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> home > Salle de presse > Interviews > Février 2012 > "Pas une fin en soi", Jean Asselborn au sujet de la diplomatie luxembourgeoise

Interview
"Pas une fin en soi", Jean Asselborn au sujet de la diplomatie luxembourgeoise
"Le Jeudi" du 09-02-2012

Vers le niveau supérieur
Le Jeudi: Quel est le rôle du réseau diplomatique luxembourgeois? Comment opère-t-il?

Jean Asselborn: Le réseau diplomatique est l'instrument de présentation du Luxembourg à 1 étranger, à commencer par les pays voisins, les pays partenaires ainsi que ceux qui représentent un intérêt particulier pour le Luxembourg ou, dans le cas des représentations permanentes, auprès des organisations internationales. Nos postes à l'étranger représentent le pays dans toutes ses composantes, qu'elles soient politiques, sociales, économiques, commerciales, protocolaires ou autres. Le réseau diplomatique est ainsi composé d'ambassades, de consulats généraux, de représentations permanentes et de bureaux de la coopération, à la tête desquels sont postés des diplomates luxembourgeois ainsi que dans une moindre mesure, des fonctionnaires issus d'autres ministères. Ils y représentent les intérêts de notre pays en rencontrant les personnes à responsabilités issues du monde diplomatique, politique, économique, commercial ou tout autre secteur qui revêt une importance particulière au plan de nos relations avec ce pays. Ils agissent selon les instructions qu'ils reçoivent de leur capitale, instructions qui peuvent être générales ou très précises.

Le Jeudi: Les services consulaires sont-ils à considérer comme faisant partie du réseau diplomatique?

Jean Asselborn: Oui, ils sont à considérer comme partie intégrante du réseau. Ils assurent le lien administratif des ressortissants luxembourgeois à l'étranger avec le Luxembourg. Ils forment également le portail d'accès à notre pays pour les non-Luxembourgeois intéressés à visiter ou à travailler au Luxembourg. A cause de l'exiguïté de notre réseau, nous dépendons en partie du soutien des services consulaires belges, qui représentent nos intérêts consulaires dans la plupart des pays où le Luxembourg ne possède pas de représentation. Ajoutons, pour être complet, que le Luxembourg dispose d'un réseau de quelque 140 consuls honoraires de par le monde. S'ils ne sont pas habilités à établir des actes consulaires dans le sens formel du terme, ils constituent un vecteur important pour véhiculer nos positions à l'étranger, voire, pour susciter l'intérêt en faveur de notre pays.

Le Jeudi: Les récentes nominations d'ambassadeurs ou ouvertures d'ambassades dans des pays émergents à Ankara, Abu Dhabi, au Brésil se résument-elles à l'ouverture de nouveaux marchés?

Jean Asselborn: Ces dernières années, le Luxembourg a étendu son réseau diplomatique, surtout par le biais de la désignation d'ambassadeurs non résidents, à un nombre de pays beaucoup plus important que les trois que vous mentionnez. L'explication en est un réseau existant trop limité ainsi qu'une évolution rapide dans certaines parties d'Europe et au-delà; ceci a mené à une intensification de nos relations bilatérales avec de nombreux pays avec lesquels nous n'avions, jusque-là, que peu de contacts. Bien sûr, l'existence d'un réseau diplomatique ne représente pas une fin en soi mais doit être au service du pays pour influer sur les décisions qui se prennent à l'étranger et qui nous concernent et pour intensifier les liens économiques et commerciaux au bénéfice du Luxembourg. Les trois postes que vous mentionnez sont des représentations diplomatiques à part entière du Grand-Duché de Luxembourg ayant toutes les compétences et attributions y relatives dans leur pays d'accréditation. En représentant les intérêts du Grand-Duché, elles possèdent bien évidemment aussi des compétences dans le domaine de la gestion des relations économiques et commerciales avec le pays hôte en question. Lorsque le volet économique et commercial revêt un intérêt particulier, ce qui est le cas pour certains postes plus que pour d'autres, les ambassades sont dotées de structures particulières, tels que les "Luxembourg Trade & Investment Offices". La Turquie est un voisin et partenaire incontournable de l'UE, de surcroît, candidat à une adhésion à l'Union européenne. C'est un pays incontournable dans le Machrek, qui revêt une importance capitale pour l'Europe et notre pays. Le Brésil est le plus grand pays de l'Amérique latine, avec une forte implantation en Europe et des liens économiques conséquents pour l'industrie luxembourgeoise, sans parler de l'importance croissante de son rôle politique et diplomatique sur le plan international. Quant aux Emirats arabes unis, là aussi, il y a d'abord le constat de relations bilatérales très denses, tant au plan diplomatique qu'écofornique, notamment dans le domaine financier.

Le Jeudi: Quel est l'intérêt de l'ouverture récente d'une ambassade en Ethiopie?

Jean Asselborn: L'inauguration à Addis Abeba, ville du siège de l'Union africaine auprès de laquelle le Luxembourg sera représenté en même temps, témoigne de l'intérêt marqué de notre pays à renforcer ses relations avec les pays africains, dans leur effort d'intégration régionale ainsi que notre volonté affirmée de développer et d'intensifier nos relations avec l'Afrique sur un plan politique et diplomatique. Il faut relever que le Luxembourg entretient une coopération privilégiée avec l'Union africaine dans le domaine de la coopération au développement. L'apaisement du continent africain, l'installation de gouvernements stables et démocratiques garantissant l'Etat de droit, représentent un défi pour l'ensemble de l'Europe qui se trouve en première ligne lorsque les pays du continent africain traversent des crises graves. Le Luxembourg doit s'y impliquer, à concurrence de ses moyens, comme ses partenaires de l'UE, d'autant que notre présence diplomatique sur le continent africain reste très réduite.

Le Jeudi: Quels sont nos intérêts politiques dans les pays tiers (autres qu'économiques)?

Jean Asselborn: Il est difficile, sinon impossible, de faire une distinction précise entre un intérêt purement politique et un autre, quelle qu'en soit la nature. Les relations entre pays sont basées sur un faisceau complexe et riche d'intérêts de toutes sortes, de contingences géographiques et historiques, d'interdépendances structurelles ou conjoncturelles. Par ailleurs, les intérêts politiques du Luxembourg varient d'un pays et d'un partenaire à l'autre. Ce qui est certain, c'est que nous avons tout à gagner à oeuvrer en faveur de relations diplomatiques bilatérales stables, honnêtes - critiques s'il le faut et ouvertes avec tous les pays du monde. En rapportant la preuve que nous sommes un membre utile de la communauté des nations, nous nous voyons renforcés dans nos visées et nos ambitions. Il est crucial de veiller à ce que le Luxembourg soit perçu de manière positive dans le monde. Un bon contact - aussi bien personnel et direct que par l'intermédiaire de différentes institutions - est primordial entre ministres, diplomates, fonctionnaires et autres représentants du Luxembourg et leurs homologues étrangers. Ces contacts représentent le socle pour renforcer la confiance entre le Luxembourg et ses partenaires. En outre, il est important d'être à l'écoute de nos partenaires en vue de comprendre leurs opinions, leurs réserves et leurs problèmes afin de mieux réagir aux défis communs auxquels nous faisons face dans un monde interdépendant.

Le Jeudi: Doit-on s'attendre à l'ouverture de nouvelles ambassades? Si oui, dans quels pays?

Jean Asselborn: Pour le moment, il n'existe pas de projet d'ouverture d'autres missions diplomatiques résidentes. Nos moyens budgétaires nous l'interdisent. Il est, par ailleurs, certain que nous n'avons pas besoin de posséder un réseau diplomatique à l'instar de celui dont disposent les pays plus grands que le Luxembourg. Toutefois, en fonction de l'évolution de la situation dans certaines parties du monde, la question de l'ouverture de quelques ambassades résidentes supplémentaires peut se poser. Il faut simplement, encore une fois, qu'une telle ouverture corresponde à un besoin éprouvé. De manière générale, nous devons gérer notre réseau avec davantage de flexibilité, envisager la fermeture d'une ambassade là où elle est justifiée pour assurer une présence ailleurs. De même, nous pouvons avoir recours à la nomination d'ambassadeurs non résidents, basés soit à Luxembourg, soit auprès d'autres ambassades résidentes du Luxembourg à l'étranger, à l'instar des nominations auxquelles nous avons procédé en 2011 en Bosnie-Herzégovine, au Brésil, en Croatie, au Monténégro et en Serbie. Enfin, nous devons voir comment vont évoluer les représentations de l'UE à l'étranger, notamment leur potentiel à se substituer à certaines charges de nos représentations propres afin de mieux permettre à ces dernières d'effectuer un travail bilatéral.

Le Jeudi: Comment se pense le développement du réseau avec les partenaires du Benelux, notamment autour de la coopération consulaire et diplomatique?

Jean Asselborn: Une coopération étroite nous lie avec les Pays-Bas et la Belgique dans le domaine consulaire et diplomatique depuis le début des années 1960. C'est de cette époque que datent nos accords bilatéraux avec Bruxelles concernant la représentation consulaire dans les pays à l'étranger où nous n'entretenons pas de présence officielle, et avec La Haye pour la représentation diplomatique. Ce dispositif demeure à jour, même s'il a connu, depuis deux ans, un fléchissement de tendance. En effet, le Luxembourg assure aujourd'hui la représentation consulaire pour les Pays-Bas dans une douzaine de villes de par le monde. De même, la Belgique envisage de fermer des consulats dans des villes où le Luxembourg est représenté, en nous transférant sa représentation consulaire. Les ambassades néerlandaises et belges nous soutiennent de manière ponctuelle lorsque nous avons besoin de leurs services. Il ne faut pas oublier qu'à la base les Pays-Bas et, dans une moindre mesure la Belgique, entretiennent un réseau d'ambassades, de représentations permanentes et de consulats généraux à l'étranger qui compte bien au-delà de 100 unités pour chacun, alors que le Luxembourg a à sa disposition un réseau infiniment plus modeste. D'où, chez nos partenaires du Benelux, une tendance accrue à rationaliser leurs réseaux alors que le Luxembourg peut encore se demander s'il n'y a pas lieu d'étoffer le sien.



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