous augmenterions vers le haut, en les amplifiant, les volumes des paquets de relance européens, qui, si vous les additionnez, représentent à peu près 3,5% du PIB européen. Si vous additionnez à cela tous les efforts qui ont été faits en matière d’assistance et de garantie aux banques, vous arrivez à 23% du PIB européen. Cet effort est tout à fait considérable, il fut inimaginable il y a une année.

Jean-Pierre Elkabbach: Oui. Mais vous dites, ça suffit, et ce sont des plans qui sont assez coordonnés?

Jean-Claude Juncker: Ces plans sont coordonnés, sans doute ils ne le sont pas suffisamment. Mais il n’y a pas de contradiction flagrante entre les plans de relance qui ont été lancés par les différents pays européens. Nous sommes d’accord pour dire qu’il faudra que nous laissions jouer les stabilisateurs automatiques. Nous sommes d’accord pour dire que les accents doivent être mis dans tous les pays de l’Europe sur les investissements publiques pour qu’après la crise, nous puissions mieux aligner toutes les capacités dont nous aurons besoin pour faire en sorte que la reprise s’installera.

Jean-Pierre Elkabbach: Ça c’est une réponse aux Américains. Mais est-ce qu’il y a pour vous, Jean-Claude Juncker, une hiérarchie dans l’urgence entre la relance pour sortir de la récession actuelle, et la régulation financière, ou est-ce que pour vous c’est un tout, et ça doit être un tout?

Jean-Claude Juncker: J’aime, disait Pascal, les choses qui vont ensemble. Et la nouvelle architecture financière internationale, plus de régulations, plus de réglementations, et les plans de relance font un tout, l’un ne va pas sans l’autre.

Jean-Pierre Elkabbach: Alors justement, si par exemple Barack Obama et quelques-uns de ses alliés ou de ses proches veulent se limiter à la relance et freiner sur la régulation du système financier, est-ce que vous comprendriez que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se lèvent et quittent le sommet de Londres?

Jean-Claude Juncker: Je ne crois pas qu’ils vont se lever, mais ils ont un mandat, qu’ils ont suggéré à eux-mêmes, de dire aux Américains et aux autres que plan de relance, oui il doit y avoir, mais que nouvelle architecture financière internationale il doit y avoir. Nous n’arriverons à aucun résultat tangible, si nous ne créons pas les conditions qui feront en sorte que des crises du type de celle que nous traversons ne se reproduiront. Il faut en faire en sorte que le mal ne nous revient pas demain, parce que nous n’aurions pas pris les mesures anticipatives qu’il aurait fallu que nous prenions.

Jean-Pierre Elkabbach: Justement, soyons encore plus directs dans ce climat de crise et d’angoisse actuels. Qu’est-ce qui est préférable Jean-Claude Juncker, un G-20 vide, décevant pour les opinions ou un esclandre qui réveille?

Jean-Claude Juncker: Ceux qui assistent au G-20 n’ont pas le droit de ne pas réussir. Donc il ne suffit pas d’effets d’annonces, il ne suffit pas de grands mots, il ne suffit pas de lancer des discours enflammés, il s’agit de faire du travail concret. Il faudra qu’à la sortie du G-20, une règle clairement établie s’impose à tout le monde. Aucun produit financier, aucun acteur financier, ni aucune place financière ne doivent pouvoir évoluer sans contrôle et sans surveillance. C’est du sérieux.

Jean-Pierre Elkabbach: Est-ce que les bonus et les stock-options des dirigeants un peu cupides ou plutôt cupides vous choquent?

Jean-Claude Juncker: Ils me choquent beaucoup, parce qu’en fait, quel est notre problème? Le problème, c’est qu’il faudra que nous fassions tout pour rétablir la confiance. Or, les bonis tuent la confiance, rompent les équilibres au sein de nos sociétés. Il n’est pas concevable que chômage et chômage partiel soient les offres dont peuvent bénéficier ceux qui sont les plus fragiles dans nos sociétés, et que les bonis continuent à alimenter et à nourrir la cupidité d’une minorité de riches.

Jean-Pierre Elkabbach: Donc il faut sanctionner ou en tout cas il faut arrêter ça?

Jean-Claude Juncker: Il faudra que nous arrêtions cela. Je vois un danger dans tout cela. C’est une crise de système. Les gens ne nous croient plus, ne croient plus en l’économie sociale de marché, si les plus fragiles sont sanctionnés lourdement par la crise, et ceux qui sont mieux lotis s’en sortent le sourire aux lèvres.

Jean-Pierre Elkabbach: Alors, la récession est brutale. Est-ce qu’elle va durer, Jean-Claude Juncker, et à quand vous voyez le début d’une reprise, j’ai envie de dire, sérieuse?

Jean-Claude Juncker: Nous ne sommes pas encore arrivés au bout du tunnel, c’est évident. Je vois une timide reprise vers la fin de l’an 2010, et puis la reprise molle et modérée au début va s’instaurer et s’élargir graduellement.

Jean-Pierre Elkabbach: Et vous voulez dire que c’est une affaire de plusieurs années?

Jean-Claude Juncker: Enfin, je crois que la reprise ne sera pas de retour avant la fin 2010, début 2011, mais les conséquences de la crise nous occuperont pendant de très longues années, parce qu’il y a beaucoup de réfection et de réparations à effectuer.

Jean-Pierre Elkabbach: Donc il y a à lutter contre les injustices sociales et les inégalités nées de la crise, ou renforcées par la crise?

Jean-Claude Juncker: Je crois qu’il faudra que nous fassions tout pour retrouver le chemin d’une reprise non-inflationniste. Il faudra qu’à la sortie de la crise, nous réparions toutes les injustices qui se sont accumulées au cours de la crise.

Jean-Pierre Elkabbach: On voit l’enjeu et les immenses problèmes. Alors, Jean-Claude Juncker, la France, l’Allemagne unanimes et d’autres pays exigent que le capitalisme financier soit régulé. Ils réclament le contrôle des fonds spéculatifs, des agences de notation, des excès des traders, et de certains patrons, et des paradis fiscaux. Est-ce que vous êtes d’accord avec ces mesures?

Jean-Claude Juncker: Je suis d’accord avec ces mesures. Assistant à la réunion du G-7 en février 2007, nous les Européens, Allemands et Français en premiers, avaient demandé vigoureusement une meilleure réglementation des hedgefounds, des agences de notation et des instruments et produits financiers. Les Américains ne nous ont pas suivis. Maintenant il s’agit de lutter contre les paradis fiscaux et moi je suis tout à fait d’accord, comme je disais, il ne peut pas y avoir une place financière qui ne serait pas soumise à un contrôle et à une surveillance stricte. Et par conséquence [est interrompu]

Jean-Pierre Elkabbach: Y compris le Luxembourg?

Jean-Claude Juncker: Le Luxembourg est une place financière réglementée, mais nous pratiquons au Luxembourg comme dans d’autres pays le secret bancaire. Même si nous ne l’avions pas pratiqué, la crise, qui est partie des États-Unis, qui ne connaît pas le secret bancaire, serait néanmoins venue. Mais nous acceptons, nous Luxembourgeois, les Autrichiens, les Belges, Hong Kong, Singapour et d’autres, les règles de l’OCDE, lorsqu’il s’agit de conclure entre États des accords de double imposition. Et donc, il y aura un échange d’informations sur demande. C’est une bonne mesure qui ajoute un peu de transparence à un système.

Jean-Pierre Elkabbach: Vous nous dites ce matin que le Luxembourg est favorable à plus de transparence, et c’est un engagement que vous prenez ou que vous répétez ici?

Jean-Claude Juncker: Je répète que le Luxembourg est prêt à échanger des informations bancaires sur demande, comme l’OCDE nous le demande, et je voudrais que nous portions le même regard sévère sur d’autres places financières, notamment sur certains États des États Unis, l’État du Delaware pratique un système fiscal qui attire les capitaux de la planète entière [est interrompu]

Jean-Pierre Elkabbach: C’est à dire vous demandez aux Américains de balayer chez eux aussi?

Jean-Claude Juncker: Je demande aux Européens d’être aussi stricts avec les Américains que les Américains le sont avec nous-mêmes. Et je voudrais que nous ne perdions pas de vue que certains portent dans cette crise plus de responsabilité que d’autres. Cette crise est partie des États-Unis, le monde anglo-saxon s’est toujours refusé à ajouter la dose de réglementation dans les marchés financiers, dont les systèmes financiers internationaux avaient besoin. Ce n’est pas à eux de nous donner des leçons.

Jean-Pierre Elkabbach: On voit bien la tension Europe/États-Unis. Donc ce matin vous nous dites il faut en finir définitivement avec les paradis fiscaux, le secret des banques et les centres off-shore quel qu’ils soient?

Jean-Claude Juncker: Enfin, les centres off-shore sont un mal, et donc il faut les laminer. Et les places financières sérieuses, bien réglementées, bien surveillées sont d’accord toutes et en même temps pour dire qu’elles appliqueront les standards de l’OCDE, c’est une bonne chose.

Jean-Pierre Elkabbach: A 8 jours du G-20 Jean-Claude Juncker, les citoyens de partout espèrent qu’on leur annonce le retour de la confiance, puis de la croissance, même si elle est modérée. Le sommet de Londres pourra-t-il éviter de les décevoir?

Jean-Claude Juncker: Enfin, le risque existe qu’on assistera à des discours enflammés, mais que les résultats concrets palpables pour les citoyens ne soient pas le produit de la réunion de Londres. Je sais le président de la République très attaché au succès du G-20 de Londres, et je crois pouvoir partir de l’hypothèse que les Européens feront tout pour que le G-20 n’accouche pas d’une souris, mais d’un système de régulations autrement plus efficace que celui que nous avons pour l’instant où je vous parle.

Jean-Pierre Elkabbach: Merci Jean-Claude Juncker, de votre propos de ce matin.



Haut de page

Copyright © Service Information et Presse   Aspects légaux | Contact