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Interview
"Rigueur n’est pas austérité", Jean-Claude Juncker au sujet de la paix sociale et du modèle social luxembourgeois
"paperJam" du 22-02-2012

Vers le niveau supérieur

paperJam: Monsieur Juncker, le Luxembourg vient de vivre deux échecs successifs de la Tripartite. Vous n’estimez pas pour autant que le modèle social luxembourgeois est remis en cause. Il est pourtant difficile de dire qu’il se porte bien…

Jean-Claude Juncker: Cela dépend du degré de performance que l’on accorde au modèle tripartite. La Tripartite a connu des échecs pendant les années 80, dont plus personne ne se souvient. Moi je me souviens de cet échec, grave, qui, lui aussi, était dû à l’impossibilité des partenaires sociaux de se mettre d’accord sur les termes de la modulation de l’index dans les années 82-83. Nous avons fait la même expérience en 2010 et en 2011.

En 2010, nous avons pu conclure via des bipartites des accords qui ont tenu et qui tiennent la route. Et en 2011, en prenant appui sur les résultats des bipartites de 2010, nous avons pu, sans avoir besoin de cet accord tripartite qui s’est avéré impossible, moduler l’indexation automatique comme nous l’avons fait par la loi adoptée le 26 janvier. Je continue donc à penser que le modèle tripartite, si on entend par là des négociations entre partenaires sociaux et gouvernement, garde toute sa valeur. Parce que même en l’absence d’un accord, nous arrivons à prendre les décisions qu’il faut.

Nous pourrions évidemment le faire sans avoir recours à la négociation avec les partenaires sociaux, mais c’est une perspective dans laquelle je ne m’inscris pas. La décision isolée qu’a dû prendre le gouvernement sur l’indexation des salaires n’aurait pas été possible sans ces négociations préalables. Vous savez, des négociations ne permettent pas toujours de trouver un accord. En revanche, elles permettent toujours de connaître les lignes rouges des uns et des autres. Et connaître les lignes rouges des partenaires sociaux est une précaution essentielle qui permet ensuite de pouvoir prendre des décisions politiques qui tiennent la route.

paperJam: À qui faut-il imputer l’échec de la Tripartite ? Les partenaires sociaux qui sont restés bloqués sur leurs positions ? Ou bien le gouvernement qui n’a pas su les faire converger ?

Jean-Claude Juncker: Le gouvernement a fait des propositions qui allaient insuffisamment loin pour les représentants des employeurs, et qui allaient au-delà de ce que le monde syndical considérait comme devant être fait. Finalement, nous avons présenté un projet de loi qui contenait les éléments soumis aux partenaires sociaux sans avoir pu les mettre d’accord.

paperJam: Ce sont donc des torts partagés ?

Jean-Claude Juncker: Il y avait au niveau des partenaires sociaux une volonté insuffisante d’arriver à un accord. Je le comprends un peu, car les décisions qui s’imposent sont difficiles à assumer. J’ai eu l’impression que les partenaires sociaux, et surtout les syndicats, préféraient de très loin que le gouvernement assume seul la responsabilité des décisions prises. Mais cela ne me choque pas, puisque le gouvernement est là pour prendre des décisions.

paperJam: Moduler l’indexation jusqu’en 2014 était-il une façon de sauver la paix sociale en attendant les prochaines élections ?

Jean-Claude Juncker: Le gouvernement est là pour faire un maximum d’efforts pour garantir la paix sociale. Mais lorsque des décisions graves et lourdes de conséquences doivent être prises, car l’état du pays le recommande, le maintien de la paix sociale est un élément parmi d’autres à avoir en tête. La paix sociale, pour utile qu’elle soit, ne peut pas empêcher le gouvernement et le parlement de prendre des décisions.

Je ne voudrais pas qu’un jour on puisse dire que nous avons enlevé au pays toutes ses chances d’avenir parce que nous avons voulu sauver la paix sociale, à laquelle je reste évidemment très attaché.

paperJam: En décembre prochain, cela fera 30 ans que vous êtes membre du gouvernement. Vous êtes Premier ministre depuis 17 ans. La question de l’usure du pouvoir revient régulièrement sur le devant de la scène. Qu’en est-il, concrètement ?

Jean-Claude Juncker: Lorsqu’on exerce la fonction de Premier ministre, il faut la comprendre comme une vocation. Je lis en effet parfois que je suis fatigué, que je n’ai plus envie, que la lassitude prend le dessus, que l’affaissement serait général… Je ne ressens rien de cela. Je crois que c’est plus le désir de ceux qui font de moi cette description que la réalité.

paperJam: Un chef d’entreprise, à un moment donné, prépare sa succession. Sachant qu’il y aura bien un jour un "après-Juncker ", la question se pose-t-elle au sein du parti chrétien social ?

Jean-Claude Juncker: Ce qui m’a frappé au vrai sens du terme, dans ma vie, est un grave accident de voiture que j’ai eu en octobre 1989 (M. Juncker était resté deux semaines dans le coma, ndlr.). Donc, depuis ce temps-là, j’ai toujours considéré qu’un quelconque type d’événement pouvait toujours me mettre dans l’impossibilité absolue de rester Premier ministre. J’ai donc veillé à ce que dans mon parti, la question de la succession soit informellement réglée…

Le jour où j’arrêterai mes fonctions, il n’y aura ni le vide, ni le trop plein.

paperJam: Que ce soit pour l’établissement du budget 2012 ou, plus récemment, pour les grandes lignes du projet de réforme des pensions, les hypothèses de croissance sous-jacentes ne sont pas certaines d’être tenables. Est-ce bien raisonnable ?

Jean-Claude Juncker:  Les hypothèses de base en termes de croissance économique et d’expansion du marché de l’emploi me semblent être optimistes. Mais nous n’échapperons pas, si la croissance devait être trop médiocre, à de solides ajustements qui sont prévus dans le projet de loi… Lorsqu’il y a sept ans, j’ai mentionné le mur des pensions, tout le monde ou presque m’est tombé dessus. Je vois qu’aujourd’hui le fait de mentionner l’existence de ce mur ne soulève plus d’émotion et n’entraîne pas des invectives fusant de toute part… C’est déjà un progrès dans la mesure où dorénavant il semble y avoir un consensus sur la nécessité d’ajustement de notre système de rentes, de retraites et de pensions. Ce consensus n’existait pas avant 2004.

paperJam: Même Serge Allegreza évoque la possibilité d’une récession en 2012. Cela vous inquiète-t-il ?

Jean-Claude Juncker: Au vu de la situation de l’économie globale et de celle de la zone euro, il serait surprenant, en ce moment précis du cycle économique, que le Luxembourg puisse briller par des taux de croissance qui se distingueraient positivement des performances de nos voisins.

paperJam: Cela va donc sans doute rendre nécessaire l’adoption de nouvelles mesures d’austérité…

Jean-Claude Juncker: Je tiens à ne pas confondre rigueur et austérité. J’attache beaucoup d’importance à l’emploi correct des moyens que la langue nous offre. Et appeler austérité des mesures qui relèvent de la rigueur me paraît être un emploi excessif.

paperJam: Les gens sont-ils prêts au Luxembourg à mettre un peu plus de rigueur dans leur quotidien ?

Jean-Claude Juncker: Il faut bien distinguer les mesures de rigueur qui frapperont le budget de l’État, sans frapper dans leur réalité immédiate nos concitoyens, et celles qui peuvent avoir une certaine influence directe sur leur pouvoir d’achat. Je crois que les Luxembourgeois sont plutôt disposés à voir le budget de l’État assumer l’effort de rigueur sans qu’ils ne soient concernés directement… Nous devons donc avoir un bon mélange entre les deux : des mesures de rigueur fortes pour le budget de l’État et les mesures de douce rigueur qui pourront frapper les citoyens.

En outre, je me dis que les Luxembourgeois qui regardent les programmes des journaux télévisés allemands, français, belges ou autres – je crois que certains responsables ne le font pas – ont développé beaucoup de compréhension pour des efforts d’ajustement qui doivent être entrepris…

En tous les cas, jusqu’à présent, je n’ai pas été saisi d’une pétition qui aurait pour objet d’introduire le modèle socio-économique allemand, français, belge ou néerlandais sur le territoire luxembourgeois…

paperJam: Il y a eu, au début du mois, un changement de ministre de l’Économie et du Commerce extérieur. Regrettez-vous la démission de Jeannot Krecké ?

Jean-Claude Juncker: Le départ de Jeannot Krecké est une véritable perte pour le gouvernement. Je n’aime pas trop commenter les mauvaises nouvelles… Mais je suis sûr et certain que le nouveau titulaire, disposant de réelles qualités, saura être un successeur digne de confiance.

paperJam: Il se présente comme étant à la fois social et libéral. Est-ce une dualité tenable au Luxembourg ?

Jean-Claude Juncker: Chaque homme politique porte en lui plusieurs dimensions.

paperJam: Il a déclaré dans l’une de ses premières interviews, au sujet de la récente entrée de fonds qataris dans des entreprises clés de l’économie luxem­bourgeoise « Avec les Qataris, moi, j’ai un problème de culture. » Avez-vous le même problème ?

Jean-Claude Juncker: Nous sommes une économie des plus ouvertes. Nous n’avons jamais eu la chance de disposer, dans l’histoire de l’économie du Luxembourg, de ce qu’on appelle le grand capital luxembourgeois. Il n’existe pas. Nous avons donc toujours eu besoin d’avoir recours à des investisseurs belges, allemands, français… en fait européens. Il n’est pas anormal que dans une économie globalisée, ceux avec lesquels nous commerçons au-delà des frontières de l’Europe investissent au Luxembourg.

Est-ce que le fait de ne pas être européen, dans un monde globalisé, doit être transformé en argument négatif ? Je ne crois pas.

paperJam: Étienne Schneider faisait davantage allusion à la situation démocratique dans cet Émirat et à leur approche économique susceptible d’aller à l’encontre des intérêts des salariés…

Jean-Claude Juncker: Je suis très attentif aux développements internes au Qatar. Il faut donner à ce pays le temps pour entreprendre sur un plan interne les ajustements démocratiques qu’il conviendra de faire. Si nous n’avions pas cette patience, nous n’enverrions plus de missions économiques dans beaucoup de parties du monde.

paperJam: Vous prononcerez le 8 mai prochain votre discours annuel sur l’état de la nation. Quelle en sera l’inspiration ?

Jean-Claude Juncker: Je suis en discussions avec les ministres, les partenaires sociaux et représentants de la société civile que je reçois régulièrement, sans pour autant qu’on en fasse état dans un communiqué ou une conférence de presse. Je me forge une idée d’ensemble que je dois évidemment soumettre au gouvernement. Car cette déclaration sur l’état de la nation n’est pas l’exercice individuel du Premier ministre, mais une ‘œuvre collective’ du gouvernement.

paperJam: Avez-vous le sentiment que ce discours du 8 mai sera plus attendu que les précédents ?

Jean-Claude Juncker: Je ne rédige pas mes discours en fonction d’un horizon d’attente.



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