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Le Quotidien: Dimanche soir, vous disiez ne pas avoir pu féliciter directement François Hollande. L'avez-vous fait depuis?
Jean Asselborn : J'ai finalement pu le faire dans la nuit. Je lui ai dit qu'il avait eu raison de miser sur la confiance et non sur la peur. Que j'ai vu un président qui a montré sa joie mais aussi son sens des responsabilités.
Le Quotidien: Nicolas Sarkozy n'est jamais venu en visite officielle au Luxemhourg. Comptez-vous inviter François Hollande rapidement?
Jean Asselborn : Je suis convaincu que, sous son mandat, François Hollande nous rendra visite ou bien que le Luxembourg rendra visite à la France à un très haut niveau.
Le Quotidien: Les relations franco-luxembourgeoises ont parfois été très tendues sous le mandat de Nicolas Sarkozy. En quoi l'élection de François Hollande va-t-elle changer les choses?
Jean Asselborn : Il y a eu durant ce quinquennat des blessures inutiles qui auraient pu être évitées. En politique, il n'y a pas de garanties que des gens comme Marini (NDLR: le député UMP qui avait déclaré avoir "préféré que le Luxembourg n'existe pas") ne reviennent pas à l'ordre du jour mais, au niveau du président, il y a une sacrée différence: François Hollande respecte notre pays, il me l'a déjà dit.
Le Quotidien: Vous avez souvent été très critique envers Nicolas Sarkozy. La défaite d'un homme que vous n'appréciez guère vous réjouit-elle tout autant que la victoire de François Hollande?
Jean Asselborn : J'ai souvent peu apprécié les gestes politiques, parfois arrogants, et la manière de faire les choses de Nicolas Sarkozy. Je me réjouis de la victoire de François Hollande, point à la ligne.
Le Quotidien: L'élection de François Hollande a clairement fait bouger les lignes politiques en Europe. Comment doit-il procéder pour mener à bien son projet de renégociation du pacte européen de stabilité?
Jean Asselborn : Je ne crois pas qu'il y aura une renégociation de la substance du pacte de stabilité. Mais il y aura un rééquilibrage avec de la croissance. Ce ne sera pas facile mais beaucoup de pays pensent la même chose, y compris où des conservateurs sont au pouvoir.
Le Quotidien: Ce sera donc un autre texte?
Jean Asselborn : Il y a un référendum en Irlande, d'autres pays ont commencé à débattre au sein de leur Parlement: il faut voir quelle image nous donnerions aux marchés et au monde si on remettait en cause le texte. Il faut être honnête, il y a déjà eu des pourparlers à Bruxelles et je pense qu'il y aura un complément axé sur des moyens de stimuler la croissance.
Le Quotidien: Hollande, c'est une tout autre personnalité. En quoi cela peut-il changer la donne lorsqu'il devra négocier au niveau européen? Les "petits" pays de l'UE seront-ils plus écoutés?
Jean Asselborn :Le président Nicolas Sarkozy, et je ne le juge pas en tant qu'homme, était un président très nerveux. A côté de lui, et je ne pense pas que je choquerai les Italiens en disant cela, le président du gouvernement italien (NDLR: Silvio Berlusconi, jusqu'en novembre 2011) n'était pas très sérieux. Les deux sont maintenant partis. Je pense qu'il y aura moins de théâtre et plus de débats de fond au sein de l'Union européenne, moins d'intergouvernementalité et plus de méthode communautaire.
Le Quotidien: L'élection d'un président socialdémocrate en France alors que les conservateurs sont au pouvoir en Allemagne ne va-t-elle pas compliquer les relations entre les deux pays moteurs de l'Union européenne? N'y a-t-il pas des risques de blocage sur plusieurs dossiers importants?
Jean Asselborn : Je ne pense pas. Kohl-Mitterrand, ça a bien fonctionné, Schröder-Chirac aussi. Ce ne sera pas un couple comme "Merkozy" mais Merkel et Hollande sont deux personnes sérieuses. Ils savent que s'il y a un blocage France-Allemagne, il y aura un blocage de l'image de l'Union européenne dans le monde. Ni la France, ni l'Allemagne n'y ont intérêt.
Le Quotidien: François Hollande se démarque de son prédécesseur sur la question de l'Afghanistan. Pensez-vous, comme lui, qu'il faut retirer les troupes engagées dès la fin de cette année? L'armée luxembourgeoise peut-elle suivre cette voie?
Jean Asselborn : La présence luxembourgeoise en Afghanistan est prévue jusqu'à la fin de l'année 2014, comme la grande majorité des pays de I'ISAF (NDLR: la force de l'OTAN). La France prendra la décision qu'elle veut.
Le Quotidien: Avec quel ministre français des Affaires étrangères aimeriez-vous travailler?
Jean Asselborn : Je dois dire qu'Alain Juppé est l'un des meilleurs des 27. J'ai une grande estime pour lui, nous étions souvent sur la même ligne. Pour le nouveau, pourquoi pas Jean-Pierre Jouyet, par exemple, que je connais très bien, Elisabeth Guigou ou, évidemment, Laurent Fabius?
Le Quotidien: Pensez-vous que les élections législatives de juin puissent empêcher les socialistes d'avoir une majorité au Parlement?
Jean Asselborn : Non. La France a, après une présidentielle, toujours été conséquente. Elle le sera encore.
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