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Jean Rhein: Vous êtes l'un des nouveaux arrivants au gouvernement. Avez-vous hésité avant d'accepter vos nouvelles fonctions? Comment en avez-vous été informé?
Romain Schneider: En fait, cela s'est déroulé dans le cadre des négociations sur le programme de la coalition. Un jour, notre chef de délégation, Jean Asselborn, m'a informé que la décision avait été prise de me nommer aux fonctions de ministre de l'Agriculture, de ministre des Sports et de ministre délégué à l'Économie solidaire.
Jean Rhein: Aviez-vous la possibilité d'influencer le choix des départements ministériels qui vous ont été confiés?
Romain Schneider: Chaque homme politique est certainement spécialisé dans un certain nombre de sujets. J'ai eu plusieurs entretiens avant et après les élections pour déterminer mes centres d'intérêt. J'ai pu définir à ce moment-là mes priorités personnelles, mes préférences, mais aussi les domaines que je ne me sentais pas en mesure d'assumer.
Parmi les ressorts qui m'ont été confiés, il n'y en a aucun contre lequel je m'étais exprimé préalablement.
J'ai été vice-président de la commission parlementaire de l'Agriculture, de la Viticulture et du Développement rural pendant cinq ans, dans la dernière législature, je pense que je connais assez bien le secteur du sport, pour avoir été un sportif actif et pour avoir travaillé longtemps dans des associations. Quant à l'Économie solidaire, il s'agit d'un secteur dans lequel je me suis impliqué activement dans ma fonction de bourgmestre de Wiltz.
Jean Rhein: L'ancien bourgmestre de Wiltz pourra-t-il intervenir activement en faveur de sa région et de sa ville, en tant que ministre?
Romain Schneider: En tant que membre du gouvernement, la tâche est d'ordre national. Mais j'essayerai de convaincre mes collègues de l'importance de différentes questions. Je me réjouis que le Nord soit bien représenté dans le nouveau gouvernement, et cela dans les deux partis de la coalition. Je pense que des réalisations politiques doivent s'ensuivre.
La coalition précédente a déjà parcouru un bon chemin. Des investissements supplémentaires seront nécessaires pour le développement des régions rurales.
Jean Rhein: Aussi à Wiltz?
Romain Schneider: Oui. Les deux grands dossiers en cours sont les anciennes friches industrielles et le Château de Wiltz. Je pense qu'il constitue un pôle d'attraction pour la ville et notamment pour la culture, le tourisme, ou encore d'autres activités qui pourraient y être implantées.
Jean Rhein: Être un personnage conciliant est-il un avantage pour résoudre les problèmes de l'ING Europe-Marathon?
Romain Schneider: Les problèmes ne datent pas d'hier. Ils perdurent depuis des années. À l'heure actuelle, ils ont évolué d'une telle façon qu'il faut crever l'abcès.
J'ai entendu tous les partenaires et j'essaye maintenant de les réunir autour d'une table. Je ne sais pas encore s'il sera possible d'organiser le marathon de la même façon que l'année passée, éventuellement avec d'autres règles du jeu. Je pense que ce sera difficile, mais j'essayerai. En tout cas, tous les partenaires m'ont promis que le marathon aura lieu en 2010.
Jean Rhein: Est-ce que dans l'Union européenne, parmi les 27, le ministre luxembourgeois de l'Agriculture peut résoudre les problèmes spécifiques du secteur au Luxembourg?
Romain Schneider: Je dirais qu'il a d'abord la même voix au chapitre que ses 26 collègues. La question se pose de la même manière dans tout autre secteur. Il s'agit de définir le rôle particulier que nous pouvons jouer en tant que petit pays, en tant que moteur pour une politique européenne, en faveur d'un secteur qui se compose de moins en moins d'exploitations et qui emploie de moins en moins de personnes.
Dans sa politique agricole, le gouvernement entend promouvoir encore davantage les produits luxembourgeois, sur les marchés luxembourgeois et étrangers. Il s'agit de recourir aux produits indigènes et régionaux. Notre campagne "Sou schmaacht Lëtzebuerg" de promotion des produits du terroir vise non seulement à inciter les individus, mais aussi les opérateurs de cantine à s'approvisionner avec des produits d'origine luxembourgeoise. J'entends professionnaliser davantage cette campagne. Il y aura non seulement une campagne publicitaire, mais également la formation des enseignants, des responsables à l'achat dans les cantines des crèches, écoles, hôpitaux, maisons de retraite, pour les familiariser avec les produits luxembourgeois.
Jean Rhein: En matière de taxes écologiques, le but est finalement de réduire dans la mesure du possible l'utilisation des produits dommageables pour l'environnement. Qu'en est-il de l'Économie solidaire? S'agit-il d'une notion économique qui devrait être dépassée?
Romain Schneider: Cela dépend, en effet, de la définition. Permettez-moi de définir l'économie solidaire, telle qu'elle nous tient à cœur.
Il s'agit d'un secteur qui s'est créé au cours des dix dernières années dans le contexte des initiatives locales pour l'emploi. Ces initiatives sont nées avec un chômage de plus en plus durable sur le marché du travail. Des associations se sont créées pour procurer des emplois à une population précarisée et créer aussi des emplois stables à valeur ajoutée. Je cite comme exemple l'enlèvement de la neige. Il s'agit d'un service de proximité qui ne se réduit pas au simple nettoyage des trottoirs en hiver. Il s'agit de contacter les personnes âgées, les handicapés, les personnes vivant seules et incapables de faire ce travail. C'est un travail de communication qui donne lieu, éventuellement, à la prise en charge d'autres tâches domestiques. Ainsi, peu à peu, un troisième pilier s'est créé, à haute teneur de solidarité. L'économie ne pouvait développer par elle-même ce genre de services solidaires.
Jean Rhein: L'un des nouveaux députés a dit récemment au Quotidien qu'il s'agit d'un non-sens de placer l'Économie solidaire sous la tutelle du ministère de l'Économie. Qu'en pensez-vous?
Romain Schneider: Le fait véritablement nouveau est qu'il s'agit d'un ressort ministériel à part entière. Nous sommes, au Luxembourg, pionniers, car aucun autre État membre de l'UE, actuellement, ne possède une pareille structure ministérielle.
Dans la législature précédente, François Biltgen, le ministre du Travail et de l'Emploi, a réalisé un excellent travail. Et je reste en contact étroit avec mon collègue Nicolas Schmit, qui est désormais en charge du Travail et de l'Emploi.
Nous voulions une meilleure distinction entre les initiatives pour l'emploi proprement dites, c'est-à-dire concernant la main-d'œuvre et son encadrement direct, et de l'autre côté, ce qui constitue le "plus" de l'économie solidaire, en particulier les réseaux et structures qui la font fonctionner. Il y a lieu d'assurer une distinction dans le financement, pour développer davantage de transparence.
Le débat public à l'heure actuelle nous amène à envisager de créer un cadre juridique nouveau, une "association d'intérêt collectif" par exemple. Ce nouveau cadre juridique tiendra mieux compte de la prestation à caractère économique, le cas échéant, et du volet sans but lucratif. À l'instar de l'idée sous-jacente aux coopératives d'antan. Le nouveau statut à développer tiendra compte des différentes sources de financement: public, local, privé. Voilà le raisonnement de base: il y a un volet économique! L'emploi n'est pas le seul aspect.
L'économie solidaire - aussi en tant que ressort ministériel - doit faire ses preuves maintenant. C'est un rêve qui se réalise dans un secteur.
Jean Rhein: Comment entendez-vous développer le département ministériel et le secteur dans un avenir très proche?
Romain Schneider: Il s'agit de créer les modèles appropriés. Au cours des prochaines années, il s'agira de mieux structurer ce secteur.
La loi donne la base pour le financement des emplois auprès des initiatives pour l'emploi. Il s'agira de développer le statut juridique des entreprises du secteur et de continuer à développer de nouveaux projets dans le secteur, d'assurer leur gestion, de stabiliser leur ancrage dans l'économie, et dans une deuxième phase de réguler leur accès aux marchés publics, d'effectuer des démarches auprès des concurrents éventuels, de limiter tous les aspects qui pourraient être considérés comme de la concurrence déloyale.
Dans les initiatives locales, il existe déjà de grandes avancées dans cette matière, là où les organes d'administration sont composés de représentants du secteur associatif, de syndicats, de représentants de la politique et de représentants du commerce et de l'artisanat, toutes les forces vives au niveau local. Il y a des exemples concluants, tels l'aménagement de grands terrains qui ne saurait être confié à une entreprise ordinaire, où le commerce local fournissait les marchandises, et l'artisanat le savoir-faire. Cela aboutit parfois, en fin de compte, à la création d'emplois sur le premier marché du travail, à nouveau. La solidarité est sortie vainqueur, finalement. C'est dans l'horticulture que l'on a le plus avancé. Un autre exemple positif est le nettoyage de l'autoroute. Pour l'avenir, je pense aux petits travaux dans la construction, la peinture, la réparation, le travail du bois, l'aménagement... Je pense que l'économie solidaire aura un grand rôle à jouer dans tous les domaines du développement durable.
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