|
Le Quotidien: En cette rentrée, la situation économique n est beau beau fixe: le taux de chômage est en hausse de 8,4% sur un an, des emplois sont menacés chez Luxguard, Hyosung. Quelles sont vos priorités, la sauvegarde de l'emploi ou la création d'emplois?
Etienne Schneider: La situation est effectivement difficile. Il faut essayer de sauvegarder le plus d'emplois possibles mais il n'est pas évident non plus d'en créer. Il faut être proactif.
Ce qui est particulièrement inquiétant c'est que le pourcentage de chômeurs non qualifiés est de plus en plus élevé. Les personnes non qualifiées auront à l'avenir plus de difficultés à trouver un emploi au Luxembourg. Il faut absolument faire passer le message aux jeunes qu'il est primordial de faire des études sinon ils n'auront pas d'avenir au Luxembourg, ils ne pourront ni s'acheter un logement ni subvenir aux besoins d'une famille. L'éducation au sens large ainsi que la formation continue sont les clés du succès. Pour assurer l'avenir économique du pays, nous avons décidé de miser sur quatre secteurs prioritaires: les écotechnologies, les biotechnologies, l'ICT (NDLR: technologies de l'information et de la communication) et la logistique. Contrairement aux trois autres secteurs, la logistique devrait permettre de créer des emplois moins qualifiés et donc de trouver en partie des alternatives aux emplois qui seront perdus notamment clans l'industrie.
Le Quotidien: Quels sont les grands rendez-vous de la rentrée pour le secteur de la logistique?
Etienne Schneider: Nous avons récemment annoncé l'arrivée de la société américaine Expeditors International au Luxembourg et inauguré un train de l'autoroute ferroviaire, qui relie désormais Bettembourg à la Turquie. Je suis actuellement en discussion avec deux entreprises qui sont déjà présentes de manière discrète au Luxembourg pour tenter de les convaincre de regrouper leur centre logistique européen au Grand-Duché. Sur le plan aérien, nous avons obtenu de Turkish Airlines d'avoir une liaison entre Luxembourg et Istanbul et lors de mon déplacement en Russie cette semaine, je compte convaincre Aeroflot de rétablir la liaison entre Luxembourg et Moscou.
Je souhaite par ailleurs avoir une discussion approfondie avec lux-Airport, Luxair et Cargolux pour établir une vision pour l'avenir. Nous allons également prochainement poser la première pierre de la zone franche au Luxembourg et avant la foire une décision sera prise concernant le déplacement ou non de Luxexpo. J'ai enfin eu de premières discussions positives avec les porteurs du projet de la zone d'affaires d'Illange pour que nous puissions travailler ensemble sur le plan de la logistique à l'échelle de la Grande Région.
Le Quotidien: Puisque vous évoquez un travail transfrontalier sur le plan économique, peut-on savoir où en sont vos discussions avec le ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg, concernant un éventuel plan d'action commun sur le dossier Arcelor-Mittal?
Etienne Schneider: Le ministre du Redressement productif devait me recontacter ainsi que mon homologue belge en septembre mais il faut être clair: pour l'instant, nous n'avons pas de nouvelles.
Je pense attendre encore la fin du mois et si d'ici là il n'y a aucune reprise de la communication, alors je reprendrai contact.
Le Quotidien: Vous vous rendez cette semaine en Russie lors d'une mission économique. L'avenir du pays en ce qui concerne le développement d'activités se joue-t-il sur le territoire luxembourgeois ou à l'étranger?
Etienne Schneider: Lorsque j'ai pris mes fonctions en tant que ministre de l'Economie et du Commerce extérieur, j'avais alors déclaré que je ferais moins de voyages que mon prédécesseur ou en tout cas que je privilégierais les déplacements plus proches. Aujourd'hui, je dois admettre que je me suis trompé, c'est tout le contraire, je dois voyager encore plus car nous n'avons pas le choix. Nous avons su créer les structures nécessaires dans le pays pour diversifier notre économie, maintenant il nous faut attirer de l'activité au Grand-Duché et cela nous ne pouvons pas le faire uniquement en restant au ministère de l'Economie.
Le Quotidien: Lors des discussions relatives à l'élaboration du budget 2013, avez-vous réussi à obtenir le budget qui puisse servir les ambitions de plus en plus internationales du ministère?
Etienne Schneider: Non, le ministère de l'Economie va devoir continuer à fonctionner avec un budget inchangé. Il faut donc savoir innover.
Les missions économiques à l'étranger demandent de développer une importante masse de travail et nous nous trouvons actuellement à saturation, notamment en ce qui concerne le suivi à effectuer avec les personnes rencontrées sur place, or c'est là le plus important. J'ai donc décidé de réorganiser le fonctionnement du ministère de l'Economie et d'affecter à l'avenir plus de personnes à la préparation et au suivi de nos missions économiques qui sont capitales.
Le Quotidien: Si vous misez sur l'étranger pour assurer l'avenir du Luxembourg, c'est donc que vous avez des retours positifs des missions?
Oui, nous rencontrons beaucoup de succès lors des missions économiques. Il faut bien comprendre que la plupart du temps nos contacts débouchent d'abord sur une activité de taille modeste qui grandit par la suite. Je peux ainsi citer Expeditors International qui, à la suite de notre visite aux Etats-Unis, a finalement décidé de revoir ses ambitions à la hausse pour son installation au Grand-Duché. De même, le secteur du gaming, qui a commencé petit dans le pays, est en train de grandir de manière importante.
Il y a aussi des acteurs qui sont là depuis plus longtemps au Luxembourg comme Amazon. Cet acteur majeur de l'e-commerce nous a récemment confié que, malgré le changement à venir en 2015 concernant la réglementation européenne en matière de TVA, il restera à Luxembourg et prévoit même de doubler le nombre d'employés ici.
Le Quotidien: L'objectif premier des missions est donc de toujours mieux vendre les atouts du Grand-Duché?
Etienne Schneider: Oui, c'est évident mais comme je le disais précédemment, il nous est toutefois difficile avec nos moyens de pouvoir aller partout où nous le souhaiterions. C'est pourquoi nous aimerions lancer un spot publicitaire qui pourrait être diffusé sur les grandes chaînes de télévision à l'international. L'idée serait de mieux vendre l'image de marque du Luxembourg en mettant en avant non pas ses atouts économiques mais plutôt le cadre de vie. Nous désirons communiquer sur le fait qu'il fait bon vivre au Luxembourg car c'est un atout également essentiel pour inciter des firmes à s'installer.
|