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soziale Fortschrëtt: Quelles sont les mesures anticrise prises par le gouvernement afin de combattre le chômage et de maintenir le pouvoir d'achat?
Jean-Claude Juncker: Au Luxembourg, nous n'avons pas les moyens de mener une politique anti-crise autonome. Pour une politique de croissance qui mérite ce nom, il nous manque la masse critique nécessaire en terme de salariés et d'entreprises. Dès le début de cette crise, il a été évident pour le gouvernement luxembourgeois de se concentrer sur les mesures de la zone euro destinées à combattre la crise. Au Luxembourg, deux objectifs priment: le maintien dans l'emploi et la sauvegarde des capacités de production. Je tiens également à rappeler que le gouvernement a mis sur pied un paquet de mesures qui a avant tout pour but d'épauler les petites et moyennes entreprises. Il s'agit d'aider les PME à surmonter cette période difficile afin d'éviter à ce que des salariés soient licenciées dans la hâte. En plus, nous avons décidé d'investir dans des projets novateurs, tels l'amélioration de nos infrastructures, car il faut être prêt quand la relance économique s'annonce.
soziale Fortschrëtt: Craignez-vous que cette crise financière et économique se mue en une crise sociale?
Jean-Claude Juncker: Oui, si les entreprises ne satisfont pas à leur responsabilité sociale. Même si, crise oblige, le carnet de commande est actuellement moins bien rempli, les directions d'entreprise ne doivent pas sombrer dans la panique et faire les mauvais choix. Tout licenciement prématuré et hâtif est un clou qu'on enfonce dans le cercueil de la crise sociale. Il faut à tout prix éviter le chômage de masse. Dans la situation actuelle, tout le monde doit prendre ses responsabilités, aussi bien le gouvernement que les partenaires sociaux, à savoir les syndicats et le patronat.
soziale Fortschrëtt: Dans quelle situation nous retrouverions-nous si les décisions de la tripartite 2oo6 n'avaient pas été prises?
Jean-Claude Juncker: Nous serions face à un déficit considérable de notre budget d'Etat. Grâce aux économies qui ont été décidées il y a 3 ans entre gouvernement et partenaires sociaux, nous avons maintenant assez de marge de manœuvres pour réaliser cette politique anticyclique. L'alternative aurait été une augmentation significative de l'endettement, un fardeau pour les générations à venir.
soziale Fortschrëtt: Dans votre déclaration sur l'état de la nation, vous avez dit que la crise financière n'a pas été une catastrophe naturelle. Que cela signifie-t-il?
Jean-Claude Juncker: D'une part, nous avons affaire à une crise structurelle, due à un manque de réglementations des marchés financiers. D'autre part, la crise a en partie été provoquée par les êtres humains. Une course vers une déréglementation à outrances a mené à une flexibilisation du droit du travail, ce qui a provoqué une atmosphère entraînant le démontage des mécanismes de protection. Heureusement que le Luxembourg n'a pas suivi les chants des sirènes de la libéralisation, sinon notre chômage serait le doublé du taux actuel. Rappelons qu'au Grand Duché 95% des contrats de travail sont à durée indéterminée. Dans beaucoup d'autres pays, beaucoup d'emplois nouvellement crées sont précaires et de nature déterminée.
soziale Fortschrëtt: Les élections législatives approchent à grands pas. Quels sont vos objectifs et ceux de votre parti?
Jean-Claude Juncker: Personnellement, ne j'ai pas d'objectif arithmétique, car cela reviendrait à insulter les électeurs. Le but du CSV est de rester assez fort pour garder la responsabilité majeure dans la politique luxembourgeoise.
soziale Fortschrëtt: Est-ce que vous avez l'impression que le ton est cette fois-ci nettement plus dur que lors des campagnes électorales précédentes?
Jean-Claude Juncker J'espère que nous aurons une campagne qui parle des sujets qui sont vraiment essentiels, c'est-à-dire ceux qui touchent les gens durant les mois à venir, comme la garantie d'emploi ou le pouvoir d'achat. Notre plus grand souci doit être celui de sortir au mieux de cette crise. Le gouvernement a déjà fait beaucoup d'efforts pour les gens, surtout ceux qui ont un revenu modeste. Citons parmi d'autres mesures le boni pour enfant et les crédits d'impôts.
soziale Fortschrëtt: D'une campagne électorale à l'autre, les sondages semblent jouer un rôle grandissant. Quelle importance attachez-vous aux résultats des sondages?
Jean-Claude Juncker: Je constate que depuis que ces sondages existent, je me trouve en tête des taux de popularité. Mon but n'est pas d'être aimé par les citoyens, mais d'être respecté pour le travail que je réalise. Les gens doivent avoir confiance en ce que je fais. La pire des choses pour moi serait de "trahir" cette confiance. Si je vois que mon taux de popularité dans les sondages s'élève à 92%, je mets sérieusement en doute le caractère scientifique de ces résultats.
soziale Fortschrëtt: Dans la presse nationale et internationale, on lit parfois que Jean-Claude Juncker est fatigué. Est-ce le cas?
Jean-Claude Juncker:Je suis souvent fatigué, mais je ne suis pas lassé de faire de la politique. Il y a beaucoup de gens qui ont une vie active plus dure que la mienne, mais qui ne sont pas filmés ou photographiés. Les travailleurs postés par exemple sont souvent plus fatigués que moi. Mais on ne voit jamais ces gens à la télé.
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