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Fonction Communale: Quelles sont les initiatives mises en place au niveau national, plus particulièrement émanant du ministère de la Famille et de l'lntégration, pour favoriser l'autonomie des personnes âgées et/ou dépendantes?
Marie-Josée Jacobs: Le Gouvernement a introduit l'assurance dépendance, il y a une vingtaine d'années, pour permettre aux personnes concernées de rester le plus souvent et le plus longtemps possible à leur domicile, plutôt que d'être prises en charge par des institutions. Ce n'est évidemment pas toujours réalisable, c'est pourquoi nous avons continué d'investir, ces dernières années, dans des centres intégrés pour personnes âgées et des maisons de soins. Parallèlement, les réseaux d'aide et de soins à domicile, qui sont aujourd'hui opérationnels sur tout le territoire luxembourgeois, se sont énormément développés. Le ministère de la Famille leur accorde son agrément et collabore de manière étroite avec eux. L'assurance dépendance ne s'appliquant qu'à partir d'un besoin de 3,5 heures de soins par semaine, nous avons mis en place la tarification sociale pour soutenir les personnes qui ne remplissent pas ce critère. A ces services à domicile, qui constituent un volet majeur, s'ajoutent les centres psycho-gériatriques. Ces foyers d'accueil de jour, en plus de sortir les personnes dépendantes de l'isolement, leur dispensent les soins nécessaires en matière d'hygiène et d'alimentation et leur proposent des activités variées destinées à maintenir le plus longtemps possible les capacités résiduelles de la personne. On peut aussi parler des 16 Clubs Senior répartis dans tout le pays. Ils s'adressent surtout aux 'jeunes âgés' (50 ans et plus) et leur permettent d'avoir des contacts, de pratiquer des activités diverses et de suivre des formations. On leur propose, par exemple, de s'initier aux nouvelles technologies pour maintenir le lien avec des membres de leur famille ou des amis qui sont loin. Il y a aussi les services de repas sur roues et de télé-alarme 'sécher doheem', qui sont maintenant disponibles dans tout le pays. Enfin, nous avons une convention avec le service RBS, la Senioren Académie, pour offrir des formations aux personnes âgées et organiser des conférences à leur attention, mais aussi pour assurer la formation continue du personnel soignant qui travaille aussi bien dans les réseaux d'aide et de soins à domicile que dans les institutions. L'idée est de les soutenir dans ce travail difficile d'accompagnement des personnes dépendantes, de leur donner de la solidité, pour éviter le bum-out.
Fonction Communale: Pouvez-vous dresser un bilan de ce qui a été accompli au niveau de l'accessibilité? L'accessibilité ne concerne pas seulement les personnes en chaises roulantes ou à mobilité réduite, mais aussi les aveugles et malvoyants. Parfois ce qui est bien pour l'un est une catastrophe pour l'autre. Un exemple pour démontrer que cette problématique est très complexe: quelqu'un qui se déplace en chaise roulante a besoin de beaucoup de place pour manœuvrer, alors qu'une personne aveugle n'a aucun repère pour s'orienter dans un grand espace. Il y a donc différents moyens de rendre notre environnement accessible, qui vont des ascenseurs parlants avec des touches en braille aux distributeurs de billets de banques rabaissés pour que les personnes en chaise roulante puissent les atteindre. La culture de l'accessibilité s'installe progressivement dans les esprits, même si ce n'est pas aussi rapide qu'on le souhaiterait. Je crois que la façon d'aborder les choses a évolué ces dernières années: aujourd'hui, nous n'en sommes plus à penser qu'il faille absolument construire un bel et grand escalier pour rendre une maison ou une mairie plus imposante.
Marie-Josée Jacobs: L'accessibilité doit devenir une préoccupation pour chacun, à titre personnel. Par exemple, lorsque vous construisez votre maison, pensez à installer des portes plus larges. Il suffit d'avoir une jambe cassée ou de se promener avec une poussette pour réaliser à quel point il est plus facile de se déplacer quand les bâtiments, les trottoirs et les bus sont adaptés. Nous avons déjà avancé sur de nombreux points, notamment avec la loi sur l'accessibilité des lieux publics et la loi sur les chiens d'assistance pour personnes handicapées, qui sont désormais admis presque partout. Nous avons aussi aidé Info-Handicap à développer un dossier qui s'adresse aussi bien aux communes qu'aux architectes et aux ingénieurs pour leur permettre de proposer des solutions de construction ou de transformation adaptées.
Fonction Communale: Où en est le projet interreg 'Euregio for ail' qui vise à favoriser l'accessibilité aux lieux et services?
Marie-Josée Jacobs: Le Luxembourg a reçu deux récompenses lors de la remise des prix en juin 2008 à Aix-la-Chapelle: dans la catégorie 'mobilité', le bus Night Rider et dans la catégorie 'tourisme', le projet Barrierefreies Reisen - Weg des 5 Sinne du centre A Robbesscheier de Munshausen.
Fonction Communale: D'autres actions sont-elles réalisées en collaboration avec les pays voisins?
Marie-Josée Jacobs: Avec 450.000 résidents, presque tous les handicaps et maladies rares sont représentés, mais tous les services spécialisés ne peuvent pas être dispensés; d'où la nécessité d'une collaboration entre les différents pays, qui n'est pas toujours définie par un programme précis, mais se base souvent sur une amitié réciproque et sur le partage d'expériences communes. Nous entretenons de très bonnes relations avec la Sarre notamment, au sujet des loisirs des personnes handicapées. En Allemagne, une étude a montré que ces personnes disposent d'un budget de plus d'un milliard d'euros qu'elles pourraient allouer à leurs loisirs. Or, elles ne dépensent pas cet argent, car elles n'ont tout simplement pas d'endroits où le faire. Nous avons donc édité ensemble des brochures qui recensent les restaurants, hôtels et autres lieux accessibles aux personnes à mobilité réduite. Nous collaborons également avec les ministères du Tourisme luxembourgeois et sarrois pour proposer des packages qui combinent des séjours en Sarre et au Luxembourg. Notre ministère a également participé au développement du label "Euro Welcome" qui indique aux personnes handicapées ou âgées qu'elles sont les bienvenues dans un établissement, et la Sarre s'est inspirée de cette initiative. Il s'agit, en outre, d'un enjeu économique.
Fonction Communale: Que reste-t-il à faire au Luxembourg?
Marie-Josée Jacobs: Parvenir à améliorer l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite et à favoriser l'autonomie des personnes dépendantes est une démarche permanente que l'on doit poursuivre sans relâche. Avec les élections communales l'année prochaine, il faudra sensibiliser les nouveaux conseils communaux à ces problématiques, pour qu'ils réalisent leurs projets en n'oubliant aucune catégorie de leurs concitoyens. Je pense aussi à l'exemple plus précis d'une initiative suisse que j'espère pouvoir implanter au Luxembourg. Elle s'appelle 'les frigos vides' et consiste à assister les personnes démentes ou hautement dépressives, qui ne pensent plus ou n'ont plus l'énergie d'acheter leurs vivres, afin qu'elles ne souffrent pas de malnutrition.
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