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Bertrand Slézak: Estimez-vous que Benyamin Netanyahu est allé trop loin?
Jean Asselborn: II a dit une chose qui, pour moi, est inacceptable: Israël est disposé à développer des colonies. Il a dit une phrase qui, pour moi, est une provocation: ils sont là pour l'éternité. Si un membre du gouvernement israélien fait une telle déclaration, alors on a affaire à un gouvernement qui ne veut pas que les négociations avec les Palestiniens reprennent. C'est une violation du droit international. Il ne faut pas oublier qu'lsraël vole ce terrain, Israël construit des maisons, des immeubles, peut-être même des villages sur un terrain qui ne lui appartient pas. C'est la pire des provocations que l'on puisse imaginer. La condition primordiale pour que l'on ait une chance de reprendre le dialogue entre Israéliens et Palestiniens est l'arrêt des colonies. Si on ne veut plus cela, alors on accepte le risque d'un nouveau conflit qui puisse déstabiliser toute la région.
Bertrand Slézak: Il est rare qu'un ministre européen des Affaires étrangères se prononce de manière aussi tranchée sur ce conflit...
Jean Asselborn: Que peut-on répondre diplomatiquement quand on est confronté à une déclaration disant que l'on poursuit la colonisation et que c'est pour l'éternité? C'est peut-être fort ce que j'ai dit mais c'est la réaction qu'il faut avoir pour être écouté. Ce que fait Netanyahu est dangereux, pas seulement pour la paix dans la région mais aussi pour la paix et le bien-être d'lsraël.
Bertrand Slézak: Pensez-vous que le temps est venu pour l'Union européenne de hausser le ton vis-à-vis d'Israël?
Jean Asselborn: En politique étrangère, il y a des moments où il faut tout répéter en permanence. En 2008, juste avant la guerre de Gaza, on avait envisagé un sommet pour améliorer les relations entre Israël et l'Union européenne, pour avoir une influence positive pour que le processus de paix avance. Cette guerre de Gaza est arrivée et la situation est différente.
Bertrand Slézak: Ne pensez-vous pas que ce genre de prise de position risque de mettre de l'huile sur le feu au moment où les Américains font de gros efforts pour relancer le processus de paix (voir par ailleurs)?
Jean Asselborn: Imaginez qu'on laisse M. Netanyahu dire ces choses sans le contredire, qu'on accepte ses propos dans l'indifférence générale. Ce n'est pas le peuple israélien ni les juifs que je mets en cause. C'est le gouvernement de M. Netanyahu. Que tous les gens qui sont pour la paix mondiale, qu'ils soient israéliens ou non, catholiques ou non, protestants ou non, disent très fort que cette démarche mène tout droit vers un nouveau conflit (...) Dans ce cas-là, je pense qu'il faut être franc, direct et dire ce que l'on pense.
Bertrand Slézak: Souhaiteriez-vous que vos collègues européens le soient tout autant?
Jean Asselborn: Je pense que ce n'est pas seulement l'affaire de mes collègues mais l'affaire des relations de l'Union européenne avec Israël. Si le gouvernement israélien continue sur cette voie, c'est catastrophique. Il faut vraiment que l'Union européenne intervienne et le dise. Et j'espère qu'elle pourra parler à 27 et avoir une position précise, claire, qu'on ne peut pas accepter une telle démarche. Il faut parfois un certain temps pour percevoir toute la portée d'une déclaration. Là, c'est tellement, fort: "Rester là pour l'éternité", ça veut dire que l'on étouffe l'État palestinien. Ce n'est plus possible de parler d'un État palestinien. Les Israéliens ne punissent pas ceux qui ne veulent pas la paix mais ceux qui souhaitent une relation normale, redémarrer le processus de paix et établir, dans les deux ans qui viennent, cet État. Pour moi, c'est quelque chose d'incompréhensible, de provocateur et qui ne peut pas être dans l'intérêt d'lsraël.
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