|
Le Jeudi: La politique d'égalité hommes - femmes se concentre généralement sur la réduction des inégalités subies par les femmes. N'y a-t-il pas là une lacune?
Françoise Hetto-Gaasch: Je me suis rendu compte que face à une offre très large proposée aux femmes et jeunes filles en situation de détresse, pour les hommes dans des situations similaires, très peu de choses existent. Nous avons donc décidé de faire un état des lieux de ce qui est déjà en place, avec des conclusions surprenantes. Ainsi l'on a d'abord constaté qu'il existe bien une offre, mais que celle-ci manque cruellement de visibilité. Autre problème, tous les acteurs qui travaillent dans ces domaines ne sont pas connectés entre eux. Enfin, tous ont confirmé qu'il existe un réel besoin.
Le Jeudi: Ce côté "hommes" a-t-il été délaissé?
Françoise Hetto-Gaasch: Le ministère est celui de l'égalité femmes et hommes, et jusqu'à présent, on n'a pas suffisamment mis l'accent sur les inégalités qui touchent les hommes. Peut-être n'a-t-on pas assez pris en compte cet aspect. Mais peut-être est-ce aussi une évolution qui a suivi celle de notre société, et à laquelle il faut donner une réponse.
Le Jeudi: Quels sont les domaines dans lesquels un besoin se fait ressentir?
Françoise Hetto-Gaasch: On voit que ce sont notamment plus souvent des garçons qui abandonnent l'école, les hommes sont aussi davantage suicidaires, ou dans des situations d'addiction par rapport aux femmes... Nous recevons des appels au ministère d'hommes en détresse suite à des situations de divorce ou de violences domestiques et qui ne savent pas où s'adresser... On est face à un problème qu'il ne faut surtout pas nier et pour lequel il nous faut trouver des réponses adéquates, notamment la mise en contact de ces hommes avec les personnes qui peuvent les aider. D'où l'idée de la création d un bureau des hommes.
Le Jeudi: A quoi ressemblera-t-il?
Françoise Hetto-Gaasch: Nous nous sommes inspirés de l'exemple allemand du "Bundesforum Männer". Deux associations, la Maison de la Porte ouverte et Pro Familia, avec lesquelles nous travaillons depuis longtemps et qui ont une expérience dans ce domaine, ont manifesté leur intérêt pour ce projet. On dit "bureau des hommes" mais je parlerais plutôt d'un espace d'information et de consultation aux hommes de tous âges. En ce moment, nous avons recruté le personnel, soit un psychologue et un pédagogue diplômés, et nous sommes en train d'élaborer un concept et la convention qui sera signée avec le ministère. Le bureau commencera ses travaux en été, et sera inauguré en novembre.
Le Jeudi: Quelles seront concrètement ses missions?
Françoise Hetto-Gaasch: Ce sera un centre d'information et de gestion de crise pour hommes en situation de détresse, mais aussi un point de repère pour professionnels du secteur social. Le centre aura notamment la mission d'organiser des conférences et des formations sur les différents sujets qui peuvent concerner le travail avec les hommes adultes et les plus jeunes. Prévention du suicide, reconnaissance des situations qui peuvent y mener, etc. Je pense en particulier aux personnels des services psychologiques des lycées qui devront être formés aux problématiques évoquées. La dernière mission consistera à mieux connecter les offres existantes. On sait pertinemment qu'au départ, le bureau ne pourra pas s'occuper de tout, les choses se feront étape par étape. Il faudra aussi évaluer, au fur et à mesure, si les moyens alloués sont suffisants. Pour commencer, ce centre sera créé à Luxembourg avec une antenne dans le sud du pays, mais dans un second temps, il faudra étendre les services au nord. Il faut une offre décentralisée pour que les gens en situation de détresse puissent être aidés le plus rapidement possible. Dans une étape ultérieure, il faudra mettre en place une vraie maison d'accueil pour hommes, un foyer social qui les accompagne en période de crise et qui les aide à en sortir. Le seul foyer pour homme qui existe est le foyer Ulysse (pour sans-abri), c'est inacceptable.
|