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Le Quotidien: Que représente la population non luxembourgeoise?
Marie-Josée Jacobs: Elle représente près de 43% de la population résidente du Luxembourg. La communauté portugaise reste de loin la première, avec plus de 84 000 résidents, suivi des Français, 31 000, et des Italiens, 19 000.
Le Quotidien: Ce sont des chiffres en augmentation?
Marie-Josée Jacobs: Non! On note au contraire une baisse sensible du taux d'étrangers. Ce n'est pas si surprenant, car la crise est passée par là, et aussi parce que la loi sur la double nationalité a permis la naturalisation de près de 8 000 personnes en un an.
Le Quotidien: Existe-t-il un modèle d'intégration luxembourgeois?
Marie-Josée Jacobs: Je dirais qu'au Luxembourg, c'est un processus à double sens. On ne peut pas dialoguer si l'un n'écoute pas. C'est pour ça que la conférence s'intitule "S'écouter et agir: haut a muer". On précise aujourd'hui et demain, pour dire aussi qu'on n'arrive pas à nos fins en deux jours. L'intégration demande du temps, et ce n'est généralement qu'à partir de la troisième génération qu'elle se fait véritablement, naturellement.
Le Quotidien: Quels sont les principaux piliers de l'intégration?
Marie-Josée Jacobs: L'éducation, le travail et la nationalité jouent évidemment un rôle essentiel. La langue est aussi une de nos préoccupations. L'une de nos chances, au Luxembourg, c'est que partout, dans chaque village, vous trouvez des Luxembourgeois et des non-Luxembourgeois. Cela évite des séparations malsaines, comme dans d'autres pays. De plus, depuis le début des grandes migrations, il y a toujours eu des associations qui ont travaillé pour l'intégration, surtout au niveau des enfants.
Le Quotidien: Et qu'en est-il de l'intégration par les urnes?
Marie-Josée Jacobs: Même si le droit de vote des étrangers a été élargi, seuls 13% de ceux remplissant les conditions pour voter sont inscrits. C'est pour cela que l'on lance cette campagne "Je peux voter", car beaucoup ne connaissent pas encore leurs droits.
Le Quotidien: Outre la possibilité, n'est-ce pas l'intérêt du vote qu'il faudrait mettre en avant?
Marie-Josée Jacobs: C'est vrai que ce message est tellement évident qu'on oublie parfois de le répéter. Si l'on parle par exemple des élections communales, il faut rappeler que toute l'organisation de la vie quotidienne est décidée par les communes. Certains se disent: tout est bien organisé, les poubelles sont ramassées, l'eau coule dans le robinet, pourquoi voter? Mais il n'y a pas de point de vue unique. Il y a aussi des différences entre les communautés, entre les femmes et les hommes, entre les tranches d'âges... Le vote sert à exprimer cela.
Le Quotidien: Pourquoi les étrangers résidant au Luxembourg doivent attendre cinq ans pour obtenir ce droit?
Marie-Josée Jacobs: C'est une discussion politique. Comment garantir aux non-Luxembourgeois la possibilité de participer en connaissance de cause aux élections s'ils ont débarqué la veille? Une fois encore : il faut du temps pour s'intégrer.
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