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Interview
"Multispécialisation plutôt que diversification", Etienne Schneider au sujet des efforts visant à diversifier l'économie nationale
"papaerJam" du 19-10-2012

Vers le niveau supérieur

paperJam: Monsieur le Ministre, où en est, aujourd'hui, le développement du secteur ICT au Luxembourg, qui fait partie des objectifs de diversification de l'économie nationale?

Etienne Schneider: Ce secteur fait en effet partie des différents piliers de la politique de multispécialisation, qui est un terme que je préfère à "diversification". Là, nous nous concentrons sur plusieurs secteurs tels que la logistique, les écotechnologies, la santé, les headquarters et donc, les technologies de l'information. Il y a 10 ans, nous étions assez mal cotés. Nous avons entrepris des investissements substantiels au niveau des infrastructures, et développé l'environnement législatif et légal. Et nous sommes toujours en train de le faire. Nous travaillons actuellement, par exemple, sur un projet de loi devant clarifier la séparation de la propriété des données et celle des serveurs.

Ainsi, en cas de faillite d'un opérateur, les données qu'il gérait ne seront pas perdues. C'est important pour générer un haut degré de confiance auprès des utilisateurs, qu'ils soient professionnels ou privés. Début septembre, le conseil de gouvernement a approuvé dans ce sens le projet de loi qui porte modification de l'article 567 du Code de commerce. Nous continuons, parallèlement, par le biais de nos missions de prospection économiques ciblées à l'étranger, à attirer des entreprises dans le secteur. Cela se fait aussi bien au niveau des ministres ou des fonctionnaires qui vont directement à la rencontre des entreprises, que dans le cadre de missions auxquelles participent des opérateurs et acteurs luxembourgeois, qui peuvent ainsi cibler directement de nouveaux clients sur place.

Résultat: nous avons pu attirer bon nombre d'entreprises, notamment dans le domaine du gaming ou de la distribution de contenu électronique. Nous sommes également présents sur des foires spécialisées dans le secteur ICT et dans le gaming, où nous essayons de détecter des entreprises qui veulent aborder le marché européen. Sur le plan des infrastructures, nous venons d'inaugurer, à Betzdorf, le 5e data center opéré par eBRC et nous avançons dans le développement de Kiowatt, dont la pose de la première pierre a eu lieu le 3 octobre. Nous faisons en sorte de relier les écotechnologies et le secteur ICT. Il ne s'agit pas de mener des politiques isolées, mais de miser sur un maximum d'interactions entre les différentes stratégies de développement envisagées pour chacun des secteurs. Il en va de même entre les "health tech" et le secteur ICT.

Travailler sur les génomes, par exemple, demande des banques de données énormes pour stocker toutes les informations. Et puis si l'on considère le secteur du e-commerce, il faut aussi développer, en parallèle, la logistique pour assurer le flux réel des marchandises qui seront achetées. Nous prêtons également une attention particulière au concept de "Green ITC" en alimentant, par exemple, les data centers avec de l'énergie renouvelable telle que la biomasse. C'est souvent une condition posée par les entreprises étrangères, notamment américaines, qui sont très "greenfocused".

paperJam: Faut-il s'attendre bientôt à de nouvelles annonces concernant l'arrivée de nouveaux acteurs?

Etienne Schneider: Nous avons des projets dans le tuyau. Ils ne sont pas nécessairement d'une vaste envergure, mais très intéressants. La présence de gros acteurs tels que Amazon, eBay ou encore PayPal, nous aide à attirer des petites et moyennes entreprises qui ont une marge de croissance non négligeable. Pour ce qui est des annonces officielles, cela va dépendre de l'état des négociations et du pays d'origine des sociétés concernées. Dans les pays asiatiques, par exemple, les études de faisabilité prennent plus de temps qu'avec la Russie ou les États-Unis.

paperJam: La nature du discours de promotion que vous avez vis-à-vis des prospects étrangers a-t-elle évolué au fil des ans? Ou bien devez vous sans cesse rabâcher le même message?

Etienne Schneider: Nous cherchons avant tout à identifier des projets qui ont déjà mûris dans les esprits. Une fois que c'est fait, le processus pour convaincre les entreprises de venir au Grand-Duché est déjà plus facilité. Et nous disposons pour cela de bien plus qu'un simple argument unique qui serait, par exemple, fiscal.

Ça commence, dans un premier temps, avec la qualité de nos infrastructures et la position centrale du Luxembourg dans les réseaux de fibre optique européens. Cette position centrale, qui est bien plus qu'un simple symbole, nous permet d'obtenir des vitesses de connexion imbattables. C'est évidemment important pour les sociétés qui utilisent du contenu électronique et qui se servent du Luxembourg comme hub pour leurs activités continentales. Nous avons deux focus majeurs: la distribution de contenu électronique et la sécurité. La récente conférence européenne organisée au Luxembourg par EuroCloud (les 8 et 9 octobre, ndlr.) a encore montré combien le pays se positionne comme un lieu où les données sont bien sécurisées. L'origine de cette force vient évidemment du secteur des banques, mais cela s'est ensuite élargi pour les autres secteurs.

paperJam: Le développement de cette promotion a-t-il nécessité un renforcement des moyens humains au sein du ministère?

Etienne Schneider: Nous travaillons toujours avec des petites équipes. Il y a eu une réorganisation au sein du ministère avec la création d'une direction générale qui englobe toutes les nouvelles technologies (c'est la DG 7 "Recherche, propriété intellectuelle et nouvelles technologies", sous la direction générale de Mario Grotz, ndlr.), y compris bien sûr la partie ICT (plus spécifiquement dirigée par Romain Fouarge, ndlr.). Les gens dédiés à l'ICT travaillent en étroite collaboration avec d'autres secteurs comme la logistique, la médecine, les écotechnologies, les biotechnologies ou la sécurité informatique. Cela concerne au total une bonne demi-douzaine de personnes dédiées aux nouvelles technologies, auxquelles on peut ajouter à peu près autant de personnes dans l'équipe du Service des médias et des communications (SMC) du ministère d'État, avec qui nous avons une étroite collaboration, qui aide beaucoup à rendre nos démarches efficaces.

paperJam: Dans quelle mesure attirer des entreprises étrangères bénéficie-t-elle aux entreprises locales autres que les grands acteurs tels que eBRC ou LuxConnect?

Etienne Schneider: Les entreprises qui s'établissent au Luxembourg ne se localisent pas uniquement chez les grands opérateurs télécoms. Le rôle du gouvernement est d'être neutre.

Si nous sommes en discussion sur un projet concret, nous faisons le tour de tous les data centers et c'est ensuite à la société intéressée de choisir en fonction de ses besoins, des prix et de la qualité. Elle peut aller où elle veut. Nous organisons même des visites chez ces data centers. Les retombées concernent donc, également, de plus petits opérateurs que ceux que vous mentionnez. Et puis, il ne faut pas non plus oublier toutes les activités connexes, notamment de consultance, qu'elle soit technique ou fiscale. Là aussi, il y a beaucoup d'activités induites.

paperJam: Sur le marché local, justement, où en est le déploiement du plan "ultra-haut débit annoncé en 2010 à l'initiative de votre prédécesseur Jeannot Krecké et du ministre des Communications François Biltgen "Après les belles intentions du début, il semblerait que l'accès au réseau pour les opérateurs alternatifs soit toujours aussi problématique.

Etienne Schneider: Il est vrai que ce plan est basé sur l'ouverture des réseaux à tous les opérateurs, l'Entreprise des P&T se voyant parallèlement confier un rôle prépondérant dans le déploiement de la fibre. Mais l'EPT ne doit pas être la seule à être sur le marché et les autres opérateurs doivent avoir également leur mot à dire dans un parfait esprit de concurrence. C'est, en tous les cas le souhait du gouvernement et il appartient à l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR) de faire en sorte que cette ouverture se fasse.

paperJam: Pour l'heure, il semblerait plutôt que les choses traînent et que les opérateurs alternatifs soient toujours entravés dans leurs développements...

Etienne Schneider: Je ne connais pas l'état d'avancement des travaux de l'ILR, mais le cadre légal prévoit de réaliser une analyse du marché. En fonction de cela devraient alors être considérées les différentes conditions auxquelles cette ouverture concurrentielle peut se faire. Il y a quand même eu des avancées, avec la présentation du registre national des travaux, développé en collaboration avec l'ILR, les communes, l'administration des Ponts et Chaussés, le Centre des technologies de l'information de l'État et d'autres acteurs, et destiné à faciliter l'accès aux travaux de voiries et à en réduire les coûts. L'ILR est, par ailleurs, toujours en train de travailler sur la mise en place d'un registre des infrastructures.

paperJam: Les choses ne vont-elles pas un peu trop lentement?

Etienne Schneider: Le régulateur est indépendant et le gouvernement ne peut pas influer sur ses décisions ni ses procédures en cours. Nous souhaitons que l'ILR fasse son travail de manière correcte et consciencieuse, même si cela nécessite plus de temps. Notre souci à nous, ministres, est que le réseau soit bel et bien ouvert à tous les opérateurs. C'est son rôle de prendre les mesures nécessaires pour qu'il y ait cette ouverture du marché.

paperJam: La récente décision de l'ILR de ne pas valider le plan de séparation des activités services et infrastructures de l'Entreprise des P&T a surpris, alors que bon nombre d'observateurs, y compris au niveau ministériel, disaient que cette séparation n'était pas à l'ordre du jour. N'y a-t-il pas eu un souci de communication flagrant?

Etienne Schneider: Il n'y a pas eu un souci de communication, en tout cas pas entre le gouvernement et l'Entreprise des Postes et Télécommunications. Le gouvernement est à tout moment informé par ses administrateurs des discussions qui ont lieu au sein de l'EPT et sont validées, si nécessaire, par le ministre de tutelle suivant les dispositions de la loi modifiée de 1992. Si l'ILR apporte des observations et n'a pas encore validé le plan de séparation, il revient à l'EPT d'entamer des réflexions sur la structure future au sein de ses organes respectifs ensemble avec l'actionnaire.

paperJam: Vous avez pris vos fonctions en février dernier. Trois mois plus tard, Claude Strasser, avec qui vous avez étroitement collaboré au sein de SEO (Étienne Schueider était le président du conseil d'administration et Claude Strasser le secrétaire général, ndlr.) a été nonimé à la tête de l'Entreprise des P&T. Était-ce là clairement une volonté de renforcer le lien entre l'opérateur historique et son ministère de tutelle?

Etienne Schneider: L'idée était surtout d'apporter un vent nouveau dans l'entreprise, sans mettre en cause la direction qui était déjà en place. Et ce vent nouveau ne pouvait être apporté que par quelqu'un qui ne connaît pas l'entreprise de l'intérieur et qui peut, ainsi, avoir un certain recul. Claude Strasser a de très bonnes connaissances en matière de gestion d'une entreprise. Et ce recul qu'il a sur l'activité même de I'EPT va lui permettre d'apprécier d'une autre manière la façon de développer la stratégie future de l'entreprise. Comme vous l'avez dit, nous avons collaboré étroitement au sein de SEO, où j'ai eu l'opportunité d'apprécier ses compétences en tant que gestionnaire d'entreprise. Ainsi, j'ai pleine confiance en ses capacités et nous continuons notre bonne collaboration dans sa nouvelle fonction de directeur général de l'EPT.

paperJam: Où en sont les discussions sur le prochain "agenda stratégique" devant définir les grandes lignes d'action de l'EPT?

Etienne Schneider: Il s'agit d'une réflexion que l'Entreprise doit mener elle-même. Le ministère, par la loi de 1992, a, certes, des compétences au niveau de la politique de l'entreprise et est impliqué dans les discussions. Mais c'est au comité de direction et au conseil d'administration de l'EPT de travailler sur un tel plan et de faire des propositions, afin de voir comment mettre en place cet agenda. Le plus important, à ce jour, est que les discussions avec les syndicats soient bien menées, car ils ont un rôle essentiel à jouer dans le déploiement de cette stratégie. Dans ce sens, des initiatives de 'brainstorming' internes 'bottom-up', dans le cadre desquelles tout le personnel est appelé à apporter sa contribution, ont été prises par la nouvelle direction générale. Cela doit faire en sorte que la nouvelle stratégie trouve le support des hommes et des femmes qui travaillent dans le groupe EPT.

paperJam: Et quel est le niveau de votre relation avec les opérateurs alternatifs?

Etienne Schneider: Déjà avec mon prédécesseur, il y avait des réunions régulières entre les différents opérateurs. Cela se fait toujours, avec le ministre Biltgen, même si, aux yeux des opérateurs alternatifs, cela ne se fait pas au rythme qu'ils le souhaiteraient. D'ici à la fin de l'année, nous aurons encore un rendez-vous et nous continuerons à avancer dans la mise en oeuvre du plan stratégique ultra-haut débit.

paperJam: On parle beaucoup de ces évolutions autour du cloud computing. Cela va-t-il constituer le coeur même de toute la stratégie de développement de l'ICT au Luxembourg?

Etienne Schneider: C'est évideniment une pièce maîtresse. Dans tout ce que je vous ai raconté, je n'ai jamais utilisé le mot "cloud" mais tout se joue clairement dans le cloud! Bon nombre de sociétés de jeu qui se développent ici ont leurs serveurs dans le cloud. C'est l'avenir, bien sûr, ce qui implique qu'il faudra vraiment garantir une sécurité très élevée, car le réflexe naturel des utilisateurs, professionnels ou privés, est de ne pas mettre ses données n'importe où, ne sachant pas ce qu'il peut advenir ensuite. Nous devons développer un cadre qui assure une sécurisation optimale des données. Le cadre réglementaire doit donner de la confiance. L'infrastructure doit donner de la confiance. Ce n'est que comme ça que nous pourrons promouvoir le Luxembourg conime une destination clé.



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