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> home > Salle de presse > Interviews > Février 2012 > "L'Union doit aider la Grèce à se relancer". Jean-Claude Juncker au sujet de la Grèce et de la suppression des allocations familiales aux transfrontaliers

Interview
"L'Union doit aider la Grèce à se relancer". Jean-Claude Juncker au sujet de la Grèce et de la suppression des allocations familiales aux transfrontaliers
"La Libre Belgique" du 29-02-2012

Vers le niveau supérieur
La Libre Belgique: Le premier plan d'aide à la Grèce n'a pas abouti à stabiliser sa situation. En quoi le second plan serait-il plus efficace?

Jean-Claude Juncker: Je souligne que le premier a connu un échec partiel. Et ce deuxième a les chances d'aboutir pour la simple raison que les dirigeants grecs ont compris la nécessité d'appliquer en détail les différents segments du programme. Qui se distingue du premier par le fait que non seulement il porte sur les très nécessaires mesures de consolidation budgétaire, mais qu'il renferme aussi un certain nombre de réformes structurelles favorables à la croissance. Ce processus s'étendra sur plusieurs années, pour que les deux parties du programme réussissent. Et nous avons pour cela prévu une surveillance rapprochée, avec un "reporting" quasi mensuel de la troïka (Commission-Banque centrale européenne-Fonds monétaire international, NdlR) qui dira, le cas échéant, s'il faut corriger le tir. Les possibilités de réussite sont dès lors autrement plus grandes.

La Libre Belgique: Ce "reporting" et le fait que la Grèce doit déposer une partie des fonds reçus sur un compte spécifique réservé au service de la dette sont-ils une mise sous tutelle du pays qui ne dit pas son nom?

Jean-Claude Juncker: Je n'ai jamais raisonné en ces termes. Mais c'est le signe évident que la Grèce doit nuancer l'attitude qu'elle avait jusqu'à présent à l'égard de sa propre souveraineté, dans la mesure où elle n'a pas accès aux marchés financiers car des questions restent posées quant à la faisabilité de l'ajustement grec sur le court et moyen terme. Et dans la mesure, aussi, où nos opinions publiques s'attendent à ce que la Grèce fasse ce à quoi elle s'est engagée et que nos citoyens contribuables voulaient avoir un certain nombre de garanties. D'où le mécanisme de compte bloqué qui donne priorité au remboursement, ce qui va rassurer les marchés et les créanciers de ce pays. Cette idée n'a d'ailleurs pas été imposée mais a pour origine la convergence des volontés de l'Eurogroupe et des Grecs.

La Libre Belgique: Quelles sont les priorités pour (re)lancer la croissance grecque?

Jean-Claude Juncker: Il y a des réformes structurelles qui portent sur l'ouverture des segments fermés de l'économie grecque, sur le droit du travail et toute une série de mesures destinées à améliorer la compétitivité. Car le problème budgétaire du pays découle directement de la perte de compétitivité accusée depuis son adhésion à l'union économique et monétaire. D'où, dans le programme, le mix entre les mesures de consolidation des finances publiques - à laquelle il n'y a pas d'alternative - et celles destinées à l'économie grecque. Pour donner une véritable chance à la croissance, il faut que tous les moyens communautaires soient activés. Cela vaut notamment pour les montants disponibles dans les différents fonds structurels de l'Union, dont la Grèce n'a utilisé que 20% de ce qui lui était réservé, faute de capacité de les absorber. Il faut tout faire pour accélérer le flux des fonds structurels vers la Grèce. Ensuite, je n'ai pas à m'ingérer dans les rouages de la Commission, mais je voudrais qu'elle charge spécifiquement un commissaire de la reconstruction de ce pays. Offi Rehn (commissaire aux Affaires économiques, financières et à l'euro, NdlR) fait son travail à merveille, mais il faudra que tous les éléments rassemblés pour fertiliser la croissance grecque soient un instrument aux mains d'un seul commissaire délégué pour penser et appliquer une véritable politique de croissance pour la Grèce. La consolidation budgétaire est du ressort national, la politique de croissance à la fois du ressort national et européen.

La Libre Belgique: En avez-vous déjà parlé avec (le président de la Commission) José Manuel Barroso?

Jean-Claude Juncker: Non, mais je vais le faire maintenant.

La Libre Belgique: Si le plan ne produit pas ses effets, peut-on imaginer que les créanciers publics doivent, comme les banques, accepter des pertes sur leurs prêts à Athènes? Ou te scénario d'une sortie de la Grèce de la zone euro?

Jean-Claude Juncker: Nous n'avons jusqu'à présent pas perdu d'argent. Nous récoltons les intérêts - ce qui peut paraître un peu absurde. Mon hypothèse n'est pas que le plan échoue. Son exécution n'est pas sans risques. Nous avons fait tout ce qu'il fallait pour qu'ils soient le moins élevés possibles. Si les Etats membres n'étaient pas prêts à prendre un risque, nous en prendrions un plus grand encore. Ceux qui imaginent que la Grèce va un jour quitter la zone euro et se débrouiller avec ses propres démons laissent la porte ouverte à une aventure incontrôlable. Car nous ne connaissons pas le périmètre des problèmes que nous découvririons si un tel événement intervenait. En Grèce, nous serions très rapidement confrontés à une rébellion sociale dans tout le pays, ce qui me semble déjà être, dans cette région tumultueuse de l'Europe, un argument suffisant pour éviter à la Grèce de devoir faire ce funeste choix. Et je n'arrive pas à imaginer ce que ces conséquences seraient pour la zone euro et l'économie globale. Tout doit être fait pour éviter une telle perspective.

La Libre Belgique: Le traité budgétaire, qui sera signé par vingt-cinq des Vingt-sept Etats membres lors du sommet est-il, comme on l'a entendu dire, "absolument inutile mais politiquement nécessaire"?

Jean-Claude Juncker: C'est partiellement exact. Parce qu'un certain nombre de dispositions du nouveau traité auraient pu entrer dans la législation secondaire. Mais, pour une question de cohérence, il a paru utile aux instigateurs du traité (l'Allemagne et la France, NdlR) de tout rassembler dans un même texte.

La Libre Belgique: Ce traité, en cadrant les devoirs budgétaires des Etats, rogne-t-il les choix politiques?

Jean-Claude Juncker: Nous avions ce genre de débat lors de la confection du traité de Maastricht, qui fixe les règles notamment de déficit budgétaire, limité à 3% du PIB. Lors de la réforme du pacte de stabilité entreprise en 2005, nous avons mis parmi les facteurs pouvant justifier un dépassement momentané de ce déficit une série de considérations. Nous n'avons jamais voulu éliminer par exemple les investissements publics auxquels une attention particulière sera donnée lors de l'évaluation de l'application de la règle - d'autant qu'il n'y a pas de définition "générique" des investissements publics. D'affleurs, la "règle d'or" (d'équilibre budgétaire structurel, NdlR) n'implique pas qu'elle soit à respecter indépendamment des circonstances conjoncturelles. Les Etats membres, en période de récession, doivent pouvoir financer une politique anticycique, ce que nous avons fait en 2008, 2009 et 2010.

La Libre Belgique: La suppression des allocations familiales aux transfrontaliers fait débat. La Commission européenne vient d'adresser un avis motivé au Luxembourg à propos de la suppression des allocations familiales aux travailleurs transfrontaliers pour les enfants entrant aux études supérieures. Votre gouvernement va-t-il revoir cette disposition?

Jean-Claude Juncker: Je crois que, juridiquement, il n'y a pas discrimination et que donc la Commission se trompe. Il faudra que nous lui apportions une réponse convaincante, sinon nous nous expliquerons devant la Cour de justice. Je constate qu'une affaire semblable a été lancée par la Commission contre les Pays-Bas. Et j'ai noté que le royaume de Belgique, dans ce dossier, appuie le gouvernement néerlandais alors que certains milieux belges ne cessent de nous critiquer pour avoir fait à peu près la même chose. Je l'ai découvert sur le tard, sans quoi mes explications à l'égard de mes amis belges auraient été plus, je n'ose pas dire musclées, car ce n'est pas le genre de la maison. Et nous n'envisageons pas de faire marche arrière. J'avoue que j'avais des doutes sur cette législation mais on m'a démontré en droit que notre façon de faire était conforme. D'ailleurs, si jamais le Luxembourg perdait ce procès, bien des Etats membres devraient revoir leurs règles en la matière. Et d'ailleurs, la Région wallonne accorde-t-elle une bourse aux étudiants wallons faisant leurs études au Luxembourg? Je trouverai bien un étudiant belge qui porterait une telle affaire devant la cour si jamais le Luxembourg devait perdre la sienne! Mais nous ne sommes pas en guérilla ouverte avec nos amis belges. Nous nous expliquons amicalement.

La Libre Belgique: Yves Mersch, le gouverneur de la BCL, s'est montré très critique sur l'absence, selon lui, de réformes structurelles au Grand-Duché, sur l'endettement implicite, sur le maintien de l'indexation. Votre réaction?

Jean-Claude Juncker: Il y a dans ses propos des choses à prendre et à laisser. Que le gouverneur de la Banque centrale du Luxembourg nous rende attentifs au fait qu'il y a des charges implicites liées à notre régime de pensions n'est pas une fantaisie de sa part. C'est une description presque exacte de la réalité de demain. Le gouvernement est occupé à apporter des changements du système de retraite dans le temps. Le fait que M. Mersch attire l'attention sur le caractère à ses yeux pernicieux du mécanisme d'indexation des salaires relève d'une autre catégorie. Le gouvernement a fait adopter le 26 janvier une loi qui module les tranches indiciaires. Ainsi, tout en maintenant le principe de l'indexation des salaires et, moi, je suis pour -, nous apportons les modulations que le contexte conjoncturel international nous impose. Vouloir donner l'impression que nous restons les bras croisés me fait dire que M. Mersch - que j'apprécie beaucoup pour l'avoir nommé deux fois à la tête de la BCL - fait semblant de ne pas tout voir.



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