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> home > Salle de presse > Interviews > Juin 2012 > "Continuer à chercher l'excellence", Etienne Schneider au sujet de l'étude IMD et de la compétitivité du Luxembourg

Interview
"Continuer à chercher l'excellence", Etienne Schneider au sujet de l'étude IMD et de la compétitivité du Luxembourg
"Le Jeudi" du 07-06-2012

Vers le niveau supérieur

Le Jeudi: Que vous inspirent les résultats de la dernière étude IMD, qui pointe le recul de la compétitivité du pays?

Etienne Schneider: Dans les études comme celle de l'IMD, le classement des pays constitue l'élément le plus fortement médiatisé. Mais l'interprétation des résultats de ce type de rapport va beaucoup plus loin. Il ne faut pas perdre de vue les limites de ces études et donc la relativité des classements. Une évolution dans l'un ou l'autre sens dans le classement ne veut pas forcément dire que les performances du Luxembourg se soient vraiment améliorées ou détériorées pendant l'année écoulée! En effet, une évolution en rang peut provenir du fait que d'autres pays ont subi plus ou moins sévèrement que le Luxembourg les effets de la crise économique et financière et des turbulences actuelles sur les marchés financiers. Au sein de ces classements, il existe souvent des groupes à l'intérieur desquels les performances des pays sont relativement proches. Par conséquent, le classement en lui-même ne peut pas être consulté de manière isolée. Faire un simple classement d'une année à l'autre ne s'avère donc pas suffisant, et il ne faut pas se limiter à un constat monolithique. Il faut suivre l'évolution de notre pays à moyen et à long terme et analyser en détail les différents déterminants de la compétitivité.

En faisant cette analyse, on constate, par exemple, que le Luxembourg est passé au niveau mondial de la 5e position en 2008 au 12e rang en 2012, ce qui constitue là déjà un message moins positif. Pourtant, il s'avère essentiel d'analyser le Grand-Duché par rapport à des pays qui sont davantage comparables au Luxembourg. Dans ce contexte, le Luxembourg se place quand même au 6e rang en Europe et en 4e position dans l'Union européenne, ce qui constitue une performance non négligeable. Pourtant, il est évident que le Luxembourg doit continuer à chercher l'excellence, c'est-à-dire que nous devons mettre tout en oeuvre pour briguer le podium au sein de l'Europe. Pour conclure, l'Observatoire de la compétitivité du ministère de l'Economie et du Commerce extérieur suit de près ce type de rapports sur la compétitivité et l'attractivité du Luxembourg. Les principaux résultats pour le Luxembourg ainsi que les analyses de l'Observatoire sont annuellement publiés en automne dans le cadre du Bilan compétitivité, qui me permet d'avoir une vue de synthèse de l'évolution du Luxembourg dans l'ensemble des rapports, dont celui de l'IMD.

Le Jeudi: Quelle importance accorder à ces études mesurant la compétitivité d'un pays? Sont-elles fiables ou bien "téléguidées'?

Etienne Schneider: Le débat sur la compétitivité territoriale est régulièrement relancé à travers la publication de classements de compétitivité comme celui de l'IMD. Le sujet en question, c'est-à-dire les questions structurelles, reste essentiel dans les prévisions économiques à long terme afin d'augmenter durablement la croissance et l'emploi au niveau national. Ceci est surtout important notamment dans une économie mondiale qui devient de plus en plus globalisée et intégrée, et dans laquelle la concurrence entre les sites de production s'accélère. Je suis d'avis que ce type de benchmarking, comme cet exercice est appelé auprès des spécialistes, permet une comparaison des meilleures pratiques, notamment en vue d'apprendre de celles-ci et d'améliorer ses propres performances.

Il fournit des indications et informations utiles à la fois pour les autorités publiques et pour ies dirigeants d'entreprise en vue de déterminer le potentiel de croissance durable auquel un pays doit s'attendre dans le moyen et le long termes. Il constitue aussi une aide pour mieux comprendre les facteurs clés qui déterminent la croissance et pour expliquer pourquoi certains pays s'en sortent mieux que d'autres dans un environnement de plus en plus globalisé. Mais ces rapports fournissent souvent uniquement une approximation, à savoir une image globale, de la compétitivité territoriale. Ils utilisent souvent la même méthodologie pour tous les pays analysés et ne tiennent donc souvent pas compte des spécificités nationales des pays, dont le Luxembourg, qui est une petite économie très ouverte et intégrée dans une Grande Région constituée de quatre pays différents. Ces spécificités ne sont normalement pas suffisamment prises en compte dans maintes études internationales.

Permettez-moi de citer deux indicateurs: le PIB par habitant et le taux d'emploi. Le premier surévaluant largement les performances du Luxembourg et le deuxième sous-évaluant ces dernières à cause du fait qu'environ 40% de notre force de travail est constituée de travailleurs frontaliers qui ne sont pas suffisamment pris en compte dans ces indicateurs. Ainsi, au lieu de simplement reprendre, tels quels, les résultats de telles études internationales, il faut analyser d'abord si le rapport en question a bien tenu compte des principales spécificités du Luxembourg. Pour contrer ces déficits méthodologiques, le Comité de coordination tripartite avait également reconnu en 2003 la nécessité d'un tableau d'indicateurs élargi afin de pouvoir mieux appréhender la compétitivité du Luxembourg à travers des indicateurs qui prennent mieux en compte ces spécificités nationales de notre pays. Il avait confié au professeur français Lionel Fontagné le soin d'élaborer des propositions à ce sujet. Un tableau de bord national avait ainsi été présenté en 2004, et l'Observatoire de la compétitivité met depuis périodiquement à jour les données et commente l'évolution de la situation compétitive.

Le Jeudi: Qu'elles soient fiables ou pas, ne sont-elles pas dommageables pour l'image du Luxembourg à l'étranger, à l'heure où il est important d'envoyer des signaux forts aux investisseurs potentiels?

Etienne Schneider: Même si ces études internationales et classements suscitent des réserves, ils méritent la peine d'être suivis de près! A cause de leur écho médiatique, ils ont en effet un impact non négligeable sur l'image de marque de notre pays et peuvent influencer la perception des investisseurs, surtout les investisseurs étrangers, qui disposent généralement d'une information limitée.

Le Jeudi: Quelles actions, pouvant être mises en place rapidement, devraient être initiées afin de renouer avec plus de compétitivité?

Etienne Schneider: Tout d'abord, les indications globales qui sont fournies dans les rapports de benchmarking comme celui de l'IMD ont souvent un caractère trop général pour être exploitables dans le cas spécifique de chaque type d'activité et de projet. Ces rapports sont destinés à focaliser l'attention, et invitent à une analyse plus rigoureuse et critique. Il n'existe en effet pas de recette unique pour accroître la compétitivité. Différentes politiques peuvent être comparées et suivies, mais chaque pays doit les adapter à son propre environnement socio-économique et à ses propres spécificités nationales. Le Luxembourg a récemment publié, fin avril 2012, dans le cadre du semestre européen de la gouvernance économique européenne, son programme national de réforme dénommé "Plan national pour une croissance intelligente, durable et inclusive".

Ce programme reprend un ensemble de mesures réparties en cinq grandes catégories: la recherche et l'innovation, l'enseignement, l'environnement et le climat, l'emploi et l'inclusion. Je ne vais pas entrer ici en détail dans la multitude de mesures de ce programme, mais laissez-moi simplement mentionner, à titre d'exemple, les efforts budgétaires publics importants en matière de recherche et développement qui devraient passer environ 114 millions d'euros en 2006 à 310 millions en 2014 et qui aident à développer une vraie économie de la connaissance au Luxembourg, l'intégration continue de l'administration électronique, qui constitue un pas important pour la simplification administrative, le plan d'action national en matière d'énergies renouvelables ou encore l'efficacité énergétique.

Le Jeudi: N'est-ce pas aussi une invitation à dépasser les clivages politiques qui pénalisent actuellement le pays?

Etienne Schneider: Dans un environnement de plus en plus globalisé, le gouvernement doit trouver des solutions et proposer des réformes en fonction du potentiel de croissance durable auquel notre pays peut s'attendre dans le moyen et le long termes. La croissance et l'emploi ne pourront en effet repartir que sur la base d'une approche globale et cohérente en matière de réformes, conjuguant assainissement budgétaire, politiques de compétitivité et politiques actives en faveur de l'emploi préservant la cohésion sociale. Ces efforts doivent également être mis en oeuvre en étroite coopération avec les partenaires sociaux.

De plus, les contrapositions ainsi que les discussions font partie intégrante d'un système démocratique afin de trouver les meilleures solutions pour le pays et pour la société civile. Cette gouvernance devrait permettre au pays de sortir de manière renforcée de la période de crise et de permettre une croissance intelligente, durable et inclusive dans une économie mondiale qui devient de plus en plus globalisée et intégrée.



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