|
Amphitéa Magazine: Quelle est pour vous l'avancée la plus remarquable accomplie par l'Union européenne depuis vingt ans ?
Jean-Claude Juncker: La monnaie unique, c'est la seule réponse possible. Malgré les nombreuses autres avancées européennes des deux dernières décennies, c'est bien l'euro qui m'a le plus marqué. C'est d'autant plus vrai qu'ils étaient nombreux, pour ne pas dire une majorité écrasante, à nous prédire d'abord que l'euro ne verrait jamais le jour et ensuite, quand il était devenu réalité, qu'il s'agirait d'une monnaie faible qui n'allait pas s'imposer. Force est de constater que ce sont les défenseurs de l'intégration européenne qui ont eu raison. Compte tenu de la crise actuelle, je n'ose même pas imaginer les difficultés, voire conflits, qui naîtraient des inévitables tensions monétaires entre pays européens sans l'euro. Mais grâce à la vision, à l'engagement et à la détermination d'un petit nombre d'alors, nous bénéficions aujourd'hui en pleine tempête d'un véritable havre de stabilité.
Amphitéa Magazine: Quelle serait la réforme institutionnelle la plus importante à mener à bien pour faire progresser l'Union et accroître son poids politique sur le plan international ?
Jean-Claude Juncker: L'innovation la plus importante sera sans doute la fonction du président permanent du Conseil européen, même si le traité de Lisbonne apportera aussi un certain nombre d'autres améliorations institutionnelles utiles voire indispensables. Tout n'est pas dans les institutions, mais en se dotant d'un président avec un mandat de deux ans et demi, le Conseil européen permettra à l'Union européenne de parler d'une seule voix et donc de gagner en visibilité et en crédibilité sur la scène internationale.
Amphitéa Magazine: Quel est pour vous l'enjeu majeur des années à venir ?
Jean-Claude Juncker: L'évolution des derniers mois a montré avec quelle vitesse les enjeux peuvent changer. Il serait dès lors présomptueux de vouloir prédire l'avenir. Il est indéniable que la relance économique à court terme et la reformulation d'un code de conduite pour le monde international des affaires à moyen terme nous occupera beaucoup au cours des années à venir. Mon souci est surtout que face aux crises immédiates, nous ne perdions pas de vue les défis à long terme pour lesquels nous Européens nous devons prendre nos responsabilités. Je pense notamment à la lutte contre la pauvreté de même qu'à celle contre le changement climatique.
|